À quelques semaines du premier tour des élections, l’Institut Terram a publié courant février 2026 une étude intitulée : « Municipales : l’écologie à l’épreuve des territoires ». Réalisée en partenariat avec l’institut Dynata auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 Français, celle-ci met en évidence « un soutien à l’action environnementale des communes, combiné à une exigence accrue de résultats concrets, adaptés aux réalités territoriales et compatibles avec les contraintes économiques et budgétaires », résume son auteur, Antoine Bristielle, docteur en science politique et directeur France de l’ONG Project Tempo. Selon lui, l’écologie locale est désormais « solidement ancrée » dans les attentes des citoyens. « L’enjeu n’est plus tant l’affirmation d’une ambition écologique que sa crédibilité opérationnelle à l’échelle locale. »
L’action environnementale des communes largement reconnue… mais jugée insuffisante
Principal enseignement de l’enquête : les Français saluent l’action environnementale des municipalités sortantes. Plus de sept sur dix (71 %) se déclarent satisfaits de l’action de leur maire en matière d’écologie, dont 10 % « tout à fait satisfaits ». « Ce jugement positif traverse largement les clivages politiques, générationnels et sociaux, confirmant la commune comme un échelon d’action publique jugé concret et efficace », commente Antoine Bristielle. Un taux de satisfaction élevé qu’il convient néanmoins de nuancer. En effet, seul un tiers des Français (32 %) estiment que leur commune est aujourd’hui en avance en matière de protection de l’environnement. Ce chiffre tombe à 27 % concernant la réduction des pollutions et même à 24 % pour l’adaptation aux risques climatiques, comme les inondations ou les canicules. Même sur des politiques historiquement investies par les collectivités, la perception d’une commune « en avance » reste minoritaire, montre l’enquête : 37 % pour les transports durables, 41 % pour la préservation des espaces naturels. Ce décalage traduit « une distinction nette opérée par les citoyens entre l’évaluation relative de l’action municipale, jugée globalement satisfaisante au regard des moyens disponibles, et l’évaluation absolue des résultats obtenus face à des défis perçus comme structurels et croissants », soutient l’auteur de l’étude.
Celle-ci révèle également une forte différenciation territoriale des préoccupations environnementales. Ainsi, si les deux tiers des Français déclarent avoir déjà ressenti dans leur commune les effets du changement climatique, cette proportion varie fortement selon la taille des communes : 55 % dans les communes rurales, contre 70 % dans les villes de plus de 100 000 habitants et 68 % dans l’agglomération parisienne. Cette expérience différenciée structure donc la hiérarchie des inquiétudes locales. À l’échelle nationale, les principales préoccupations environnementales citées relèvent d’abord des pollutions : gestion des déchets (43 %), pollution de l’air (38 %) et pollution sonore (32 %). La qualité de l’eau constitue également un motif d’inquiétude majeur pour un tiers des Français (33 %), devant l’urbanisation excessive (32 %) et les risques d’inondation (22 %). Mais cette hiérarchie varie fortement selon les territoires, observe l’étude.
Dans les communes rurales, la qualité de l’eau arrive en tête des préoccupations (43 %), loin devant la pollution de l’air (28 %) ou la pollution sonore (20 %). La quantité d’eau disponible y inquiète également près d’un quart des habitants (24 %). À l’inverse, dans les grandes agglomérations, les inquiétudes se concentrent sur la pollution de l’air (44 %), la pollution sonore (35 %), l’urbanisation excessive (35 %) et la chaleur excessive (29 %).
« Ces écarts confirment que l’écologie municipale ne peut être pensée de manière uniforme. Elle s’ancre dans des expériences locales du risque, façonnées par le degré d’urbanisation, la densité des infrastructures et la dépendance aux ressources naturelles », souligne Antoine Bristielle.
Les trois quarts des Français voteront en fonction des propositions environnementales
« Contrairement à l’idée d’une marginalisation électorale de l’écologie », dixit Antoine Bristielle, près de trois quarts (74 %) des Français déclarant vouloir participer aux élections municipales affirment que les propositions environnementales des candidats auront une place importante dans leur choix de vote. Cette attention concerne aussi bien les jeunes (76 % des 18-24 ans) que les seniors (67 % des 65 ans et plus), indique l’étude.
Loin de se limiter aux grandes villes (78 %), cette attente est majoritaire dans les territoires ruraux (62 %) et les villes moyennes (74 %). Point clé ressortant des réponses des Français, elle traverse les clivages sociaux et partisans : les catégories socioprofessionnelles modestes se montrent même légèrement plus attentives aux enjeux environnementaux (78 %) que les catégories favorisées (76 %). De même, à droite comme à gauche, l’écologie s’impose comme un enjeu structurant du débat municipal.
L’étude met en exergue « un soutien massif aux principales politiques environnementales locales », à savoir :
- 88 % des Français encouragent la rénovation thermique des bâtiments ;
- 87 % le développement du tri et de la réduction des déchets ;
- 87 %, également, la plantation d’arbres, 87 % ;
- 85 % le développement des transports en commun.
Même des mesures plus contraignantes restent majoritairement soutenues, à l’image de la limitation de la circulation automobile (57 %) ou de la transformation de places de stationnement en espaces verts (52 %). À noter : l’installation de nouvelles éoliennes sur le territoire communal est la seule mesure ne recueillant pas l’adhésion d’une majorité absolue de répondants (49 %).
Autre point de tension, la question du financement. Un tiers des Français (35 %) seulement se déclarent favorables à une hausse modérée des impôts locaux pour financer la transition écologique. En revanche, près des deux tiers (65 %) soutiennent des politiques environnementales financées par la réorientation des dépenses municipales existantes.
Des pistes pour construire une écologie municipale durable
Plus des deux tiers (69 %) des Français estiment que la politique environnementale doit être pensée comme une politique transversale, intégrée à l’ensemble des décisions publiques locales, et non comme un secteur autonome. « À l’approche du prochain cycle municipal, une conclusion s’impose : l’écologie n’est plus un supplément d’âme, ni une option parmi d’autres. Elle constitue désormais une condition essentielle de la crédibilité de l’action publique locale », insiste Antoine Bristielle.
Dans cette perspective, l’étude identifie plusieurs pistes stratégiques pour « construire une écologie municipale à la fois crédible, acceptable et durable. » Elle insiste, notamment, sur l’importance des conditions de financement et de cohérence de l’action publique, déterminantes pour l’adhésion citoyenne, et invite à dépasser les lectures strictement électorales de l’écologie, afin d’en faire un socle partagé de l’action municipale.
L’Institut Terram suggère d’activer cinq leviers stratégiques.
- Sortir d’une écologie sectorielle pour refonder l’action municipale autour de la transversalité ;
- Territorialiser l’écologie : adapter les réponses aux réalités locales ;
- Articuler écologie, sécurité et protection du quotidien ;
- Financer la transition locale sans rompre le pacte de confiance ;
- Dépasser les lectures électorales réductrices de l’écologie politique.
