Réseaux sociaux : le maire doit être très prudent pour se prémunir de la cybermalveillance

Publié aujourd'hui à 15h30 - par

Ton neutre, informations factuelles, absence de prises de positions personnelles et de confusion entre les comptes… Intervenir sur les réseaux sociaux peut être risqué pour un élu, surtout en période de campagne électorale.

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Les réseaux sociaux se sont installés dans la vie municipale, où ils sont devenus des outils de communication institutionnelle ou personnelle des élus, dans les plus grandes collectivités et de plus en plus souvent dans les communes rurales. Ils peuvent y faire connaître leurs actions, lancer des débats et recueillir les doléances des citoyens à moindre coût. Mais leur maniement est aussi très risqué pour qui ne maîtrise pas certaines règles. En effet, ces réseaux catalysent la violence vis-à-vis des élus municipaux qui caractérise la mandature 2020-2026. Si une loi du 21 mars 2024 a renforcé leur sécurité et leur protection, les réseaux demeurent un angle mort. Ils sont un espace particulièrement propice aux emportements et aux outrages qui donne aux usagers un sentiment d’impunité, écrivent Olivier Costa, directeur de recherche CNRS au Cevipof/Sciences Po Paris et Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po Paris, dans une note de mars 2026, éditée par l’Association des Maires de France (AMF) dans le cadre de l’Observatoire de la démocratie de proximité.

Les auteurs soulignent qu’en 2025, 28 % des maires avaient relevé au moins une attaque sur les réseaux – menaces et outrages notamment.

La prévention des risques de cybermalveillance et d’atteinte à la réputation

Non seulement il convient pour l’élu d’être extrêmement prudent dans sa communication et dans ses réactions, et de se méfier des provocations et des commentaires relayés et commentés hors contexte, par l’opposition notamment mais, en cas de polémique, il doit agir rapidement et prudemment pour éviter les mauvais buzz. La note détaille trois risques spécifiques : la publication de contenus qui nuisent à la réputation, la crainte de porter plainte et les tentatives de piratage qui peuvent aboutir à diffuser des contenus inappropriés ou sensibles, envoyer des messages ou rédiger des commentaires offensants. D’où l’importance de protéger au mieux ses comptes (mots de passe complexe renouvelé régulièrement, double authentification, utilisation exclusive d’appareils privés…).

Même justifiée dans les faits, une réponse outrancière se retournera contre l’élu

En appliquant certaines précautions, les élus éviteront de donner prise à toute forme d’escalade et de cybermalveillance. Les publications ne doivent pas être perçues même involontairement comme discriminatoires et le langage ne doit être ni familier, ni vulgaire, ni ironique. L’espace numérique de la commune doit rester « sanctuarisé » pour l’action municipale et ne pas déborder sur des débats nationaux ou internationaux explosifs. En cas d’hostilité ou de désinformation, on attend de l’élu une modération que l’usager ne s’impose pas, précisent les auteurs. Une réponse outrancière, bien que justifiée dans les faits, se retournera contre l’élu, même s’il considère avoir agi avec bon sens. Il ne faut pas non plus fournir des informations non vérifiées ou laisser plusieurs élus répondre de façon désordonnée sur un même sujet. En cas de doute, mieux vaut ne pas répondre qu’improviser.

Les élus ne doivent pas créer de faux profils pour participer aux discussions en mettant en avant un point de vue favorable à la majorité, en apparence en toute discrétion. En outre, il ne faut jamais utiliser simultanément un compte personnel et un compte institutionnel pour réagir à un fait d’actualité, au risque de brouiller le message et de poser le problème de l’utilisation de moyens publics à des fins de promotion personnelle. Les élus doivent faire un usage distinct de leur profil personnel, de leur éventuelle page de personnalité politique et du compte de la municipalité. Seul ce dernier doit prendre en considération les demandes d’administrés ; l’élu qui intervient depuis son profil privé pour résoudre des cas individuels s’expose à des accusations de favoritisme ou de clientélisme.

En tout état de cause, le ton des publications doit être neutre et factuel. Les comptes de la commune ne doivent pas être utilisés pour louer l’action du maire et de la majorité mais pour communiquer des informations utiles et vérifiées aux citoyens.

Marie Gasnier

Les réseaux sociaux étant un environnement complexe et risqué dans le cadre d’un mandat, les élus et les agents concernés doivent être formés à leur utilisation, aux bonnes pratiques de communication et à la gestion des interactions. Et il faut bien entendu prendre en compte la sécurité informatique, étant donné les nombreuses tentatives de piratage et d’usurpation d’identité.