Pascal Michel : « Quand toute l’équipe est mobilisée, il ne reste plus au principal qu’à décrocher un de ces projets pilotes au niveau départemental, académique ou national ! »

Éducation

L’ancien professeur d’éducation physique Pascal Michel est aujourd’hui principal du collège rural Val-de-Seille à Nomeny : 370 élèves, 30 enseignants et 15 divisions. Chef d’établissement depuis une dizaine d’années dans trois collèges différents, il mobilise ses équipes autour d’initiatives pédagogiques innovantes. Il s’investit, notamment, dans la mise en place de projets numériques tant au plan local que national.

Lettre des professionnels de l’éducation : Être un « collège au futur », qu’est-ce que cela peut bien signifier en Meurthe-et-Moselle ?

Pascal Michel : Ce projet est mené par le conseil général en lien avec l’inspection académique de Meurthe-et-Moselle et l’académie de Nancy-Metz. Il a pour vocation de faire entrer tous les collèges du département dans l’ère du numérique. Pour cela, plusieurs éléments sont nécessaires : l’accès au très haut débit, la mise en place d’équipements comme des tableaux numériques interactifs (TNI) et des classes nomades (ordinateurs portables et connectivité), l’usage de manuels numériques, dans le cadre de l’expérimentation menée au niveau national…

Et puis surtout, le projet de relier tous les collèges à l’espace numérique de travail (ENT) PLACE (Plateforme Lorraine d’Accessibilité et de Communication pour l’Éducation), proposé par la région Lorraine, en lien avec l’académie de Nancy-Metz. 25 collèges sont concernés cette année en Meurthe-et-Moselle, avec la volonté de l’étendre à tous ceux du département, à terme. Dans notre établissement, les quatre classes de 6e sont engagées : le conseil général nous a ainsi équipés de 4 TNI complet (avec vidéoprojecteur et ordinateur).

L’établissement participe aussi à l’expérimentation nationale des manuels numériques scolaires. Les professeurs ont choisi parmi quatre livres numérisés qui peuvent ainsi être utilisés en classe à l’aide du TNI, dans l’établissement, sur les ordinateurs de la bibliothèque et à la maison. Car la problématique, dans ce cas, est aussi de répondre au poids du cartable. Le manuel papier remis à l’élève reste ainsi à son domicile. En début d’année, au lancement de l’opération, nous avons ainsi fait une pesée des cartables en présence des parents d’élèves qui sont très sensibles à ce sujet. Et bien, la moyenne des sacs de nos 90 sixièmes atteignait 5,5 kg tandis qu’elle culminait à 8,5 kg pour les autres. Ce n’est pas négligeable !

LPE : Vous allez aussi doter certains collégiens d’un micro-ordinateur portable ?

Pascal Michel : Oui, nous participons au projet Acer European School Net. Cette initiative européenne associe le constructeur Acer et l’association EUN qui impulse et fédère des projets numériques éducatifs en Europe. Pendant 18 mois, les élèves d’une classe de 6e seront dotés d’un ordinateur ultra-portable à l’école. Ils pourront le rapporter à la maison et l’utiliser pendant les vacances, du 1er septembre au 30 juin. L’intérêt pour notre établissement, c’est de faire fonctionner tous ces projets en même temps.

Pour les nouveaux manuels numériques, ce n’est pas sans conséquence sur les pratiques des enseignants. En fin de cours, le professeur avait souvent pour habitude de demander aux élèves d’ouvrir leur livre scolaire. Avec la numérisation, ce n’est plus possible, sauf à racheter une seconde série de manuels papier, mise à disposition en classe. Grâce à l’équipement en ordinateurs individuels reliés en Wi-Fi à l’ENT, l’élève peut à nouveau disposer du manuel numérique en classe et à tout moment. Ce qui nous intéresse dans l’établissement, c’est bien sûr les impacts pédagogiques de ces nouveaux outils.

LPE : Comment le collège peut-il s’inscrire dans cette dynamique d’expérimentation ?

Pascal Michel : C’est la conjonction de plusieurs acteurs qui favorise ces innovations : la volonté des collectivités territoriales, dans ce cas le conseil général, l’accompagnement de la mission TICE du rectorat et la demande des professeurs eux-mêmes, intéressés par les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE). En tant que chef d’établissement, j’avais déjà participé au précédent ENT (Prisme) en Lorraine, dont j’avais suivi les développements dans mon ancien collège. Quand les enseignants m’ont demandé d’engager un volet numérique ici, j’avais donc une certaine expérience. Quand toute l’équipe est mobilisée, il ne reste plus au principal qu’à décrocher un de ces projets pilotes au niveau départemental, académique ou national.

