Élections municipales, la chasse aux assesseurs est ouverte

Publié le 26 janvier 2026 à 15h25 - par

À l’approche des élections municipales de 2026, les communes se mobilisent pour trouver des assesseurs bénévoles, maillons indispensables pour la bonne tenue de ce rendez-vous démocratique. Certaines communes, en général les plus grosses, peinent à trouver de bonnes volontés. Mais cette année, avec notamment la mise en œuvre de la loi PLM newlook (Paris, Lyon, Marseille) mais aussi l’asséchement progressif du vivier militant, le stress monte d’un cran dans les villes concernées. État des lieux non-exhaustif.

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Comme dans toutes les rédactions, et WEKA n’y échappe pas, quelques communiqués de presse venus des communes nous rappellent, à toutes fins utiles, que le scrutin municipal approche (15 et 22 mars prochains). Mais ce n’est pas pour rappeler une telle évidence que les villes nous alertent ; elles le font pour relayer l’information selon laquelle elles sont à la recherche d’assesseurs. Ainsi, à Annecy, l’appel aux bonnes volontés est lancé. À Strasbourg, les 149 bureaux de vote de la ville sont prêts à les accueillir pour « s’engager dans le bon déroulement du scrutin en participant au bon fonctionnement des bureaux de vote », lit-on sur le site de la capitale européenne. « Afin de permettre aux futurs membres des bureaux de vote d’exercer leur mission dans les meilleures conditions, le bureau des Élections de la Ville de Strasbourg organisera en amont des séances de formation », est-il précisé. À Brest, chaque dimanche de vote nécessite la mobilisation de 500 personnes, réparties sur 105 bureaux. « Les assesseurs seront amenés à vérifier l’identité des électeurs, à faire signer la liste d’émargement et estampiller les cartes électorales ». Ils peuvent être mobilisés sur une demi-journée, une journée ou pour les deux jours de scrutin (premier et deuxième tour), selon leurs disponibilités.

Lyon voit triple

Le ton est beaucoup moins serein du côté de Lyon. Trois scrutins auront lieu le même jour, cas unique en France : le conseil municipal, le conseil d’arrondissement et le conseil métropolitain ; en effet, Lyon est la seule commune française à élire directement les conseillers métropolitains. La capitale des Gaules était déjà dans une situation particulière depuis la création en 2015 du Grand Lyon, dont les élus avaient été élus au suffrage universel direct, simultanément aux élus municipaux des 58 communes de l’agglomération. La loi n° 2025-795 du 11 août 2025 visant à réformer le mode d’élection des membres du conseil de Paris et des conseils municipaux de Lyon et de Marseille dite Loi PLM ajoute un scrutin de plus, avec le dédoublement du vote entre les conseillers d’arrondissement et les conseillers municipaux. Sachant qu’il faut au moins deux assesseurs par élection et que chaque bureau en hébergera trois sur deux semaines d’affilée, les 313 bureaux lyonnais auront à mobiliser 1 872 assesseurs pour les deux tours, plus si certains ne sont disponibles qu’un tour sur deux. La ville assure que la moitié des effectifs est déjà atteint mais que l’élection 2026 est plus compliquée à organiser. La préfecture du Rhône s’est même fendue d’un communiqué : « En cas de nombre insuffisant [d’assesseurs, NDLR], cela pourrait compliquer ou retarder l’ouverture de certains bureaux de vote, perturber et fragiliser le déroulement des opérations électorales voire exposer les scrutins à des contestations », assure-t-elle.

Le Mans et Avignon avaient rémunéré les assesseurs

La situation est telle que certaines communes n’ont pas eu d’autres choix que de rémunérer des habitants pour tenir ce rôle. Au Mans, lors des dernières élections départementales de 2021, 45 jeunes étudiants de 18 à 25 ans ont été recrutés pour veiller à la bonne marche du processus démocratique ; 136 euros la journée, de quoi mettre du beurre dans les épinards des jeunes étudiants. Or, cette pratique est interdite par la loi… mais une décision du Conseil d’État du 2 décembre 2022, a ouvert une brèche : « La rémunération des assesseurs dans quatre bureaux de vote dans la commune d’Avignon [Ndlr, en 2020] n’avait pas altéré la sincérité du scrutin, doit être circonscrite, ainsi que le rappelle la décision, aux « circonstances de l’espèce » », a récemment répondu le ministère de l’Intérieur à une question posée par un député. « En cas d’insuffisance du nombre d’assesseurs, le maire a la possibilité de désigner des assesseurs supplémentaires parmi les conseillers municipaux dans l’ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune en application de l’article R. 44. Cette faculté vise à permettre au maire de constituer des bureaux de vote complets avant le jour du scrutin, en l’absence d’assesseurs désignés par les candidats ou les listes de candidats en nombre suffisant ».

Paris puisera dans sa réserve citoyenne

Chef du bureau des élections et de la population de la ville de Paris, Julien Bouclet travaille avec ses équipes sur la loi PLM « depuis une dizaine de mois ». « Nous sommes confrontés depuis quelques années à une carences des assesseurs. Les partis ont moins de militants, il est donc plus difficile de les mobiliser ». Paris… c’est Paris, avec ses 903 bureaux intramuros ! « Il faut donc trouver 3 612 assesseurs puisque chaque bureau compte deux scrutins différents avec deux assesseurs par bureau ». Les candidats sont censés fournir un bataillon de militants susceptibles d’occuper cette fonction : « Ils doivent déposer la liste des assesseurs le jeudi avant 18h précédant le vote. Mais nous anticipons, nous n’attendons pas cette date. Nous avons créé depuis plusieurs années le statut d’assesseurs citoyens, dans le cadre d’un dispositif né après les attentats de Paris de 2015 consistant à donner une carte de citoyen à des habitants prêts à se mobiliser. Nous avons aussi les volontaires de Paris, un dispositif plus impliquant pour les habitants ». Cette réserve anticipatrice a joué son rôle à fond lors des dernières élections européennes de  2024, moins consommatrices d’assesseurs. « Nous avons eu besoin de recourir à 300 assesseurs citoyens pour que les bureaux fonctionnent », se souvient-il. Les assesseurs citoyens seront reçus le 26 février en mairie de Paris pour leur rappeler les nouveautés de la loi PLM. Un utile rappel des règles pour que tout se passe pour le mieux le jour J.

Stéphane Menu


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