PORTRAITS
D'ACTEURS PUBLICS

"Découvrez les personnalités
  qui donnent de l'élan à l'action
  publique."

Guillaume Pike

Médiateur R&S chez Réseau Canopé

Guillaume Pike, Médiateur R&S chez Réseau Canopé

Crédit photo : Droits réservés

à propos de

Prénom : Guillaume

Nom : Pike

Fonctions : Médiateur de Ressources et services


Organisme : Réseau Canopé, Saint-Étienne

Fonctions annexes : Membre du Conseil d’administration de l'ANDEV

« Repenser nos organisations pour décloisonner ! Je pense que nous devons mener un travail en profondeur sur nos politiques en direction des familles, de la jeunesse et des enfants. Oser se questionner collectivement sur notre modèle de la famille et notre posture réflexive des professionnels et des politiques éducatives afin de redonner le pouvoir d’agir, la place aux acteurs concernés. »

Quelles sont vos fonctions actuelles ?

Guillaume Pike : Je suis actuellement Médiateur de Ressources et services en charge de la formation pour Réseau Canopé.

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Guillaume Pike : À bientôt 40 ans, je considère mon parcours professionnel comme un voyage dans le champ de l’action éducative. Éducateur spécialisé de formation, j’ai travaillé durant toute ma carrière auprès de l'enfance en difficulté. C'est en 2009 que je rentre dans la fonction publique auprès du ministère de la Justice pour la protection judiciaire de la jeunesse. En 2012, je m’oriente vers les métiers de l'encadrement en devenant responsable éducatif enfance pour le département de la Loire.

En 2015, je rejoins la ville de Chasse-sur-Rhône en tant que directeur de l'éducation. Attaché à la qualité des échanges professionnels issus de réseaux, je découvre l'ANDEV (Association nationale des Directeurs de l’Éducation de Villes et des collectivités territoriales). Conscient de la valeur ajoutée que ce réseau apporte à la réalisation de mes missions, je décide alors de m’y investir et de reprendre le flambeau de l'animation du réseau Auvergne-Rhône Alpes fin 2016. En 2018, je m’investis dans l'organisation du congrès de Saint-Étienne. Aujourd’hui, je suis membre du Conseil d’administration avec une mission de développement des partenariats.

Formateur vacataire depuis 10 ans pour différents organismes de formation, je m’intéresse notamment aux questions d’impacts qu’une formation peut avoir sur les regards, les pratiques des professionnels. C’est pour cela que je suis aujourd'hui devenu médiateur formation pour le réseau Canopé de l'atelier de Saint-Étienne.

L’occasion d’intégrer cet opérateur de l’Éducation nationale a été une opportunité de « passer » de l’autre côté ! Quand on parle d’éducation en France, notre premier réflexe est de parler de l’Éducation nationale. C’est normal puisque le temps de l’enfant, demeure une fonction régalienne de l’État, or, les collectivités territoriales, l’éducation spécialisée et populaire sont également des partenaires éducatifs importants.

J’ai le désir de poursuivre mon voyage dans le secteur de l’enfance et de l’éducation. Je veux avoir une vision globale, plurielle de l’éducation et de l’accompagnement des temps de développement de l’enfant. Je souhaite être un professionnel de l’éducation qui possède une réelle vision difractée et me positionner dans un espace d’inter-métier (au sens défini par Serge Thomazet dans la nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation – n° 70, 2e trimestre 2015). C’est ce que ma fonction me permet au sein du Réseau Canopé qui propose des ressources et un tiers lieu à l’ensemble de la communauté éducative.

Citez le projet qui vous a le plus marqué et dont vous êtes le plus fier ?

Guillaume Pike : Je porte une bienveillance sur un projet actuel. En effet, depuis janvier 2019 et pour une durée de trois ans, je travaille sur un co-pilotage avec six pays partenaires d’un projet européen nommé « SPISEY » (Supporting and Promoting practices and policies for Inclusion, Schooling, Education and work for Youth) qui vise à offrir à tous une éducation inclusive et de grande qualité à partir du plus jeune âge ; améliorer le processus de transition entre le second et le premier degré ; permettre l’obtention d’un diplôme particulièrement pour les jeunes étudiants ayant des difficultés d’apprentissage / ou étant victimes d’exclusions sociale ; améliorer la recherche d’emploi pour les jeunes citoyens ayant des difficultés d’apprentissage.

