Nous faisons face à des enjeux de santé publique majeurs. Les maladies chroniques augmentent avec le vieillissement de la population. Les addictions comme l’alcool, le tabac, une alimentation trop sucrée ou trop salée, le manque d’activités physiques sont les principales causes de mortalité évitable. Le changement climatique, la déforestation en zone tropicale et l’élevage intensif multiplient les risques de maladies émergentes : grippe aviaire, Covid, dengue, Chikungunya, Ebola… La pollution globale de l’air que nous respirons, de l’eau que nous consommons ou des sols qui contaminent les plantes, soumettent les travailleurs, mais aussi les consommateurs à un exposome de plus en plus vaste de produits chimiques. On ne compte plus les scandales environnementaux liés à ce mode de développement : l’amiante dans nos bureaux, le cadmium ou le PFAS dans nos assiettes, les 40 000 décès et l’épidémie d’allergie liés à la pollution à la pollution de l’air.
Un démantèlement aux conséquences lourdes
Pour prévenir ces risques, nous avons besoin de plus de savoirs scientifiques et de moyens dédiés à la recherche, mais aussi d’organismes publics, qui organisent la surveillance et mettent en œuvre les campagnes de prévention. Or en plus de baisser le budget de la recherche en 2026, le gouvernement a décidé de démanteler Santé publique France.
Il a décidé de retirer à cet organisme une grande partie de ses missions : la réserve sanitaire, qui est une communauté de professionnels de santé volontaires et mobilisables par l’État en cas de crise, l’établissement pharmaceutique qui gère les stocks stratégiques de médicaments, les campagnes de prévention et la surveillance épidémiologique. Retirer ces missions à l’agence menace la cohérence et l’indépendance des politiques menées concernant les risques sanitaires et les politiques de prévention.
L’indépendance scientifique, condition de la crédibilité
L’indépendance de Santé publique France est précieuse. Elle est la condition d’une politique de santé publique crédible et acceptée. En matière de prévention contre le tabac, l’alcool, en matière d’alimentation, de santé environnementale, de vaccination ou de pesticides, les données scientifiques dérangent souvent des intérêts économiques. C’est précisément pour cela qu’il faut une agence capable de produire, d’analyser et diffuser des connaissances à distance des arbitrages du pouvoir et en capacité à résister aux lobbys. Quand l’expertise dépend trop étroitement du politique, la tentation devient grande de censurer, de retarder ou d’édulcorer ce qui gêne. Les exemples des trois campagnes sur l’alcool annulées par le pouvoir macroniste depuis 2017 montrent que ce risque n’a rien de théorique.
La confiance publique ne se décrète pas
La question de la confiance est centrale. Dans un contexte saturé de désinformation, la santé publique a besoin d’institutions identifiées, stables et reconnues pour leur sérieux. En rapprochant davantage la prévention et l’alerte sanitaire du pouvoir exécutif, on entretient une confusion dangereuse entre expertise scientifique et communication politique. Et cette confusion alimente la défiance, alors même qu’elle atteint un niveau alarmant : selon la dernière étude du Cevipof de 2026, 81 % des Français déclarent ne pas avoir confiance dans le gouvernement. Quand les citoyens soupçonnent qu’un message sanitaire est calibré pour ménager un lobby ou une convenance gouvernementale, c’est l’adhésion même aux recommandations qui recule. On ne restaurera pas la confiance en plaçant l’expertise sous une tutelle plus visible ; on la restaurera en garantissant davantage d’autonomie, de transparence, de clarté, mais aussi de professionnalisme.
La prévention n’est pas de la communication politique
L’expertise de Santé publique France repose sur des données, des enquêtes, des méthodes, des évaluations et une capacité à créer des politiques de prévention. Une campagne de prévention efficace n’est pas une campagne de communication improvisée dans un cabinet ministériel, pour alimenter la communication du ministre. Elle doit résulter d’un travail patient, fondé sur l’épidémiologie, l’observation des comportements, l’identification des publics, les tests, l’évaluation et la mesure de l’impact.
Si Santé publique France est en mesure de construire des campagnes efficaces, c’est parce qu’elle articule l’expertise scientifique, la production de données et la communication en santé publique. Éclater cette approche transversale, c’est condamner la prévention à devenir un exercice purement communicationnel.
L’expertise indépendante, un enjeu démocratique
Cette réorganisation se fait, en plus, dans une opacité totale des objectifs poursuivis, sans débat public et surtout sans concertation avec les salariés, qui sont plongés dans la plus grande incertitude quant aux devenirs de leur emploi.
Au moment où la science est menacée, notamment aux USA, nous devrions retisser la confiance entre le monde académique et les citoyens. C’est ce que je plaide dans mon ouvrage « Science en résistance » paru cette année. Or le gouvernement fait tout le contraire. L’attaque contre Santé publique France intervient après la fusion controversée entre l’IRSN et l’ASN pour faciliter la relance du nucléaire, après que le gouvernement ait remercié le directeur de l’ANSES, car il avait pris position contre la loi Duplomb, et alors même que les salariés de l’ADEME s’inquiètent aussi pour leur avenir.
Protéger notre santé
La santé publique ne peut céder ni aux lobbys ni aux intérêts politiques du moment. Elle doit demeurer fondée sur une expertise indépendante, robuste, en mesure de dire les faits, y compris lorsqu’ils dérangent.
Défendre Santé publique France, c’est protéger à tout prix cette exigence, c’est protéger notre santé.
Hendrik Davi, député (l’Après) des Bouches-du-Rhône
