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Françoise Clech Del Tedesco

Françoise Clech Del Tedesco

Directrice de Développement et des Transitions Territoriales de l'Agence France Locale

« Je suis fière de contribuer à favoriser et amplifier le pouvoir d'agir des collectivités locales. »

Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Françoise Clech Del Tedesco : Je suis aujourd'hui directrice de Développement et des Transitions Territoriales au sein de l'Agence France Locale – Société territoriale. Une banque publique créée, pilotée par les collectivités locales et dédiée à leur financement et qui s'emploie aussi à les accompagner dans les transitions qu'elles ont à mettre en œuvre. Une aventure à laquelle je suis fière de contribuer : plus que de pas de côté, je parlerai de mise en réel d'hybridation (spécial clin d'œil à Gabrielle Halpern) entre plusieurs mondes qui participent d'une même finalité – favoriser et amplifier le pouvoir d'agir des collectivités locales. Ce sont une même attention et aussi une forme d'exigence qui me conduisaient dès 2007 à m'engager au sein du SNDGCT et progressivement y prendre des responsabilités de Vice-présidente nationale.

Quant à mon parcours professionnel, je vais oser la formule : je suis un bébé de la territoriale et un produit de sa méritocratie. Dès mes études juridiques, j'ai souhaité embrasser la cause et la fonction publique territoriale pour 3 raisons majeures : j'avais foi en l'action publique et en ce qu'elle permet de performance sociétale. De plus, c'est la territoriale qui me donnait la possibilité de m'engager au plus proche des citoyens et aux côtés d'élus. Enfin, je pouvais choisir le territoire, le projet et le lieu de mon engagement.

Mon histoire territoriale n'a pas démenti cette appétence, j'ai ainsi démarré ma carrière dans les années 90 dans des communes urbaines ou périurbaines de Midi-Pyrénées sur des fonctions de directions générales adjointes, essentiellement des fonctions supports : ressources humaines et finances. Nous étions alors dans une phase de développement avec la nécessité de structurer les services en cohérence avec les évolutions démographiques qu'elles connaissaient. Outre le pilotage par projet, le management et les prospectives, j'y ai aussi appris les injonctions paradoxales, la nécessaire congruence entre les valeurs et les actions, et confirmé mon goût pour le travail en équipe et en collaboration avec les élus.

À partir de 2001, j'ai exploré d'autres champs de l'action locale en rejoignant pour 3 ans le Sdis du Tarn en qualité de directrice administrative et financière et aux côtés d'un formidable président et d'un directeur et directeur adjoint de Sdis, nous avons finalisé en quelques mois les opérations de départementalisation sous tous ses volets : RH, finances, institutionnels. La découverte de cet univers des secours, des ressorts complexes qui fondent l'engagement des sapeurs-pompiers et l'extraordinaire terrain d'innovation que sont les Sdis, m'ont tellement séduite que je réitérai l'expérience en 2011 et pour 4 ans au sein du Sdis de Haute Garonne - un plus gros corps avec des défis de transformation, de management et de régulation sociale. J'y ai vécu les évènements qui ont marqué Midi-Pyrénées : AZF en 2001, les attentats de Toulouse de 2012 – et appréhendé en direct ce que signifie la résilience.

Entre temps, j'ai œuvré au sein du CDG de Haute Garonne comme DGA en charge des Pôles Emploi, Conseil en organisation, Santé et Qualité de vie au travail. Je pensais y faire un bref passage, j'y suis restée 7 ans et demi - et je peux affirmer sans hésiter que c'est un tiers de confiance de qualité et un formidable outil de mutualisation incontournable ! J'avais goûté aux organisations moyennes, expérimenté le territoire départemental au sein des Sdis et CDG, la collectivité départementale me tendait les bras. Ce fut d'abord le Conseil départemental de Gironde puis celui de Haute Garonne – sur des fonctions transverses de pilotage stratégique, d'évaluation de politiques publiques, de laboratoire d'innovations… Je me suis acclimatée – non sans quelques impatiences - au rythme de grosses structures mais j'ai réellement apprécié les formidables défis d'adaptation en jeu pour la collectivité départementale après l'acte 3 de la décentralisation.

Enfin, comme j'avais pu en témoigner au printemps 2020, en charge de la coordination de crise, mes équipes et moi avons naturellement été en première ligne sur la gestion du Covid. Les points communs de ce parcours ? Quels que soient les sujets dont j'ai eu la responsabilité et les fonctions occupées, elles ont mobilisé une appréhension et la compréhension des enjeux de territoire, m'ont confirmé la force d'un collectif, et au final validé mon choix d'orientation professionnelle du départ !

Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?

Françoise Clech Del Tedesco : Agile (et mobile !) ; relationnel et partenarial ; accompagnement (des transitions).

Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?

Françoise Clech Del Tedesco : Ne pas aimer la routine, mais aimer les gens. Avoir une fine connaissance de l'écosystème des collectivités locales, avoir une capacité à intégrer un modèle d'organisation à plat et agile. Faire montre de rigueur pour l'atteinte des objectifs et de diplomatie pour inscrire les partenariats noués dans la durée. Savoir jongler entre le stratégique et l'opérationnel.

Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?

Françoise Clech Del Tedesco : L'absolue conviction de l'utilité de l'action publique locale même si ses contours et ses modalités de mise en œuvre sont à faire évoluer. Et plus récemment l'impérieuse nécessité qui est faite aux gens de ma génération d'œuvrer pour une transmission durable et vitale.

Quel est le projet qui vous a le plus marquée et dont vous êtes la plus fière ?

Françoise Clech Del Tedesco : Mon 1er réflexe serait de dire le projet à venir… Je vais donc parler du plus récent. Au départ personne n'y croyait vraiment, son déploiement et sa réussite n'ont été possibles que par la mobilisation de l'équipe qui a su traduire l'ambition politique du président : il s'agissait de déployer dans un temps extrêmement court des maisons départementales des nouvelles proximités, véritable lieu d'accueil de premier niveau et de médiation numérique. Mon rôle fut surtout de mériter la confiance de mon DG en m'appuyant sur les bons relais et une collaboratrice talentueuse et audacieuse, de construire le projet en marchant, en y associant les agents recrutés et en posant dès le départ que nous avions le droit d'oser nous tromper.

Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?

Françoise Clech Del Tedesco : Un désir professionnel et une exigence personnelle : garder le feu et le fun comme disent les quebécois.

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquée dans votre carrière ?

Francoise Clech Del Tedesco : Deux de mes présidents, de caractères strictement opposés, l'un très doux, l'autre souvent colérique, mais qui ont eu comme point commun de savoir jouer sur la complémentarité de nos personnalités et m'ont poussée à me faire confiance et me dépasser.

Deux collaboratrices au parcours très atypique que j'ai justement recrutées parce qu'elles avaient un profil inclassable - et malgré toutes les préventions qu'on nous donne en la matière - pour qui j'avais eu un coup de foudre professionnel et qui sont, je peux le dire, devenues des alliées précieuses professionnellement mais aussi des amies, elles se reconnaîtront.

Deux DGS : Stéphane Bussonne - il fut l'un des piliers du SNDGCT, sa hauteur de vue, la finesse de ses analyses, la force de travail et l'attention constante qu'il avait envers ses collègues et la force qu'il a mise dans le combat contre la maladie qui l'a hélas emporté, sont un modèle constant. Il a toujours été pour moi un soutien précieux. Et Alain Marcoux – rencontré en 2017 lors du congrès de l'association des Directeurs généraux des municipalités québecoises, il était alors DGS de Montréal. Son humour espiègle, l'accuité de son regard sur les évolutions politiques locales en France et au Québec m'ont fascinée et son humilité le rendait tellement accessible ! Il m'a fait l'amitié depuis de me prodiguer conseils et accompagnement bienveillant à distance.

Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?

Françoise Clech Del Tedesco : J'en citerai deux complémentaires, qui illustrent à merveille ce que la vie m'a appris. Plus qu'une citation, une ligne de conduite que je me donne chaque jour : « La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent » (Albert Camus) et « La vie est une aventure audacieuse ou rien du tout. Faire face au changement et se comporter comme un esprit libre en présence du destin est une force invincible » (Helen Keller).

Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ? (sociétaux, institutionnels, humains…) ?

Françoise Clech Del Tedesco : Dans la continuité de la citation précédente, le changement c'est tout le temps, je n'ai pas de sentiment vécu de bascule ou césure dans ma carrière – bien sûr des changements de gouvernance, la nécessité d'alignement de valeurs et de loyauté administrative m'ont amenée à changer de postes parfois. S'il faut citer deux temps ou deux phases : forcément, ma 1re approche du métier de direction générale même par intérim fut une expérience fondatrice du métier territorial, de sa saveur et de ses exigences. Ensuite, si j'ai eu à faire des choix de carrière par rapport à mes enfants, c'est bien en tant que parent et non en tant que femme ou mère. À cet égard, la parentalité m'a sans doute forcée à moins céder au syndrome de la bonne élève. Enfin, ce ne sont pas vraiment des changements mais plus des engagements qui ont élargi mon horizon, et inspiré, nourri et au final influencé mes choix de carrière – mon engagement au sein du SNDGCT et plus récemment au sein de l'Association Dirigeante et Territoires.

 

Propos recueillis par Hugues Perinel

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