Karine Métayer : « Il n’y a pas, en France, de pilotage de la politique de l’enfance »

Enfance et famille

«  », s’inquiète l’Uniopss. Au-delà, l’Union dénonce un déficit de gouvernance de la politique de l’enfance dans notre pays. Conseillère technique à l’, Karine Métayer fait le point sur les dossiers d’actualité du secteur.

Lettre de l’Action sociale : La secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité, Nadine Morano, a annoncé que la séance de clôture des États généraux de l’enfance se tiendrait le 16 juin 2010. Quels résultats ou mesures concrètes attendez-vous de ces États généraux ?

Karine Métayer : Si l’Uniopss a apporté sa contribution aux États généraux de l’enfance lancés par le gouvernement, nous sommes assez dubitatifs sur les résultats à attendre d’une telle opération. D’ores et déjà, un élément m’apparaît certain. Dans le contexte budgétaire actuel, aucune mesure appelant un coût financier supplémentaire ne sortira de ces États généraux.

Au-delà, ces États généraux, initiés mi-février, ont été conduits en un temps trop contraint. En outre, la secrétaire d’État a imposé des thématiques très précises, qui demeurent bien en-deçà des ambitions affichées par l’Uniopss pour une véritable politique en faveur de l’enfance. Je rappelle que les travaux ont été menés dans le cadre de cinq ateliers. À savoir :

  • atelier n° 1 : « améliorer la transmission d’informations relatives aux enfants en danger ou en risque de danger entre les acteurs de la protection de l’enfance » ;
  • atelier n° 2 : « bien positionner le travail social » ;
  • atelier n° 3 : « prévention et soutien à la parentalité » ;
  • atelier n° 4 : « prise en compte des situations de précarité » ;
  • atelier n° 5 : « prévention des risques liés à la pratique des jeux dangereux ».

Au chapitre des propositions, nous attendons de l’atelier n° 1, avec l’ensemble des professionnels du secteur, une définition de l’information préoccupante. Le groupe de travail a repris les travaux déjà réalisés sur le sujet. Par ailleurs, l’atelier n° 3 devrait déboucher sur la création d’un Conseil national de la parentalité, pour favoriser l’accompagnement et l’appui aux parents, en évitant toute stigmatisation.

Reste que ces États généraux de l’enfance ne remplacent pas une véritable gouvernance de la politique de l’enfance, qui fait défaut dans notre pays. Il n’y a pas, en France, de pilotage de la politique de l’enfance. Aussi, l’Uniopss demande la création d’une instance nationale de l’enfance.

LAS : Réunis sous la bannière du collectif « Pas de bébés à la consigne ! », les professionnels de la petite enfance ont, à nouveau, manifesté, le 29 mai, pour demander le retrait du projet de décret relatif aux établissements d’accueil collectif du jeune enfant. Où en est-on sur ce dossier ?

 Karine Métayer

Conseillère technique à l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss), Karine Métayer est responsable du pôle enfance, jeunesse, familles. À ce titre, elle a en charge les dossiers relatifs à l’accueil de la petite enfance, à la protection de l’enfance, à la prévention de la délinquance…

Karine Métayer a intégré l’Uniopss en 2005, après avoir travaillé dans plusieurs associations et dans le domaine de la formation initiale et continue, notamment au sein du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).

Karine Métayer : Le projet de décret a été soumis au Conseil d’État et le texte devrait être signé, très prochainement, par la secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité. Sa dernière version ne prend pas en compte les demandes des professionnels du secteur.

Toutefois, par rapport au texte initial, que nous avions découvert en août dernier, des évolutions positives ont été apportées. Ainsi, les notions de projet social et de projet d’établissement ont été réintégrées dans le projet de décret, alors qu’elles ne figuraient pas dans sa première version. Ces éléments, très importants à nos yeux, ont été préservés.

Néanmoins, les craintes demeurent vives quant à l’accueil en surnombre des enfants et la déqualification globale des équipes. Mais, en matière d’accueil de la petite enfance, la bataille ne se joue plus sur ce décret.

LAS : Où se joue-t-elle alors ?

Karine Métayer : À deux niveaux. Tout d’abord au niveau européen, avec la transcription dans le droit français de la directive « services ». Il s’agit là d’un enjeu politique très important.

Ensuite, la création des maisons d’assistants maternels, effective depuis un vote du Parlement intervenu le 27 mai, risque de provoquer une véritable dérégulation et une déstructuration du secteur. L’Uniopss maintient, plus que jamais, ses critiques à l’égard de ce nouveau dispositif, qui n’est pas rattaché au décret du 20 février 2007 réglementant les établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) et opère une confusion extrêmement inquiétante entre accueil individuel et accueil collectif. Ce dispositif va encore fragiliser davantage les acteurs, qui n’arrivent plus à intégrer les nouvelles normes régissant le secteur. L’Uniopss n’entend pas en rester là sur cette question. Et nous espérons bien que des parlementaires vont saisir le Conseil constitutionnel.

LAS : En réponse à ces évolutions, l’Uniopss lance, mi-juin, une initiative pour promouvoir les expériences des associations en matière d’accueil de la petite enfance. Pouvez-vous nous présenter le dispositif ?

Karine Métayer : Les associations partagent le souci des pouvoirs publics de développer et de diversifier les modes d’accueil de la petite enfance. Depuis de nombreuses années, à leur mesure, elles y contribuent activement et participent à la dynamique de développement de l’offre. Soucieuses de favoriser l’éducation de tous les enfants, en étroite collaboration avec leurs parents, et dans la diversité de leurs besoins et des ressources des territoires, les associations imaginent des modalités d’accueil innovantes, qui tiennent compte tant du cadre légal que des contraintes financières. Aujourd’hui, nous voulons témoigner de cette créativité et de cette capacité d’innovation du monde associatif.

L’Uniopss a donc adressé un questionnaire aux réseaux associatifs pour recenser leurs diverses expériences. 60 projets pérennes ont ainsi été identifiés, que nous avons classés en dix thématiques (accueil d’urgence, accueil en horaires atypiques, crèches de personnels d’entreprises…). Pour permettre l’essaimage de ces expériences, l’Uniopss inaugure un site internet dédié, qui sera ouvert le 14 juin : www.accueil-petite-enfance.fr. Chaque projet recensé y fait l’objet d’une fiche type. Pour nous, l’enjeu est également de faire remonter de nouvelles innovations. Nous voulons proposer un site dynamique, afin de capitaliser et de valoriser le travail effectué par les associations dans le domaine de l’accueil de la petite enfance.

Posté le par

Recommander cet article

Réagissez à cet article sur le forum