Contrairement à certaines idées reçues, travailler dans une collectivité n’est pas une sinécure. Au point que 45 % des agents estiment que leur travail les épuise au moins une fois par semaine ou ressentent de l’irritation (des chiffres en augmentation de 3 points en un an), et que 35,6 % perçoivent un risque pour leur santé mentale sur leur lieu de travail, selon le troisième Baromètre de la santé mentale au travail de la fonction publique territoriale 2026, publié mi-septembre par la Mutuelle nationale des fonctionnaires des collectivités territoriales (MNFCT)*.
En outre, dans un contexte de contraintes budgétaires et de réorganisations, leur inquiétude pour l’avenir professionnel progresse de 4,5 points. Et « la perception d’un risque pour la santé mentale lié au travail s’installe dans le temps, avec une légère évolution depuis 2025 (+ 1,6 point). Plus d’un tiers des agents déclarent ressentir régulièrement ce risque », précise la MNFCT.
71 % des agents trouvent du sens dans leur travail, ils étaient 79 % en 2024
Pour autant, un point positif ressort : 71 % des agents perçoivent du sens à leur travail, 82 % le jugent utile et 80 % important, les deux chiffres les plus élevés du baromètre, malgré une baisse de 4 points en un an et de 8 points depuis 2024. Et, sans surprise, plus les agents se sentent soutenus par leur employeur (15 %), moins ils se sentent épuisés. Or, 74 % des managers n’ont jamais été formés aux risques psychosociaux.
Environ 900 000 agents sont donc concernés, dont la moitié des plus de 55 ans et essentiellement les agents de catégorie C, ainsi que les encadrants et responsables d’équipe. À cela, trois facteurs principaux : la charge de travail (catégorie A), l’incertitude de l’emploi et « l’exigence émotionnelle ». Plus inquiétant : 4 agents sur 10 ont renoncé à soigner leur santé mentale, notamment 41 % de femmes (contre 35 % d’hommes) et des agents de moins de 35 ans (43 %). En cause : le manque d’argent (59 %) et de temps (55 %), l’absence de spécialiste accessible (37 %) ou la peur du jugement (17 %). Un renoncement plus fréquent chez les agents de catégorie C (40 %). À noter qu’un statut professionnel stable, de fonctionnaire ou CDI, ne protège pas du risque d’épuisement professionnel.
Vérifier la charge de travail réelle des agents
Au-delà de ces constats, la MNFCT propose des pistes pour améliorer la situation au sein de la collectivité. Elle préconise notamment de vérifier la charge de travail réelle des agents et son décalage avec la charge ressentie – et non uniquement celle qui est prescrite –, mais aussi de créer des espaces d’échange sur les difficultés rencontrées et un suivi confidentiel des agents, piloté dans le cadre d’une stratégie globale de qualité de vie et des conditions de travail. La collectivité peut également instaurer un « suivi de la transparence » : points d’information « réguliers et honnêtes » sur le budget, l’organisation, les remplacements ou encore les enjeux liés aux décisions.
L’accompagnement des agents peut être adapté en fonction des catégories, notamment pour les agents de proximité (catégorie C), et des groupes de parole peuvent être institués pour mieux comprendre les risques perçus et les représentations de la santé mentale au travail, à travers un éclairage scientifique. Quant au sentiment d’irritation, il conviendrait de le considérer comme « un indicateur de pilotage stratégique RH à mesurer et piloter, et non comme une simple humeur individuelle ».
Les incivilités des usagers entraînent 3,5 fois plus de troubles du sommeil quotidiens
Les incivilités de la part des usagers contribuent à attenter à la santé mentale des agents dont 30 % déclarent en subir plusieurs fois par mois ou plus, en particulier les agents de catégorie C, les hommes et les titulaires. Avec, à la clef, des troubles du sommeil quotidiens chez 43 % des agents les plus exposés contre 13 % pour les autres. Ce n’est pas un simple inconfort. Il faut les traiter comme un facteur de risque pour la santé mentale des agents : à chaud, avec des premiers secours en santé mentale et à froid, en dirigeant les agents les plus exposés vers un environnement de travail sécurisant. La collectivité peut aussi leur proposer certains dispositifs : ligne d’écoute psychologique, rendez-vous de psychologues, médecine du travail… Tenir un registre d’incidents aide à cartographier les faits et permet d’ajuster l’organisation dans le temps.
Enfin, le baromètre présente des expériences de terrain dont les collectivités peuvent s’inspirer.
Marie Gasnier
* En association avec Moodwork et idealCO. 6 513 agents de la FPT ont répondu volontairement à un questionnaire auto-administré en ligne (45 questions sur 5 thématiques), entre mai et juillet 2026.