Les états généraux de la sécurité à l’école risquent-ils d’accoucher d’une souris ?

Éducation

Les chercheurs qui font autorité dans le domaine de la sécurité à l’école ont émis de solides recommandations. Doit-on craindre que les états généraux de la sécurité à l’école, qui se sont tenus les 7 et 8 avril derniers, ne débouchent largement sur des décisions en contradiction avec celles-ci ?

Le ministre de l’Éducation nationale a affiché, en ouverture des états généraux de la sécurité à l’école, sa volonté de se positionner au-delà des idéologies et des oppositions stériles, pour rechercher un consensus avec les experts et les acteurs. Dont acte.

Président du conseil scientifique des états généraux, Éric Debarbieux préconise les mesures suivantes pour contrer efficacement la violence à l’école :

  • des équipes stables et solidaires ;
  • une solide formation des personnels ;
  • une école « protégée » ;
  • un « leadership clair et explicite » promoteur d’un « climat scolaire positif » ;
  • s’abstenir de créer des classes de niveaux ou des regroupements d’élèves difficiles ;
  • une pédagogie « efficace », ni trop magistrale ni permissive, le plus possible individualisée ;
  • des partenariats.

Les experts de ce conseil ont mis en avant la primauté de la prévention sur la répression, le chercheur québécois Egide Royer indiquant d’ailleurs que « la prévention coûte cinq fois moins cher que la répression ».

Cependant, Luc Chatel s’est, à bien des égards, plus inspiré de l’idéologie présidentielle que des recommandations du conseil scientifique. Ainsi, certaines mesures qu’il a présentées découlent des travaux des chercheurs comme, par exemple, l’amélioration de l’application SIVIS ou une meilleure sécurisation des établissements. D’autres mesures, en revanche, sont indéniablement alignées sur le discours de Nicolas Sarkozy :

  • Placer « les élèves particulièrement perturbateurs (…) dans des structures adaptées aussi longtemps que nécessaire » : cela peut soulager les établissements, mais que compte-t-on faire de ces jeunes au bout du compte ?
  • Sanctionner les parents qui « n’assument pas leurs responsabilités » en rendant « effectives les sanctions en matière d’allocations familiales » : rappelons que cette mesure existait et a été supprimée au vu de son inefficacité et de son inéquité.

D’autres, enfin, laissent perplexe :

  • Luc Chatel affirme vouloir améliorer la formation professionnelle des enseignants – alors même que chacun peut constater qu’elle va être affaiblie – ou en offre une conception réduite à l’apprentissage de la gestion des conflits et de la tenue de classe.
  • Les réseaux Ambition réussite seraient remplacés par les Collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite (CLAIR). Les chefs d’établissement pourraient y choisir leurs enseignants et il y aurait « un préfet des études » pour chaque niveau.
  • Il est prévu un code de la vie scolaire, sorte de charte de bonnes pratiques de comportement dans l’établissement. Faut-il rappeler que les collèges et lycées ont un règlement intérieur ?
  • Quant au « recours moins systématique aux exclusions » que prône le ministre, il faudra expliquer aux personnels de direction et aux CPE ce qu’ils feront des élèves dont le comportement est ingérable, et aux parents de la majorité des élèves pourquoi on garde en cours un adolescent qui l’empêche de bien se dérouler.

Chacun savait que le thème de la sécurité à l’école était difficile et très politique. On pouvait néanmoins espérer un ensemble de mesures ambitieuses en rupture avec l’idéologie en vogue. Les décisions sont, en effet, bien en deçà des ambitions affichées.

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