Le Fonds mondial contre le sida tourne une page avec le départ de M. Kazatchkine

Santé

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, éclaboussé par des accusations de corruption en Afrique, tourne une page avec le départ de son directeur exécutif Michel Kazatchkine, dont les relations avec l’épouse du président français ont aussi fait polémique dans la presse française.

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a « vivement » regretté dans un communiqué le départ du directeur du Fonds mondial contre le sida, le Français Michel Kazatchkine, et salué son « remarquable travail » à la tête de cet organisme. Médecin réputé et expert des questions de santé à l’échelle mondiale, le professeur français Kazatchkine avait été élu en février 2007 pour un premier mandat. Début 2011, il avait été reconduit à son poste pour trois ans.

Mais ces derniers mois ont été difficiles pour le Fonds, dont l’image a été ternie par des affaires de détournement de subventions, dans plusieurs pays africains ainsi qu’en Chine où l’organisation avait gelé temporairement ses subventions en mai 2011. Ces accusations ont poussé certains pays donateurs, comme l’Allemagne et la Suède, à suspendre leurs contributions, obligeant l’organisation à réagir : M. Kazatchkine a parlé de « tolérance-zéro vis-à-vis de la corruption », tandis que le Fonds annonçait depuis le Ghana l’adoption d’un « plan global de transformation » en vue d’améliorer ses « contrôles fiduciaires ».

Mais c’est en France que le scandale est réapparu ces dernières semaines. Début janvier, l’hebdomadaire français Marianne a ainsi affirmé que « des sommes conséquentes » ont été versées par le Fonds aux « activités philanthropiques » de l’épouse du président français, Carla Bruni-Sarkozy, ambassadrice bénévole du Fonds, et « de plusieurs agences appartenant à l’un de ses amis proches ». Le Fonds a toutefois démenti ces accusations, estimant que « le soutien apporté à une page du site web Carlabrunisarkozy.org (…), de même que les coûts liés aux déplacements de Mme Bruni-Sarkozy effectués dans le cadre de ses activités pour le Fonds ont respecté les règles et les procédures très strictes » de l’organisation.

Mardi, l’organisation basée à Genève a une nouvelle fois démenti les informations parues dans les médias français. « Je déments formellement l’information publiée (…) sur le site Liberation.fr disant que Michel Kazatchkine aurait démissionné en raison d’une « mise en cause » pour ses relations avec Carla Bruni Sarkozy », a déclaré le président du conseil d’administration du Fonds, Simon Bland, dans un courriel envoyé à l’AFP. Le site internet de Libération a indiqué s’être contenté de citer l’hebdomadaire Marianne.

Malgré ces multiples démentis, M. Kazatchkine a annoncé mardi qu’il préférait quitter le Fonds, dont le budget annuel s’élève à plus de 20 milliards de dollars. « En novembre, le Conseil d’administration a décidé de nommer, sous son autorité directe, un directeur général chargé de superviser la mise en œuvre du plan de transformation consolidé », indique-t-il dans un « message au personnel, aux partenaires et aux amis ». « Je respecte cette décision (…). Néanmoins, tout en maintenant un engagement total en faveur du Fonds mondial et de sa mission, j’en suis venu à la conclusion qu’il m’était impossible, dans ces circonstances, de rester à mon poste de directeur exécutif », écrit-il.

Il quittera ses fonctions le 16 mars prochain, peu après l’arrivée de Gabriel Jaramillo au poste de directeur général, le 1er février. « Ancien président-directeur général de Sovereign Bank, M. Jaramillo a plus de 35 ans d’expérience à des postes à responsabilités dans le secteur de la finance », indique le Fonds. « De l’avis général, M. Jaramillo », qui prendra ses fonctions pour une durée de 12 mois, « est un dirigeant et un administrateur hors pair et particulièrement intègre », souligne-t-il. Créée en 2002 avec les fonds du multimillionnaire Bill Gates, le Fonds est la plus importante source de financement internationale pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui ensemble font 4 millions de victimes dans le monde chaque année.

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