La médecine scolaire abandonnée et menacée d’extinction

Éducation

Les médecins scolaires sont de moins en moins nombreux, alors qu’ils sont à même de diagnostiquer des troubles de la vision, de l’ouïe, ou des maladies type dyslexie qui peuvent compliquer les apprentissages, a alerté mercredi 5 novembre leur principal syndicat.

La médecine scolaire connaît une situation « d’abandon » qui risque d’aboutir à son « extinction », a déploré lors d’une conférence de presse Jocelyne Grousset, secrétaire générale du SNMU-Unsa Éducation. Il y a actuellement 1 100 médecins scolaires pour 12 millions d’élèves. La moitié devrait partir à la retraite d’ici cinq ans, estime le syndicat. En octobre, 263 postes étaient vacants. Un tiers des postes proposés n’ont pas été pourvus au dernier concours. Phénomène nouveau, certains démissionnent, a indiqué le syndicat, sans pouvoir le quantifier.  

Le métier de médecin scolaire, méconnu car il ne fait pas l’objet d’une formation spécifique à l’université, souffre d’un manque d’attractivité, d’autant que ces médecins sont moins rémunérés que les autres médecins fonctionnaires, et que leurs missions s’empilent sans être hiérarchisées par l’institution, a-t-elle expliqué. Pourtant, les pouvoirs publics sont alertés depuis 2010, a-t-elle souligné, faisant référence à des rapports de la Cour des comptes, du Parlement, du Conseil économique, social et environnemental ou du Haut conseil de santé publique. Tous demandent des mesures d’urgence.

La loi de refondation de l’école de 2013 a certes inscrit la promotion de la santé pour la première fois comme une mission de l’école, mais « le ministère reste silencieux sur la déclinaison concrète d’un parcours santé de la maternelle au lycée », a regretté Mme Grousset. Le travail des médecins scolaires est d’autant plus nécessaire que certains enfants ne sont pas ou peu suivis médicalement par ailleurs.

En Ille-et-Vilaine, « on attend 12 à 18 mois pour avoir un rendez-vous ophtalmologique pour un enfant », témoigne Marie-Hélène Lepinette, secrétaire générale adjointe. « A Pantin, je voyais des enfants qui n’allaient qu’aux urgences », a indiqué Mme Grousset. Elle n’arrivait à examiner qu’environ 15 % des enfants de 6 ans pour le bilan prévu à cet âge à l’école. « On a des enfants de primaire signalés par les enseignants parce qu’ils ont des difficultés d’apprentissage. On tombe sur des enfants qui ont des troubles visuels, auditifs, des apprentissages qui auraient dû être pris en charge depuis très longtemps. » La plupart du temps, « les familles n’ont pas renouvelé leur CMU, donc vous perdez encore six mois ».

« On est en train de fabriquer un handicap social », a-t-elle dénoncé.

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