« Libérer la parole » des collégiens pour contrer le harcèlement scolaire

Éducation

Elias pense qu’il s’agit de « violence physique ou verbale », Whalid que « c’est régulier », et Anna qu’il « faut en parler ». Dans un collège de Claye-Souilly (Seine-et-Marne), une quarantaine d’élèves définissent le harcèlement scolaire pour mieux le « combattre ».

Ce mercredi-là, le 4 novembre 2021, une semaine avant la Journée nationale de mobilisation contre le harcèlement à l’école, des collégiens de la 6e à la 3e participent à un atelier de sensibilisation à ce phénomène de mieux en mieux connu, mais qui continue à faire des ravages sur des jeunes en pleine construction. Fin octobre 2021, Dinah, une lycéenne de 14 ans victime de harcèlement scolaire, a mis fin à ses jours à Mulhouse (Haut-Rhin).

Pour contrer ce fléau, il faut d’abord le définir. C’est le travail collaboratif que propose aux élèves Nora Fraisse, fondatrice de l’association Marion la main tendue, spécialisée dans la prévention et la lutte contre ce type de violences. Sollicitée par le conseil départemental de Seine-et-Marne, qui a lancé une ambitieuse campagne dans les établissements et sur la voie publique, elle intervient pour la première fois au collège départemental Parc des Tourelles. « On n’est pas là pour éteindre des feux, on est là pour qu’ils ne démarrent pas », affirme Mme Fraisse, dont l’une des filles, Marion, s’est suicidée suite au harcèlement dont elle fut victime au collège. Des vidéos de sensibilisation sont projetées pour susciter les réactions des élèves. Dans la salle, les idées fusent pour mettre des mots sur des images et des sensations. « C’est s’acharner sur une personne ou un groupe de personnes », avance Ouassim. « C’est aussi de la discrimination », « quand plusieurs personnes rabaissent », « il y a un meneur et des suiveurs », embrayent des camarades. « Ensemble on est plus fort contre le harcèlement », affirme de sa voix d’enfant Catherine, en 6e, alors que dans cette assemblée encore juvénile, tous ont entendu parler du #anti2010 à la dernière rentrée de septembre, quand des élèves nés en 2010 étaient la cible de moqueries et d’insultes sur les réseaux.

Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer avait annoncé une relation renforcée avec les plateformes en ligne, où avait émergé ce cyberharcèlement ciblé sur les nouveaux arrivants au collège. « Ils nous ont dit qu’ils vont faire pareil pour les 2020, que c’est de dix en dix », se lamente une petite en 6e, aussitôt rassurée par l’intervenante.

Balance

La grande majorité des participants à cet atelier s’exprime d’ailleurs sur au moins un réseau social, malgré les interdictions. « Sur internet il y a de plus en plus de… », lance Nora Fraisse. « Nudes ! », répond d’une même voix la salle, familiarisée avec ces photos de soi, nu ou partiellement dénudé, qu’on prend et envoie avec son smartphone. « Si on vous demande des « nudes » je vous demande de dire non, ça aura des conséquences pour vous plus tard » car elles risquent de tomber entre de mauvaises mains, avertit l’intervenante.

Victime ou témoin de harcèlement scolaire, les réflexes sont simples : appeler le numéro dédié, le 30 20, ne pas s’isoler, en parler à « un adulte de confiance », toujours « intervenir sans violences ». « Souvent on ne parle pas parce qu’on a peur d’être harcelé à son tour, c’est la peur des représailles », souligne Nora Fraisse, expliquant au passage le concept de « meute ». Certains n’ont pas envie d’être « une balance » ou « considérés comme un « traître » », déplore le collégien Wahid. « En général les harceleurs se vengent sur la vie, ce qu’ils vivent chez eux, ils se défoulent après sur les autres gens », analyse l’adolescent, alors que les confinements successifs ont renforcé le mal-être des jeunes. Dans cet établissement de 525 élèves, le harcèlement scolaire est pris au sérieux par l’équipe pédagogique. « Il faut qu’on s’en empare tous », insiste Géraldine Rabouille, la principale.

Le département indique que ces ateliers seront renouvelés jusqu’en 2023 dans différents établissements. « C’est avant tout de la pédagogie qu’on veut faire, il faut que les jeunes puissent parler », soutient Xavier Vanderbise, vice-président chargé des collèges. « C’était très instructif, ça devrait être dans tous les collèges », confie Timothée, élève de 5e, après la séance. De son côté Nora Fraisse milite pour accentuer les actions de terrain et prône des heures dédiées, dès 6 ans, au « développement psychosocial » des enfants.

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