Jean-Luc Balmelle : « Il ne s’agit pas d’autogestion : le micro-lycée a un chef d’établissement ! »

Éducation

Jean-Luc Balmelle est le proviseur du lycée polyvalent Jean Macé à Vitry-sur-Seine. Depuis la rentrée 2008-2009, il dirige aussi le micro-lycée expérimental pour les jeunes décrocheurs qui reprennent le chemin de la scolarité après un abandon. La première promotion de ces élèves au parcours pas comme les autres va se présenter au baccalauréat en ce mois de juin.

Lettre des professionnels de l’éducation : Pourquoi installer un micro-lycée à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne ?

Jean-Luc Balmelle : L’ouverture remonte à la rentrée 2008. Notre recteur de l’époque, Jean-Michel Blanquer, souhaitait expérimenter des structures pour travailler sur le décrochage et l’absentéisme scolaires. Depuis, comme vous le savez, ces sujets sont devenus en quelque sorte des causes nationales. Il existait déjà un établissement d’accueil de ces élèves décrocheurs à Sénart, dans le département de Seine-et-Marne. Le recteur voulait en ouvrir un par département dans l’académie de Créteil. Il a donc demandé à Éric de Saint-Denis, le coordinateur de l’établissement pionnier, d’étudier la faisabilité d’une structure similaire d’abord dans le Val-de-Marne puis en Seine-Saint-Denis.

LPE : Mais pourquoi justement dans l’établissement que vous dirigez ?

Jean-Luc Balmelle : Pour l’installation du micro-lycée, plusieurs critères étaient requis.

Le premier était l’accessibilité par les transports en commun, puisque l’établissement devait accueillir des jeunes venant de tout le département voire des autres territoires voisins et de Paris. Et puis, pour des jeunes qui n’allaient plus au lycée, il valait mieux que l’accès soit facile…

Le deuxième critère était de choisir un établissement avec des locaux disponibles pour recevoir une quarantaine d’élèves la première année, et jusqu’à 80 les suivantes.

Le troisième critère important était que le lycée devait évidemment partager les objectifs et le contenu. Notre établissement travaillait déjà sur le décrochage scolaire.

Et, quatrième critère, il disposait de trois sites différents. En outre, les locaux disponibles se trouvaient dans notre centre de ressources en génie électrique (CRGE), ce qui est un atout. Le CRGE reçoit plus de 3 000 élèves chaque année, venant déjà des trois académies d’Île-de-France, et des adultes en formation continue. Remplissant tous ces critères, c’est finalement notre lycée polyvalent qui a été retenu dans le Val-de-Marne.

LPE : Quels visiteurs attendez-vous à l’occasion des portes ouvertes prévues ce 15 juin ?

Jean-Luc Balmelle :  Ce sont les jeunes eux-mêmes qui participent à ces journées d’information. Ils ont été ou sont encore hors système scolaire, depuis 6 mois à 3 ans. Et ils ont le souhait de revenir au lycée pour préparer et réussir le baccalauréat dans le cadre d’un nouveau projet personnel de formation. Ce ne sont donc ni les parents, ni les conseillers d’orientation, ni les animateurs des missions locales que nous visons… L’accueil des futurs lycéens est fondé sur leur volontariat.

L’objectif des portes ouvertes est d’accueillir ces jeunes volontaires pour leur présenter le fonctionnement différent du micro-lycée : des cours en petits groupes, des temps collectifs comme le conseil hebdomadaire, des temps de parcours avec des ateliers sur la presse ou le yoga, des temps individualisés de tutorat… Sinon ce sont les mêmes programmes, les mêmes cours dispensés par des professeurs de l’Éducation nationale. Mais comme les élèves sont différents, ces cours alternent avec des activités différentes. Par exemple, il n’y a pas de salle des professeurs au micro-lycée mais une salle commune où enseignants et élèves peuvent se rencontrer, échanger, boire un café ensemble…

LPE : Des établissements expérimentaux sur ce modèle, est-ce vraiment nouveau ?

Jean-Luc Balmelle : Depuis très longtemps, il existe des lycées qui mènent des expériences diverses en France. Le micro-lycée de Sénart (Seine-et-Marne) fonctionne ainsi depuis 2000. Vitry est le deuxième micro-lycée. Et d’autres établissements, dits de la seconde chance ou autogérés, se sont implantés depuis plus ou moins longue date dans le paysage scolaire à Bordeaux, Grenoble, Le Mans… Ces structures ont un fonctionnement assez proche, avec chacune leurs spécificités. Mais attention, il ne s’agit pas d’autogestion : le micro-lycée a un chef d’établissement, des responsables administratifs et pédagogiques…

LPE : À propos des élèves décrocheurs, quels sont les premiers résultats tangibles ?

Jean-Luc Balmelle : L’établissement accueille 80 élèves sur les trois niveaux, de la seconde à la terminale. Cette année, nous allons présenter 35 lycéens au baccalauréat : 13 en ES, 8 en L et 14 en STG. Il n’y a pas de candidat au bac S car ceux qui veulent se présenter dans cette section retournent dans les lycées classiques. J’ai ainsi scolarisé cette année une élève en première S, dans une classe lambda du lycée Jean Macé : c’est l’avantage pour le micro-lycée d’être hébergé au sein d’un établissement polyvalent.

L’an dernier, les élèves ont obtenu d’assez bons résultats à l’oral du bac : ils ont souvent plus de maturité. Le micro-lycée pionnier de Sénart affiche déjà un taux de 60 % de réussite au bac, ce qui n’est pas rien. Il faut se rappeler que ce sont des jeunes pour certains très fragiles, avec des difficultés parfois récurrentes. Malgré les petits groupes, le tutorat, un encadrement plus individualisé, il ne faut pas croire que tout rentre dans l’ordre au bout d’une semaine !

LPE : Ces lycées différents exigent-ils des professeurs différents ?

Jean-Luc Balmelle : Oui. D’ailleurs il y a actuellement sur le site du micro-lycée des appels à candidatures pour des enseignants titulaires d’espagnol, de mathématiques et de sciences économiques et sociales. Il faut avoir des volontaires pour travailler dans un établissement comme celui de Vitry. À côté des heures de cours, le professeur doit assurer le tutorat, les séances communes, les temps collectifs, les conseils hebdomadaires…, ce qui représente au final bien plus que les 18 heures d’enseignement en face à face. Cela ne marche que si les enseignants ne sont pas désignés mais s’inscrivent volontairement dans le projet.

LPE : Quand pensez-vous pouvoir tirer un bilan de cette expérience innovante ?

Jean-Luc Balmelle : Nous avons accueilli 45 élèves la première année, 81 à cette rentrée et nous en recevrons 85 dès l’an prochain. Les locaux ne nous permettent malheureusement pas d’en re-scolariser davantage. Il faut savoir que la région Île-de-France participe au financement du fonctionnement sous forme d’une subvention dans le cadre de son dispositif « Réussite pour tous ». L’État et le rectorat font également un gros effort en attribuant des postes supplémentaires. L’objectif personnel de réussite au baccalauréat de ces jeunes décrocheurs est à ce prix. [NDLR : un jeune scolarisé au micro-lycée coûte au minimum le double d’un lycéen lambda.] Nous attendrons probablement trois à quatre années avant de pouvoir tirer un premier bilan chiffré.

Pour en savoir plus :

Fédération des établissements scolaires publics innovants (dont Éric de Saint-Denis est le secrétaire national) : http://www.fespi.fr

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