À quelques semaines des élections municipales et à moins d’un an et demi de la prochaine élection présidentielle, l’Unicef France a publié, le 29 janvier 2026, le premier rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant, qui propose « une photographie inédite et consolidée de la situation des enfants en France. » Alors que le monde traverse de profondes mutations – numériques, climatiques, sociales, économiques et géopolitiques – impactant directement la jeunesse et fragilisant ses droits, le rapport met en lumière « un constat préoccupant » : l’absence de données complètes, fiables et couvrant l’ensemble du territoire, ainsi que de suivi systématique, empêche encore de garantir l’effectivité des droits de tous les enfants. Des milliers d’entre eux – enfants vivant dans la pauvreté, non scolarisés, en situation de handicap, mineurs non accompagnés ou vivant dans les territoires d’Outre-mer – demeurent toujours invisibles des statistiques publiques, et donc de politiques publiques adaptées à leurs besoins, dénonce l’Unicef France. Conçu comme un outil central de suivi, d’alerte et de plaidoyer, l’Observatoire des droits de l’enfant ambitionne donc, « grâce à des mises à jour annuelles, de faire de la donnée une boussole des politiques de l’enfance, afin de garantir que les droits de chaque enfant soient pleinement pris en compte et respectés. »
Rendre visibles les réalités vécues par les enfants
Selon l’Unicef France, l’Observatoire des droits de l’enfant constitue « une innovation majeure » : il s’agit de la première plate-forme nationale qui centralise, structure et analyse l’ensemble des données disponibles relatives aux droits et au bien-être des enfants en France. S’appuyant sur des sources multiples – agences gouvernementales, organisations internationales, enquêtes nationales et internationales –, celui-ci propose un global et structuré de l’application des droits de l’enfant. Il rassemble, organise et analyse 76 indicateurs clés, répartis autour de douze grandes thématiques, à savoir : éducation, santé, santé mentale, protection de l’enfance, pauvreté, migrations, nutrition, numérique, petite enfance, opinion de l’enfant, démographie et environnement.
En rendant ces données accessibles, lisibles et comparables dans le temps, l’Observatoire vise « à éclairer les politiques publiques et à soutenir la prise de décision fondée sur des données probantes, tout en identifiant clairement les lacunes statistiques persistantes », explique l’association. Son premier rapport est complémentaire de la plate-forme en ligne développée par l’Unicef France, qui permet une vision dynamique et interactive des données. L’Observatoire propose une lecture transversale des données à la lumière de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et de l’Agenda 2030, et « met en évidence les angles morts qui entravent encore un pilotage efficace des politiques de l’enfance. »
La situation préoccupante des droits de l’enfant en France
À travers l’ensemble des thématiques analysées, le rapport dresse « un tableau préoccupant de la situation des droits de l’enfant en France. » Et l’Unicef France de citer quelques chiffres pour l’illustrer.
- Près de 32 000 enfants vivent sans domicile ou à l’hôtel selon le dernier baromètre de l’Unicef France et la FAS, et 38 enfants sans domicile sont décédés en 2024.
- Près d’un quart (23 %) des enfants interrogés dans le cadre de la Consultation nationale de l’Unicef France déclarent ne pas manger trois repas par jour.
- Plusieurs milliers d’enfants demeurent non scolarisés, sans visibilité statistique nationale.
- 1 860 enfants ont été enfermés à Mayotte en 2024.
Face à ces constats, l’Unicef France appelle à « une refonte structurelle du suivi national des droits de l’enfant. » « Comment garantir les droits de chaque enfant sans disposer de données complètes, fiables et actualisées permettant de connaître leurs réalités et leurs situations ? L’Observatoire des droits de l’enfant vise à combler ce manque et à faire de la connaissance un levier concret de protection et d’action publique qui, nous l’espérons, guidera les politiques des futurs décideurs », insiste Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.
