Jean-Michel Fourgous : « Priorité 10 : renforcer l’autonomie des établissements scolaires pour développer les services numériques… »

Éducation

Jean-Michel Fourgous, député-maire d’Élancourt, a remis son rapport  « Réussir l’école numérique » au ministre de l’Éducation nationale le 15 février 2010. Fruit de six mois de travail, cette somme de 317 pages analyse 500 études et expériences pour aboutir à 70 propositions classées en 12 priorités.

Lettre des professionnels de l’éducation : En matière d’équipement (8e position) et de connexion à Internet (12e position), les établissements français sont dans la moyenne européenne. En revanche, pour l’usage pédagogique des TICE, notre pays se classe 24e sur 27. Quelles solutions préconisez-vous dans votre rapport ?

Jean-Michel Fourgous : Nous voulons déclencher un plan triennal pour atteindre 100 % d’établissements connectés au haut débit – contre 75 % actuellement – et préparer l’arrivée du très haut débit. Le secteur est en pleine explosion, en pleine croissance. En libérant les initiatives talentueuses des enseignants, nous allons assister à la démultiplication des contenus numériques, ce qui va influencer le développement des manuels scolaires multimédias, la visio-conférence pour l’apprentissage de l’anglais, etc.
En parallèle, nous préconisons des structures ouvertes où les élèves pourront s’approprier la culture numérique dans les domaines scolaires et parascolaires. Évidemment, l’équipement s’accompagne d’un plan massif de formation des enseignants, avec le redéploiement de 20 % des crédits de formation pour le numérique. Nous avons défini une sorte de grille de Maslow qui va du niveau 1 – ce qui correspond à la simple maîtrise des équipements – au niveau 5 – le professeur prépare ses cours sur son portable en collaborant avec d’autres enseignants, il utilise le tableau numérique interactif (TNI) pour la projection de document mais aussi pour la co-création avec d’autres professeurs, des élèves, des parents, etc.
L’objectif est de monter très fortement le niveau d’appropriation culturelle professionnelle. Nous proposons, par exemple, la désignation de 6 000 ambassadeurs du numérique parmi des enseignants motivés qui seront formés durant trois jours au cours d’une Université d’été. Les enseignants seront recrutés s’ils sont passionnés par les TICE et sur la base du volontariat. C’est plus que l’école de demain que nous préparons, nous travaillons sur l’avenir de la pédagogie.

LPE : Vous avez beaucoup parlé de TNI, de classe mobile, voire de manuel numérique et assez peu d’espace numérique de travail (ENT). N’est-ce pas pourtant l’équipement-clé pour mettre le numérique au cœur de la communauté éducative ?

Jean-Michel Fourgous :
L’ENT arrive en 3e position dans nos préconisations. C’est un très bon outil pour intégrer les parents, améliorer la communication entre les acteurs de la communauté éducative : élèves, professeurs, administration, collectivités… L’ENT a une vertu, celle de pouvoir donner du travail en plus à l’extérieur de l’école, de permettre le contrôle, etc. Actuellement, environ 40 % des établissements en sont pourvus ou projettent de l’être, essentiellement les lycées et collèges.
Nous demandons donc sa généralisation dans tous les établissements, y compris au primaire (où il y en a très peu), évidemment avec la formation de tous les personnels à son usage…

LPE : Quels rôles voyez-vous pour les chefs d’établissements scolaires et les personnels non enseignants dans cette révolution TICE ?

Jean-Michel Fourgous : Les chefs d’établissement sont évidemment concernés car l’ENT les implique directement. Notre plan massif de formation inclut les proviseurs, les principaux, les directeurs, les personnels administratifs, les inspecteurs… Il concerne même les parents et les élèves, notamment pour apprendre à ceux-ci à mieux travailler en réseau, à s’entraîner à résoudre des problèmes en mathématiques par exemple, à poser des questions à leurs camarades des autres classes, à échanger de pair à pair (P2P)… La mise en réseau de l’établissement via l’ENT est aussi un outil d’intelligence collective pour le soutien scolaire, par exemple.
Nous indiquons également qu’il faudrait renforcer l’autonomie des établissements. Les lycées, les collèges et les écoles devraient pouvoir disposer d’une enveloppe budgétaire spécifique pour leurs projets numériques afin de leur donner plus de marge de manœuvre. La réussite du modèle finlandais, dont les résultats au test PISA sont les meilleurs, tient à la libération des initiatives pédagogiques. Après une crise très importante, la Finlande a fait maigrir la superstructure de son système éducatif et a rendu ses établissements d’enseignement plus autonomes.

LPE : En France, les établissements trouvent des moyens pour expérimenter en comptant sur la bonne volonté et la motivation des personnels, les dons matériels et logiciels des industriels, l’investissement des collectivités, la maintenance par les parents d’élèves… Comment passer à la généralisation ?

Jean-Michel Fourgous :
C’est évidemment une question de moyens. À Élancourt, nous avons un taux d’équipement à 100 % en TNI dans nos écoles élémentaires. Nous avons donc fait des sacrifices dans d’autres domaines. C’est une question de priorité. Il y a ainsi actuellement des inégalités criantes entre les territoires qui ont mis l’accent sur le numérique et les autres.
À l’échelle de notre pays, nos propositions représentent un milliard d’euros d’investissement, réparti entre l’État et les collectivités. Il est donc nécessaire d’améliorer la coordination des moyens entre le ministère de l’Éducation nationale, les régions, les départements et les villes, mais aussi les industriels et les entreprises privées. Nous préconisons donc la création d’une structure nationale temporaire (sur trois ans) pour accompagner le changement et d’un laboratoire européen en ingénierie pédagogique, déjà en cours dans ma ville. Il ne s’agit pas d’ajouter des structures à celles qui existent déjà et qui font leur travail, mais bien de redéployer pour coordonner les actions de manière plus efficace. Les parents veulent le meilleur pour leurs enfants. Ils font donc pression sur les élus locaux car le numérique a bien un impact sur la réussite scolaire.
Cette mission avait pour objectif de déclencher un plan massif d’équipement, de formation, de création de ressources… Le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, va désormais s’en saisir pour présenter son plan numérique à l’école d’ici quelques semaines. La volonté politique est claire. L’impulsion est donnée. Si nous en croyons le nombre de messages reçus sur notre site, beaucoup d’enseignants qui prenaient des initiatives sortent de l’ombre. Et c’est toujours mieux de vivre au soleil !

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