Le projet SPISEY va développer un modèle générique fondé sur une stratégie de l’école inclusive qui s’inspire des modèles de management et qui sera testé et appliqué dans 5 pays de l’UE pendant la période définie du projet : Danemark, Finlande, Royaume-Uni, France et Espagne. Un concept d’animation et de conseil sera également développé afin d’évaluer et de déterminer les faiblesses et les forces avec lesquelles travailler afin de créer un modèle d’écoles inclusives en Europe.

Ce modèle d’inclusion sera accessible gratuitement (à partir de 2021) depuis le site internet, et sera présenté et développé comme « référence européenne et connaissance de la société » au sujet de l’école inclusive.

Avez-vous un rêve que vous souhaitez concrétiser ?

Guillaume Pike : Repenser nos organisations pour décloisonner ! Je pense que nous devons mener un travail en profondeur sur nos politiques en direction des familles, de la jeunesse et des enfants. Oser se questionner collectivement sur notre modèle de la famille et notre posture réflexive des professionnels et des politiques éducatives afin de redonner le pouvoir d’agir, la place aux acteurs concernés. Il me semble que le véritable enjeu se situe dans la construction de Projets éducatifs de territoires (non pas pour obtenir un quelconque financement) mais dans une vision centralisatrice et fédératrice pour les acteurs éducatifs du territoire. Je ne parle pas ici de l’impulsion portée par la CAF avec les CTG mais bien du « design » du projet qu’il faut penser en prenant l’ensemble des dimensions que je cite ci-dessus.

Si nous voulons promouvoir une éducation inclusive, il faut accepter de mener ce travail complexe, et réflexif en amont et se positionner pour ne plus être en réaction face aux problématiques rencontrées.

Dans ce monde utopique, la formation des acteurs socio-éducatifs ne serait plus séparée avec d’un côté les « pédagos » et de l’autre les « éducatos » et quelque part, en manque de reconnaissance ou de légitimité, les « animatos »... Même si la spécialisation demeure primordiale, le socle commun serait facilitateur dans une vision acculturatrice des mondes professionnels.

Je ne peux pas m’empêcher de citer ici Jacques Salomé qui parle qu’« une utopie est une étoile à l'horizon d'une vie. Même si nous ne pouvons l'atteindre, l'essentiel sera ce que nous allons découvrir au bord du chemin » sous réserve que l’on daigne réellement être accessible, ouvert et motivé à découvrir et partager.

Comment décririez-vous votre engagement personnel en tant qu’acteur public ?

Guillaume Pike : Aujourd’hui, c’est au niveau de la formation que je me suis engagé. Je pense qu’il est nécessaire d’actualiser sans cesse ses connaissances et ses compétences. La formation à destination des acteurs publics est devenue à mon sens un besoin permanent. Je travaille donc à proposer une offre de formation capable de résonner tant à l’échelle du territoire qu’à celle des pratiques individuelles. Nos formations doivent s’inscrire ainsi dans un processus d’acculturation où se redéfinit « le périmètre de l’espace professionnel habituel » (Thomazet & Merini).

Avoir un impact sur les perceptions et les pratiques professionnelles c’est mener également un travail sur l’évaluation de l'efficacité des actions de formation. Nous ne pouvons pas réduire nos actions à la simple animation d’une séquence de formation ou y opposer le gain et la dépense qu’elle soit financière, matérielle, humaine et/ou temporelle. Il faut penser, créer puis développer des dispositifs innovants qui visent à être efficaces et ouverts. Enfin, sur un champ applicatif de la forme, la formation doit être définie comme contributive des actions d’accompagnement des collectivités, des cadres, des équipes et des personnes.

Mon engagement se situe finalement dans la médiation entre la recherche et l’action.

Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?

