Enjeux du « tourisme médical » en France

Santé

Cédric Lussiez est directeur de la communication de la Fédération hospitalière de France (FHF) depuis quatre ans. Pour Weka, il revient sur la polémique suscitée par l’ouverture de certains services de l’AP-HP aux riches patients étrangers.

Weka.fr : Un article du Journal du Dimanche paru le 4 août dernier nous apprenait que l’AP-HP envisageait de se lancer dans le tourisme médical, à savoir l’accueil de riches patients étrangers pour renflouer ses caisses. Un accord vient d’être signé avec une société implantée dans une dizaine de pays du Moyen-Orient, Globemed. Quelle est la position de la Fédération hospitalière de France à ce sujet ?

Cédric Lussiez : On n’a pas de position de principe sur la démarche stratégique de tel ou tel adhérent, en l’occurrence de l’AP-HP. En revanche, c’est vrai que nous avons des contacts depuis plusieurs années avec différentes structures nationales et internationales, puisque la médecine française bénéficie encore d’une réputation d’excellence qui lui vaut une certaine attractivité, avec des traditions d’accueil de patients étrangers relativement établies, et ce dans beaucoup d’hôpitaux.

Weka.fr : Pouvez-vous préciser ?

Cédric Lussiez : Tout d’abord, il faut vérifier que ces flux vont se maintenir. La concurrence en matière de tourisme médical, pour prendre l’expression consacrée, est extrêmement forte, notamment vis-à-vis de la Thaïlande et du Moyen-Orient, sans parler de l’Allemagne qui a pris le leadership depuis quelques années.

L’objectif de l’AP-HP est d’organiser une démarche globale vis-à-vis de patients aisés venant du sud ou de l’est de l’Europe. Je vais vous donner un exemple très simple : la conciergerie, plus communément appelée l’hôtellerie. Nos concurrents hôpitaux étrangers proposent des prestations depuis l’aéroport. Les patients y sont accueillis, puis emmenés directement avec leurs familles dans les établissements concernés. Les proches sont hébergés à proximité. C’est un élément très important si l’on veut se positionner vis-à-vis de cette demande de soins-là.

Le deuxième aspect très important que la Fédération hospitalière de France soutient fortement, c’est que cet accueil, qui se fait de manière un peu aléatoire, doit être structuré afin d’offrir de nouvelles ressources aux établissements hospitaliers. Très fréquemment, le système de tarification sanitaire tel qu’on l’a établi, et notamment les prix des journées en chirurgie, est bien inférieur aux tarifs qu’une partie de ces patients étrangers est prête à payer. Il faut pouvoir offrir des prestations qui permettent aux hôpitaux français de se développer et de construire des plateaux techniques qui serviront à tous les patients.

Weka.fr : Si cette démarche est si positive, comment expliquez-vous la polémique suscitée ?

Cédric Lussiez : Dans un contexte de ressources limitées en matière de professionnels et de plateaux techniques, il y a toujours le risque d’avoir une sorte « d’institution des soins » au détriment des patients français. Ce qui n’est pas absurde. Mais lorsque la démarche est faite de manière aussi cohérente qu’elle l’est faite par l’AP-HP, c’est-à-dire de façon très pensée, avec énormément de garde-fous, il y a quand même toutes les raisons de penser que la vraie opportunité, c’est de trouver de nouvelles ressources.

L’AP-HP, comme tous les autres hôpitaux de France, a un programme d’investissement extrêmement lourd. L’État a bien du mal à nous financer, vu la situation économique, et les banques sont dans l’impossibilité de nous aider depuis plusieurs mois. La FHF n’a donc pas de position officielle là-dessus ; en revanche, elle soutient tous les efforts des hôpitaux.

Weka.fr : Certaines organisations syndicales ne sont pas d’accord… La CGT, par exemple, a récemment publié un communiqué affirmant que « la mise en place de cette filière particulière s’ajoute au scandale de l’activité privée permettant aux patients pouvant payer, de bénéficier de consultations et d’hospitalisations dans des conditions privilégiées ». Qu’en pensez-vous ?

Cédric Lussiez : Sur l’activité libérale, je ne m’exprimerai pas : la Fédération hospitalière de France va avoir une position publique là-dessus. En revanche, il y a là un point très important, c’est que non seulement le raisonnement de la CGT est faux, mais il est extrêmement contradictoire. Les prestations elles-mêmes, qui seront servies à cette clientèle, devront faire l’objet d’un devis a priori. L’argent récolté reviendra aux services publics et non pas à un individu exerçant dans le cadre d’une activité libérale. Ça ne s’ajoute donc pas au scandale, c’est d’ailleurs plutôt l’inverse : une manière de réguler les choses, qui seront établies de manière transparente et publique.

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