Les réservistes sanitaires en renfort pour contrer Ebola

Santé

HOSPIMEDIA – Quelque 1 750 réservistes sanitaires étaient conviés à un colloque qui leur était dédié ce 22 septembre à Paris. Ebola a largement occupé les discussions avec, en perspective, la possible mobilisation de réservistes à Macenta en Guinée où doit ouvrir un centre de traitement.

En toute logique, le premier colloque dédié à la réserve sanitaire de l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), ce 22 septembre au ministère de la Santé à Paris, s’est à maintes reprises attardé sur l’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest. Marisol Touraine, en déplacement à Milan, a ouvert cette rencontre, destinée à renforcer les liens avec les réservistes, en adressant dans une intervention filmée une « pensée toute particulière pour celles et pour ceux qui sont actuellement en Guinée ». Les représentants des États européens dont la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes françaises, accompagnée de la directrice générale adjointe de la santé, Françoise Weber, étaient réunis en Italie pour notamment mettre au point « le mécanisme de rapatriement sanitaire » des professionnels de santé et volontaires engagés en Afrique qui contracteraient Ebola, a précisé le directeur général de la santé (DGS), Benoît Vallet.

Cette épidémie d’Ebola « démontre de manière assez spectaculaire que la santé publique n’a pas de frontières », a commenté le DGS. « On voit la courbe épidémiologique dramatiquement grandir avec un doublement du nombre de cas par période de quatre semaines », a-t-il poursuivi. Un échange vidéo a par ailleurs été organisé avec Antoine Perrin, réserviste sanitaire, depuis Macenta en Guinée forestière. C’est là que doit ouvrir, comme l’a annoncé le président de la République, François Hollande, lors de sa conférence du 18 septembre, un centre de traitement Ebola. Antoine Perrin participe actuellement à une mission d’exploration interministérielle qui doit permettre de poser les bases de ce futur centre. Il a estimé, chiffres à l’appui, « urgent que nous nous installions ici ». Sur 17 nouveaux cas enregistrés au cours du 21 septembre en Guinée, « 16 relevaient de Macenta ». Benoît Vallet a d’ailleurs annoncé aux quelque 200 réservistes présents lors du colloque au ministère : « Il n’est pas impossible que vous soyez à nouveau sollicités. »

Appelés en Guinée, en Normandie, en Outre-Mer…

Ces derniers mois, la réserve sanitaire a été particulièrement mobilisée*. Elle s’est rendue à Conakry en Guinée pour apporter un soutien épidémiologique aux autorités et livrer deux tonnes d’équipements de protection. Elle a été appelée en Normandie à l’occasion du 70e anniversaire du D-Day ou encore en Outre-Mer pour aider à lutter contre le chikungunya. Pas plus tard que ce week-end, elle a participé au rapatriement de réfugiés d’Irak. « On fait de plus en plus appel à vous, ce qui est un signe de reconnaissance de vos compétences et de votre disponibilité », a déclaré Marc Meunier, directeur général de l’Eprus. En 2012, on recensait 700 réservistes contre 1 750 aujourd’hui « qui peuvent partir sous réserve de leur disponibilité et de l’accord de leur employeur », a précisé Clara de Bort, cheffe de la réserve sanitaire Eprus. 26 % de ces réservistes sont des retraités, 57 % sont en activité, 35 % sont des médecins, pharmaciens, sages-femmes et cadres sages-femmes, et 58 % sont des paramédicaux et psychologues. Les réservistes comptent aussi de plus en plus de directeurs d’hôpitaux et de cadres d’ARS, a remarqué Clara de Bort. À l’avenir, l’Eprus projette d’affiner sa base de données pour connaître davantage les profils de ses réservistes. Qui a une formation complémentaire en douleur ? En cicatrisation et plaies ? Qui parle plusieurs langues ? Etc.

« Il faut toujours être formé et prêt à partir »

Parmi ces 1 750 réservistes, « tout le monde ne partira pas et pourtant il faut toujours être formé et prêt à partir », a souligné Marc Meunier. 42 sessions de formation ont ainsi été dispensées à 1 225 réservistes en 2013 contre 26 sessions en 2012. Un accord-cadre est d’ailleurs en cours de finalisation : il doit être signé entre l’Eprus et l’École des hautes études en santé publique (EHESP). « L’Eprus pourra accueillir des étudiants et l’EHESP pourra nous aider à améliorer notre offre pédagogique », a précisé Clara de Bort. L’Eprus cherche à faire davantage connaître sa réserve sanitaire aux étudiants dont les directeurs d’hôpitaux. Au-delà de cet accord-cadre, il a d’ailleurs largement investi les réseaux sociaux ces derniers temps afin de souder ses équipes et de susciter les vocations.

D’autres chantiers attendent l’Eprus dans les mois qui viennent, à commencer par son rapprochement avec l’Institut national de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (Inpes) au sein de l’Institut national de la prévention, de la veille et de l’urgence sanitaire.

Marisol Touraine souhaiterait sinon que « l’Europe réfléchisse à la manière de disposer d’une force humanitaire et sanitaire à l’échelle du continent ».

Sandra Jégu

* À l’étranger, les missions de la réserve consistent à apporter un appui sanitaire aux ressortissants français et aux populations touchées par une catastrophe. Sur le territoire national, elles consistent à renforcer les organisations de soins lors de situations sanitaires exceptionnelles en complément des secours habituels.

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