Guillaume Pike : Quand on parle d’éducation et de formation, je pense qu’il faut savoir s’ouvrir à un réseau qui n’est pas forcément issu de son milieu professionnel habituel. Sur la fonction de médiateur, il faut savoir garder son sourire, sa bonne humeur, son dynamisme, sa volonté de travailler avec l’autre (même si je ne le comprends pas, que je le trouve orgueilleux et qu’il m’énerve un peu) Le non jugement, croiser les champs disciplinaires et savoir appréhender la complexité (E. Morin) sont les conditions essentielles pour réussir à mener ensemble des projets et des actions utiles en direction des enfants et de leur famille.

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

Guillaume Pike : Je ne vais parler ici que d’une rencontre qui est venue influencée profondément ma vision de la vie. J’étais encore lycéen et en recherche du sens que je voulais pour mon avenir. J’avais envie de travailler au service de l’autre pour « me rendre utile, me sentir utile et être quelques-part reconnu » (et peut-être pour venir combler une fragilité !)

Alors animateur (notamment auprès des enfants issus de la population des gens du voyage), le directeur de centre de loisirs de l’époque me donne une lecture qui devrait « me plaire ». Je découvre un auteur (Fernand Deligny) qui a écrit et qui parle de l’investissement éducatif « Si tu ralentis, ils s’arrêtent. Si tu faiblis, ils flanchent. Si tu t’assieds, ils se couchent. Si tu critiques, ils démolissent. Mais… Si tu marches devant, ils te dépasseront. Si tu donnes la main, ils donneront leur peau... » (Graines de Crapules). Pour lui, « on ne pédagogise pas l’humain ». Travaillant avec un public de jeunes « délinquants » au début de sa carrière, il passera le reste de sa vie avec des enfants autistes.

Pour Deligny « La pédagogie est à penser comme un échec permanent, à revendiquer qui plus est. C’est pourquoi il faut fuir la réussite de l’institution car elle ne peut qu’être « répressive » et conforme à l’ordre « bourgeois » et à la morale bien-pensante. Récupérée, la réussite se retourne en imposition et va servir de justification à l’immobilisme ».

Cette rencontre teinte encore ma pratique professionnelle. Je pense que, ce n’est pas l’enfant qui est à changer, mais qu’il faut « recréer un milieu pour que l’enfant puisse s’y inscrire autrement ». Il s’agit ici d’un concept de la société inclusive.

Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?

Guillaume Pike : L’éducateur qui résonne encore en moi ne peut pas s’empêcher de parler de ce concept encore récent, diffus et parfois source d’interrogation et souci pour l’univers de la communauté éducative : l’inclusion et donc la société inclusive, qui est en lien avec l’anthropologie et le changement de paradigme éducatif.

Depuis la mise en place la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, notre société française a profité de l’expérience des pays qui ont fait le choix de promouvoir une école inclusive pour réfléchir à la place des élèves à besoins éducatifs particuliers dans notre système éducatif. Encore aujourd’hui, de nombreux jeunes ne sont pas ou plus dans le système scolaire traditionnel et se retrouvent sans orientation notamment en secondaire.

À mon avis, nous entamons une marche (longue) qui doit conduire notre société à changer de point de vue sur les questions d’intégration (encore trop présent dans nos discours) et d’inclusion médico-sociale et socio-éducative. Cette orientation marque et accompagne mon cheminement professionnel depuis le début de ma carrière éducative.

De mon point de vue, les changements impulsés par la loi 2014 sur la refondation de l’école et l’émergence des PEDT sont importants puisque cette période correspond à ma prise de fonction en tant que responsable d’un service éducation dans une mairie.

Penser un projet éducatif et social en associant l’ensemble des acteurs a été une opportunité pour les acteurs de territoire de se réunir autour de l’intérêt de l’enfant et des familles au regard de chaque territoire. Malgré les nombreux changements à l’échelle territoriale, il me semble que notre société doit réussir à unir les gouvernances autour d’un objet commun pour ne plus juxtaposer les actions et finalement mettre en cohérence action(s) sociale(s) et politique(s) éducative(s).

Je pense que nous devons poursuivre les efforts d’acculturation qui permettront de penser la pédagogie, l’éducation et l’accompagnement des familles en fonction de la réalité des territoires et des besoins.

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