Les sans-domicile, de plus en plus souvent des personnes seules

Lutte contre les exclusions

« On se retrouve seul, avec la honte d’être à la rue »  : comme Ramdane Rouabah, 71 ans, les sans-domicile sont de plus en plus souvent des personnes seules, alerte la fondation Abbé Pierre (FAP).

Aujourd’hui, 65 % des 143 000 Français sans domicile n’ont ni conjoint ni enfant à charge, selon la FAP, qui publiait jeudi 30 janvier 2020 son rapport annuel sur le mal-logement et met en garde contre un phénomène qui s’aggrave mais reste « un angle mort » des politiques de lutte contre la pauvreté.

Ruptures du couple plus fréquentes, entrée dans la vie adulte et conjugale plus tardive des jeunes et un vieillissement des populations qui laisse souvent des personnes veuves pendant de longues années, nourrissent le phénomène.

Or ces dernières années, dans un système d’hébergement d’urgence totalement saturé, des centres exclusivement dédiés à certains publics, et notamment aux familles avec enfants, ont ouvert.

Le risque, selon la FAP, est de créer « une sorte de hiérarchie » parmi les plus précaires.

La France compte 4 millions de mal-logés et la crise du logement touche, à des degrés divers, 15 millions de personnes, selon la dernière enquête nationale « sans domicile » de l’Insee en 2012, sur laquelle s’appuie le rapport de la fondation.

« On est tous plus sensibles au fait que des enfants soient à la rue. Mais une personne seule, même si c’est un homme, dans la force de l’âge, à la rue ou en hébergement, c’est intolérable », rappelle Emmanuel Domergue, directeur d’étude à la FAP.

Lorsqu’on est seul, les difficultés tendent à s’accumuler, souligne le rapport : fort isolement social qui complique le recours aux aides, aucune possibilité d’hébergement temporaire chez un proche, absence de soutien moral ou financier, etc.

Et le mal-logement étant lui-même source de mise à l’écart, un cercle vicieux conduit souvent de la solitude à l’isolement : impossibilité ou honte à l’idée de recevoir chez soi, éloignement de son réseau en cas d’obtention d’une place d’hébergement.

« Seul, on dispose aussi de revenus plus faibles, on s’oriente vers de plus petits logements, moins nombreux sur le marché et plus chers au mètre carré », explique la FAP.

« Or, on manque de petits logements » de type studio ou T1, notamment dans le parc social, relève Christophe Robert, délégué général de la fondation.

Le parc social, qui évolue très lentement, est encore adapté à ce qui était le modèle classique de la famille française du couple avec deux enfants, explique-t-il. « Il faut déstandardiser le parc de logement social », estime M. Robert.

« Il est temps que les politiques de l’habitat mais aussi les politiques sociales s’adaptent à la mono-résidentialité », estime-t-il, rappelant que plus généralement, 35 % des ménages français sont composés d’une seule personne.

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