L’avenir des CPE «dépendra des résultats de l’élection présidentielle»

Éducation

Les conseillers principaux d’éducation (CPE) sont les garants de la « vie scolaire » et occupent une place souvent délicate au sein des établissements. Guy Soudjian*, proviseur du lycée Descartes à Tours et co-auteur du guide Pratiques du CPE, à paraître aux éditions Weka le 12 mars prochain, expose son point de vue sur cette profession toute particulière.

Weka : Guy Soudjian, en quoi la profession de CPE vous est-elle familière ?
Guy Soudjian : Je suis actuellement proviseur d’un établissement de 1.600 élèves, dont 800 sont en classes préparatoires. Trois conseillers principaux d’éducation sont là pour orienter, écouter et encadrer les élèves. Je les côtoie tous les jours.

Weka : Quelle est la nature de leur mission ?
Guy Soudjian : Depuis 20 ans, grâce aux progrès de la réflexion, il y a l’émergence d’un concept spécifiquement français, celui de la « vie scolaire ». Cela comprend l’ensemble des domaines permettant de responsabiliser les élèves et de les sensibiliser à la citoyenneté. Le rôle du CPE est donc d’aider les collégiens et les lycéens à devenir d’authentiques acteurs de leur éducation et non pas de simples réceptacles du savoir.

Weka : Quelles en sont les difficultés ?
Guy Soudjian : Tout dépend des établissements. Quand les élèves sont confrontés à la désintégration du tissu social, les problèmes sont d’autant plus importants.

Weka : Cette profession a-t-elle tant changé ces dernières années ?
Guy Soudjian : Oui, et dans un sens heureux : elle a pris comme référence conceptuelle les grands penseurs des années 1980, Claude Carré et Jean-Pierre Obin, qui ont beaucoup œuvré pour l’entrée en pédagogie des conseillers principaux d’éducation. Avant, les surveillants généraux étaient chargés de faire appliquer le règlement intérieur. Aujourd’hui, les CPE vont plus loin : ils contrôlent l’assiduité, bien sûr, mais ont aussi un rôle essentiel à tenir dans la vie de l’élève.

Weka : Comment voyez-vous l’avenir des CPE ?
Guy Soudjian : Tout dépendra des résultats de l’élection présidentielle. Nous sommes face à deux conceptions opposées. La première voudrait diluer la vie scolaire en la confiant en partie aux professeurs, qui seraient plus présents au sein de l’établissement. La seconde consiste à penser que le bien-être des élèves passe par autre chose que la seule transmission du savoir. Pour résumer, soit on considère l’enfant comme un « adulte en réduction » en lui imposant les mêmes règles qu’aux personnes majeures, soit comme un « adulte en devenir » qu’il faut apprécier différemment.

Weka : Selon vous, qu’est-ce qui serait le mieux pour vos élèves ?
Guy Soudjian : La dernière vision devrait primer. Et cela ne peut se faire sans les conseillers principaux d’éducation puisqu’ils participent à la mise en œuvre de l’autonomie pédagogique dans les collèges et les lycées.

Pour aller plus loin :

*Guy Soudjian est proviseur du lycée Descartes à Tours. Très intéressé par la modernisation du pilotage des Établissement publics locaux d’enseignement (EPLE), il a publié de nombreux articles sur la question, en collaboration avec Paul Quénet, IA/IPR, Dafco de l’académie de Caen. Parallèlement, Guy Soudjian mène une série de recherches en anthropologie historique sur la santé des populations françaises au XIXe siècle. Il est chargé de cours à l’Université François Rabelais de Tours.

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