Six générations pour qu’un enfant pauvre s’élève dans l’échelle sociale en France

Lutte contre les exclusions

Il faudrait en France six générations, soit « 180 années », pour qu’un descendant de famille pauvre atteigne le revenu moyen, estime l’OCDE vendredi 15 juin, constatant que « l’ascenseur social » est en panne dans de nombreux autres pays industrialisés.

« Il n’y a plus de mobilité sociale dans les pays de l’OCDE : les revenus, la profession, le niveau d’éducation se transmettent d’une génération à l’autre », a résumé Gabriela Ramos, Conseillère spéciale auprès du Secrétaire général de l’OCDE, lors de la présentation du rapport à la presse.

La France, où Emmanuel Macron doit annoncer en juillet une stratégie de lutte contre la pauvreté, ambitionnant d’enrayer le « déterminisme social », fait moins bien que la moyenne. Comme en Allemagne et au Chili, il faudrait six générations, soit « 180 années » selon Mme Ramos, pour qu’un descendant d’une famille en bas de l’échelle des revenus (les 10 % les plus bas) se hisse au niveau moyen de son pays.

En moyenne dans 24 pays de l’OCDE, cinq générations seraient nécessaires.

Encore pire, il faudrait neuf générations au Brésil et en Afrique du Sud, et onze en Colombie.

En revanche, au Danemark et dans les autres pays nordiques (Norvège, Finlande, Suède), deux ou trois générations suffiraient, selon les estimations présentées dans le rapport.

C’est en bas et en haut de l’échelle sociale qu’il y a le moins de mobilité. En moyenne dans 16 pays de l’OCDE, 17 % seulement des enfants d’origine modeste réussissent à se hisser en haut de l’échelle des revenus une fois adultes, tandis que 42 % des enfants de familles aisés réussissent à y rester.

En France, les chiffres sont très proches de cette moyenne mais aux États-Unis ou en Allemagne, l’écart est encore plus important. En revanche, il est moins prononcé en Espagne, en Grèce et au Portugal, où beaucoup de progrès ont été faits dans l’accès à l’éducation, et au Danemark.

Prime d’activité

L’inégalité des chances ne concerne pas seulement les revenus du travail mais aussi la profession, l’éducation et l’état de santé.

Les enfants de cadres sont deux fois plus susceptibles de devenir cadres eux-mêmes que les enfants de travailleurs manuels : 27 % de ces derniers y parviennent en France, chiffre proche de la moyenne de l’OCDE.

17 % seulement des enfants de parents faiblement diplômés (12 % en moyenne dans l’OCDE) font des études supérieures, comparés à plus de 60 % des enfants de parents ayant étudié dans le supérieur.

« Le manque de mobilité sociale n’est pas une fatalité, nous pouvons faire mieux. Avec des politiques mieux adaptées, on peut renforcer l’égalité des chances (…) », a ajouté Mme Ramos.

L’OCDE souligne ainsi que « les pays qui ont déjà beaucoup investi dans l’éducation ou la santé affichent généralement une plus grande mobilité ». Pour autant, l’important n’est pas seulement à ses yeux « le montant des ressources publiques allouées », mais « la manière dont sont ciblées les catégories de population les plus défavorisées ».

Mme Ramos a jugé déterminantes les initiatives en matière d’accueil collectif de la petite enfance (zéro à trois ans). Stefano Scarpetta, de la direction de l’Emploi, du Travail et des Affaires sociales de l’OCDE, a loué la prime d’activité – aide aux travailleurs modestes instaurée en 2016 en France – comme encouragement à reprendre un emploi.

L’OCDE préconise en outre de s’attaquer aux inégalités territoriales, qui se cumulent souvent en matière d’éducation préscolaire, emploi, services et transports, et accès à la formation.

Copyright © AFP : « Tous droits de reproduction et de représentation réservés ». © Agence France-Presse 2018

Posté le par

Recommander cet article

Réagissez à cet article sur le forum