LPE : Mais il n’y a pas que les TICE dans la vie d’un collège…

Pascal Michel : Évidemment, tout cela s’inscrit dans notre projet pédagogique : c’est le plus important – et c’est toujours présent à notre esprit -, les TICE, la multiplication des équipements ne sont pas une fin en soi. Il s’agit de proposer ces outils aux élèves afin qu’ils progressent dans leurs apprentissages et leur permettre d’obtenir les compétences du socle commun des connaissances et des compétences. Les TICE participent pleinement à ces progrès. Par ailleurs, nous avons aussi un projet à thématique plus culturelle et un autre dans le champ de la solidarité internationale et du développement durable.

Concernant la culture, l’initiative est validée par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et la délégation académique à l’action culturelle (DAAC). Il s’agit d’interventions en éducation musicale, art plastique, histoire, géographie et lettres qui se concrétisent par un spectacle autour des arts du cirque. 70 élèves (soit 1/5e de l’établissement) et 5 professeurs y participent.

Sur l’aspect développement durable et international, c’est à nouveau un projet proposé par le conseil général et l’inspection académique : « Collège éco-responsable ». L’action balaye le domaine de manière classique : recyclage, économie de papier (les TICE y participent aussi) en lien avec des associations. La dernière rencontre a coïncidé avec les journées portes ouvertes de l’établissement : nous avons reçu l’association VERSO qui s’implique dans des actions d’échanges avec des villages sénégalais. Elle aide notamment au développement dans le secteur éducatif. Nous poursuivons des échanges avec eux par courrier et, pourquoi pas, par le biais d’internet.

Chaque fois que c’est possible, nous essayons de relier tous ces projets entre eux.

LPE : Justement, comment se passe l’animation de ces diverses initiatives ?

Pascal Michel : En ce qui concerne les projets TICE, nous avons mis en place une commission dédiée. Y participent les professeurs engagés (tous sur la base du volontariat), la gestionnaire du collège, le principal adjoint et moi-même. Nous établissons ainsi des bilans réguliers, suivons les retours d’usage, participons aux enquêtes nationales ou académiques, en vue de faire le point et de nous engager éventuellement dans de nouveaux projets. En ce qui concerne le développement durable et la solidarité internationale, l’action s’inscrit dans le cadre de la commission d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) qui se réunit deux à trois fois dans l’année. Concernant le troisième volet, culturel, ce sont les professeurs qui se réunissent d’eux-mêmes, si besoin. À chaque projet, nous essayons d’associer les enseignants, voire les parents d’élèves qui sont notamment présents au sein du CESC. D’ici à quelques mois, nous pourrions aussi être amenés à ouvrir nos autres groupes de projets aux parents et aux élèves.

LPE : L’ouverture du collège vers l’extérieur, est-ce important pour vous ?

Pascal Michel : Toutes ces initiatives rencontrent un écho très favorable, notamment pour ce qui concerne les TICE. C’est un projet fort et identifiant qui permet de fédérer, d’échanger, de mieux nous connaître avec les parents. Avec les enseignants, nous nous rendons bien compte que nous ne pouvons mobiliser les élèves que s’il y a un suivi fort des familles. Or, à travers l’ENT, les parents accèdent au cahier de texte, aux notes, aux informations de la vie du collège. Chaque trimestre, les associations de parents d’élèves font des enquêtes d’usage auprès des familles : la très grande majorité d’entre elles indiquent consulter l’ENT régulièrement. Les parents sont bien demandeurs.

Le temps supplémentaire passé par les enseignants n’est donc pas perdu. Nous sommes sur des usages et des équipements qui se développent au sein de toute la communauté éducative. Ce qui permet une meilleure collaboration entre élèves, enseignants, famille, notamment grâce à la messagerie intégrée à l’ENT. Mais l’Éducation nationale a une obligation morale vis-à-vis de tous ces nouveaux outils. Nous avons un rôle majeur à jouer dans leur maîtrise en éduquant aux apports mais aussi aux risques du Net. Et puis nous devons y donner une vraie dimension éducative. Nous ne sommes pas là pour faire du chat ou des jeux, comme à la maison !

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