Quel bilan dresser du déploiement des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) ? Les différents intervenants ont été invités à lister les « tops » et les « flops » de leur mise en œuvre. « Le GHT est désormais bien implanté et le modèle n’est plus remis en cause, a observé le Dr David Piney, président de la Conférence nationale des présidents de Commission médicale d’établissement (CME) et de Commission médicale de groupement (CMG) des centres hospitaliers. Les GHT ont également introduit un véritable changement culturel puisque nous sommes passés d’une vision d’établissement à une vision d’organisation des soins sur le territoire avec une ouverture sur la ville via notamment les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). » Cette ouverture du système hospitalier sur son territoire et sur les autres structures a, en outre, permis le développement de « l’exercice multisite pour les médecins et l’émergence des équipes médicales de territoires, qui sont des exemples de réussite », a affirmé Philippe El Saïr, directeur général du CHU de Nantes, président de la Conférence des directeurs généraux de CHU.
Les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) ont, par ailleurs, permis aux équipes de travailler sur les filières, sur les parcours de soins gradués et de « réduire l’isolement des paramédicaux et des fonctions cadres », a souligné Corinne Calard, vice-présidente Directeurs des soins du SMPS et coordinatrice générale des soins au CHU de Dijon.
Des efforts à maintenir
Pour autant, certains points ne sont pas aboutis tels que la stratégie de groupe : « la dynamique s’est essoufflée », a observé Philippe El Saïr. De même que les outils de convergence entre les dossiers patients informatisés (DPI), indispensables pour des transmissions médicales et soignantes fiables ne sont pas encore légion. « Le sujet de la personne morale se pose toujours », a fait savoir Yann Bubien, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les acteurs se plaignent également d’avoir trop d’instances tandis que les investissements structurants sont encore réalisés de façon trop indépendante. Le sujet des périmètres est aussi pointé du doigt avec des établissements « qui ne se retrouvent pas pleinement dans l’entité administrative, a rapporté le Dr Piney. Les acteurs ont le sentiment que le GHT est resté très institutionnel avec une gouvernance médico-administrative ».
Une coopération au plus proche du terrain
Concernant la notion de coopération entre les établissements, il y a aujourd’hui une grande hétérogénéité d’organisation. « Cette dynamique de confiance entre les structures impacte la notion de coopération territoriale avec une définition de l’intégration qui est complexe, a estimé le Dr Piney. Il faut aujourd’hui travailler sur des projets de gouvernance lisible et de management participatif à l’échelle de plusieurs établissements car tout le monde avance encore trop en silo. Il faudrait objectiver les problématiques avec les données de santé et prendre des décisions en conséquence en identifiant un acteur pour la mise en œuvre. »
Le management aussi se trouve questionné car « manager en secteur multisite oblige de changer de posture, a rapporté Corinne Calard. Il faut apprendre à travailler en confiance, déléguer, donner du pouvoir d’agir. Il est important de faire en sorte que les équipes situées à distance ne se sentent pas éloignées des décisions. » Dans cette vision territoriale, il faut être vigilant à être au plus près des soignants et des patients, avec des cadres autonomes.
La direction commune comme nouvelle règle
Cette table ronde a enfin été l’occasion de faire un point sur la circulaire du 29 juillet 2026 relative aux GHT, qui a fait réagir, notamment avec la mesure concernant l’instauration d’une direction commune en cas de vacances de poste. « C’est du bon sens de se dire qu’en cas de vacances de poste, il faut se poser la question d’une direction commune et nous le faisons déjà d’ailleurs », a soutenu Yann Bubien. « S’il faut progresser sur la stratégie de groupe et sur la façon d’avancer collectivement en cas de vacances de poste, pour autant, il faut éviter les rationnements qui seraient douloureux », a insisté Philippe El Saïr avant de conclure : « Les directions communes doivent devenir le principe sans que cela se retourne contre l’intérêt des directeurs par exemple en préservant les emplois fonctionnels. »
Laure Martin
