Lise-Marie Schaffhauser : « Rendre visibles les solidarités de proximité »

Enfance et famille

Lise-Marie Schaffhauser, présidente de l'Union nationale des associations de parrainage de proximité (Unapp)Dans le cadre des années européennes 2010, dédiée à la « Lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale », et 2011, qui sera consacrée au « Bénévolat », plusieurs associations ont lancé, le 12 octobre à Bruxelles, la charte européenne du parrainage. « C’est la première fois que des organisations européennes, fortes de leurs expériences significatives et multiples, établissent un projet commun de parrainage en Europe pour en définir les valeurs et permettre ainsi son développement. Action de solidarité entre citoyens, le parrainage est de nature à contribuer à renforcer la cohésion sociale. Chacun peut s’y engager au sein d’un projet construit », précisent les promoteurs de ce texte, largement inspiré de la charte française du parrainage d’enfants, édictée en 2005. Explications avec Lise-Marie Schaffhauser, présidente de l’Union nationale des associations de parrainage de proximité (Unapp).

Lettre de l’Action sociale : Pouvez-vous nous présenter les principes du parrainage de proximité que promeut votre association ?

Lise-Marie Schaffhauser : Le parrainage de proximité se construit sur la tradition culturelle du parrainage et sur la volonté d’impulser une dynamique de partage dans le respect mutuel entre les parents et les parrains, tous engagés personnellement sur des valeurs d’échange, de réciprocité, d’enrichissement mutuel et sur la confiance. Il consiste à construire une relation privilégiée instituée entre un enfant ou un jeune — le filleul — et un adulte — le parrain, comme le définit l’article 1 de la charte du parrainage d’enfants en France édictée en 2005 qui en fixe les principes fondamentaux. Cette relation prend la forme de temps partagé entre l’enfant et son parrain. Ce lien personnel est institué, c’est-à-dire qu’il s’inscrit dans un projet collectif dans un réseau associatif. Cette charte a été élaborée au sein du Comité National du Parrainage à un moment ou se posait la question d’inscrire le parrainage dans la loi ce qui présentait le risque d’en faire un dispositif, de l’enfermer dans une mesure. Heureusement, cela n’a pas été le cas.

Le parrainage est constitutif de lien social puisqu’il inscrit l’enfant dans un environnement culturel, intellectuel, social générateur d’histoire en complémentarité avec son histoire familiale. À cet effet, l’Unapp s’est constituée pour promouvoir et contribuer à la mise en œuvre de ces principes.

LAS : Fin 2005, vous recensiez quelque 900 parrainages actifs. Où en est-on, aujourd’hui, du développement du parrainage de proximité ?

Lise-Marie Schaffhauser : Nous avons décidé d’arrêter de faire le comptage systématique des parrainages tant que nous n’avons pas terminé le travail d’élaboration du référentiel associatif. Le parrainage étant l’expérience d’un lien, il n’est pas possible de le comptabiliser comme une mesure avec un début et une fin, ou alors cela revient à mesurer l’activité des associations qui comptent chacune à leur manière… Cependant, en 2009, nous sommes en mesure d’indiquer que les associations ont initié 464 nouveaux parrainages, qu’elles en ont accompagné plus de 1 000, ce qui représente environ 4 500 personnes engagées : parents, parrains, filleuls et 350 bénévoles associatifs. Depuis leur création, elles ont contribué à environ 10 000 parrainages.

LAS : Qu’en est-il de l’évolution des pratiques dans le parrainage des enfants ?

Lise-Marie Schaffhauser : En la matière, c’est un peu le grand écart. Cela est en partie dû au Guide du parrainage d’enfants, publié en même temps que la charte. Ce guide est basé sur les pratiques de l’époque, qui ne s’inscrivent pas forcément dans les principes posés par la charte du parrainage d’enfants. D’où une certaine tension.

Nous menons des travaux avec les apports scientifiques de la sociologie, de l’anthropologie et de la philosophie prenant en compte les paroles des acteurs du parrainage depuis trois ans pour mettre en actes les principes de la charte. Nous venons de remettre un rapport à la Cnaf dans le cadre des actions de soutien à la parentalité. Nous voyons très nettement deux logiques se dessiner : un « parrainage suppléance » et un « parrainage solidarité ». Cela nous oblige à réinterroger les postures et les pratiques associatives et professionnelles. À cet effet, l’Unapp mène, en partenariat avec ARTEFA, une recherche-action dans trois départements.

