Carole Réminny : « L’Unicef est présent à chaque fois que les droits des enfants sont en cause : nous veillons et nous alertons ! »

Éducation

Professeur de français/latin, puis responsable de la communication de la Fédération des Parents d’Élèves de l’Enseignement Public (PEEP), Carole Réminny est actuellement responsable du service « Plaidoyer, éducation, jeunesse » de l’Unicef France. Son service a pour objectif de sensibiliser le public – et notamment les jeunes – aux droits et aux conditions de vie des enfants dans le monde. Formation des bénévoles qui interviennent dans les établissements scolaires, création d’outils pédagogiques, programmes de participation des jeunes, développement de partenariats avec les acteurs de l’éducation sont autant d’axes de développement.

Lettre des professionnels de l’éducation : Les enfants stressés ou en échec scolaire en France relèvent-ils donc désormais du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) ?

Carole Réminny : La moelle épinière de l’action de l’Unicef est la Convention internationale des droits de l’enfant. Parmi les droits fondamentaux inscrits dans ce texte figure l’éducation. En France, comme ailleurs dans le monde, l’objectif de l’Unicef est que chaque enfant puisse jouir de ce droit et s’épanouir comme développer son potentiel à l’école. Quand nous entendons que 150 000 jeunes sortent sans diplôme du système scolaire chaque année, c’est pour nous un signal d’alarme : leur avenir est compromis et ces jeunes auront des difficultés d’insertion. Et avant même la question du diplôme, se pose celle de la souffrance quotidienne à l’école. En parrainant la troisième Journée du refus de l’échec scolaire, organisée par l’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) le 22 septembre dernier, nous avons voulu rappeler l’importance du dialogue entre les acteurs du système éducatif. Les derniers chiffres publiés sont éloquents : 30 % des enfants ont mal au ventre le matin avant d’aller à l’école ; 52 % y ont été victimes de violence et 54 % craignent de ne pas être capables de faire ce que leur demande leur professeur. Trop d’enfants souffrent : alors associations, enseignants, parents, parlons-nous !

LPE : Pourquoi l’Unicef France a-t-il également réagi, cet été, à l’expulsion des Roms ?

Carole Réminny : Lors des expulsions par le gouvernement français des Roms et de leurs enfants, ce sont les droits fondamentaux de ces derniers à la santé et à l’éducation qui ont été remis en cause. Il y aurait ainsi en France entre 5 000 et 7 000 enfants qui ne seraient pas scolarisés. Et ce n’est pas qu’un problème français mais bien européen. Ainsi, nos collègues de l’Unicef Allemagne sont confrontés à la même situation avec des enfants Roms qui viennent notamment du Kosovo. Nous savons que la situation pour ces enfants, au regard de ces droits, n’est pas meilleure chez eux en Bulgarie ou en Roumanie. Le retour au pays d’origine n’est donc pas la solution. Alors que la France a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant, il nous semblait important de faire valoir ce point de vue. Nous intervenons d’ailleurs dans le débat public à d’autres moments-clés des décisions politiques, quand nous pensons que cela peut avoir un impact sur la vie des enfants. Nous nous sommes exprimés au moment du changement de statut de la Défenseure des enfants — dont la remise en cause n’est toujours pas réglée — ainsi que sur les modifications de la justice pénale des mineurs. Nous sommes présents à chaque fois que les droits des enfants sont en cause, nous veillons et nous alertons…

LPE : Quels rapports entretenez-vous avec le ministère de l’Éducation nationale ?

Carole Réminny : D’abord, nous avons un partenariat de longue date avec cette institution puisqu’il remonte aux années 1970. Et puis nous avons signé un accord-cadre en 2006 qui nous permet notamment d’intervenir dans les classes. Nos bénévoles sont formés à expliquer, en lien avec le professeur qui le demande, la convention des droits de l’enfant en général ou à développer des thématiques plus précises telles que la santé, l’éducation, le travail des enfants… L’objectif est d’insister sur un développement humain durable. Nous connaissons tous ce concept sous son axe environnemental ou écologique mais c’est bien l’Homme qui est à la fois le moteur de ce développement et qui en est le principal bénéficiaire. Nous sommes ainsi très attentifs à répondre aux besoins des enseignants, dans le cadre des programmes de l’Éducation nationale, que ce soit lors de nos interventions ou au moyen d’outils pédagogiques.

LPE : Par quels moyens diffusez-vous aujourd’hui vos contenus et animations ?

Carole Réminny : Un de nos axes de développement, pour toucher le plus largement possible les enseignants et les éducateurs, est de miser sur des outils pédagogiques téléchargeables gratuitement en ligne. Nous proposons des approches thématiques globales, par exemple, sur l’eau ou plus ponctuelles, liées à une urgence, comme celle qui a touché Haïti. Les enseignants peuvent télécharger les documents en vue d’aborder les sujets en classe, pour créer des passerelles entre les enfants d’ici et ceux d’ailleurs. Notre force, comme nous sommes présents sur le terrain dans plus de 150 pays en développement, c’est de proposer des vidéos, des témoignages sonores ou écrits. Notre volonté est de diversifier les outils, les supports et les approches pédagogiques. À l’occasion de la journée du refus de l’échec scolaire, par exemple, nous avons mis en ligne un dossier intitulé « Bien vivre à l’école », développé avec le site web « Citoyen de demain » : qu’est-ce que l’école ? Comment mieux y vivre ensemble ? Et comment mieux apprendre ? Nous avons aussi tissé un partenariat avec la société Promethean pour créer de tous nouveaux parcours pédagogiques utilisables sur les tableaux blancs interactifs.

LPE : Comment accueillir un intervenant de l’Unicef au sein d’un établissement scolaire ?

Carole Réminny : Il suffit d’aller sur notre site à la rubrique « Réseau bénévole ». Une carte géographique affiche les différents comités départementaux avec leurs coordonnées. Les bénévoles contactés vont alors étudier avec l’enseignant comment s’intégrer au mieux dans son cours, quel que soit le niveau du cursus scolaire. L’éducation à la solidarité, à la citoyenneté, c’est au programme ! Aider les plus vulnérables permet un plus fort et un plus grand développement de notre planète. Le chemin à parcourir pour y parvenir est encore long. Il ne faut pas attendre que les enfants aient atteint leurs dix-huit ans pour qu’ils deviennent citoyens et puissent faire avancer le monde…

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