Lise-Marie Schaffhauser

Elle préside l’Union nationale des associations de parrainage de proximité (Unapp) depuis sa création, en 2005.

Membre du conseil d’administration du Comité de parrainage en Charente-Maritime (CP 17), elle participe aux travaux nationaux sur cette question depuis 2001 et a contribué, au sein du Comité national du parrainage, à la rédaction de la charte nationale.

Juriste, cadre de l’administration territoriale, Lise-Marie Schaffhauser a une grande expérience de la formation dans le domaine de la protection de l’enfance et du droit des personnes auprès des travailleurs sociaux.

LAS : Le 12 octobre, depuis Bruxelles, plusieurs associations, dont l’Unapp, ont lancé la charte européenne du parrainage. Pourquoi ?

Lise-Marie Schaffhauser : À l’Unapp, nous sommes nés Européens ! Les associations fondatrices de l’Union se sont, en effet, rencontrées lors d’un colloque européen sur le parrainage. Avant, nous ne nous connaissions pas entre associations françaises. L’idée européenne a donc toujours été présente chez nous.

La charte européenne du parrainage a été rédigée par des associations provenant de cinq pays : Allemagne, Belgique, Espagne, France et Royaume-Uni. Nous avons pu bénéficier d’un financement européen dans le cadre du programme Grundtvig qui a permis de nombreux échanges. Pour élaborer cette charte, nous sommes partis de ce qui nous rassemble, plutôt que de nous appesantir sur nos différences. Ce fut un travail extrêmement riche.

LAS : Que contient cette charte européenne du parrainage ?

Lise-Marie Schaffhauser : Elle instaure l’idée d’un continuum. Elle milite en faveur de solidarités de proximité instituées, qui vont du tutorat au parrainage. Le tutorat s’inscrit dans un objectif de court terme, quand le parrainage vise la création de liens personnels constitutifs de liens sociaux dont les effets ne peuvent être mesurés qu’à moyen et long terme. Entre ces deux extrémités, il existe de multiples possibilités.

Sur le fond, la charte européenne reprend nombre des principes édictés par la charte française que les autres pays nous envient.

LAS : Quels sont, aujourd’hui, les objectifs et les perspectives de développement du parrainage de proximité ?

Lise-Marie Schaffhauser : Notre ambition est de rendre visibles le parrainage et les solidarités de proximité dans l’ensemble de l’Union européenne puisque la charte européenne permet de fédérer de nombreuses initiatives. La famille ne constitue pas une compétence directe de l’Union, mais celle-ci peut néanmoins s’en saisir dans le cadre des questions relatives à l’inclusion sociale. En nous appuyant sur la charte européenne du parrainage, nous allons construire une plate-forme européenne des associations afin d’essaimer dans toute l’Europe, les bonnes pratiques actuelles étant principalement d’inspiration anglo-saxonne.

Dans le contexte européen, notre initiative arrive au bon moment. En effet, 2011 sera l’Année européenne du bénévolat, 2012 l’Année européenne des relations intergénérationnelles et 2014 l’Année européenne des familles. Au niveau hexagonal, ces chantiers vont nous permettre de réinterroger la charte française qui contient à la fois des principes d’action et des modalités pratiques de mise en œuvre, et surtout le guide du parrainage d’enfant.

Parallèlement, nous entendons bien participer aux travaux du futur Comité national de soutien à la parentalité. Annoncé lors des États généraux de l’enfance, ce comité sera chargé de coordonner les politiques publiques de soutien à la parentalité, dont fait partie le parrainage. Il faut absolument parvenir à promouvoir les solidarités de proximité, vitales pour la réduction des inégalités et le devenir des enfants et des jeunes.

L’Unapp

L’Union nationale des associations de parrainage de proximité (Unapp) a été créée en 2005 par 10 associations fondatrices. Cette association loi 1901 poursuit 3 missions :

  • Promouvoir le parrainage dans toute sa diversité pour les enfants et les adultes.
  • Aider les structures à le mettre en œuvre et à le développer.
  • Être l’interlocuteur des pouvoirs publics.

L’Unapp est à l’initiative de travaux de recherche et d’expérimentations pour mettre en œuvre les principes innovants de la charte nationale. Elle participe à l’élaboration et à la promotion d’une charte européenne cherchant à fédérer les nombreuses initiatives européennes de solidarité de proximité sur une échelle de valeurs tracée entre tutorat et parrainage. Elle est membre du Comité national de soutien à la parentalité. L’Unapp compte, aujourd’hui, 35 associations membres.

Posté le par Rédaction Weka

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