Santé mentale des enfants et ados: des souffrances persistantes, des vulnérabilités associées

Publié aujourd'hui à 11h00 - par

Quelques « signes d’amélioration, mais des souffrances persistantes » pour les adolescents – 20 % des lycéens déclarent des pensées suicidaires – et les écoliers : la santé mentale des jeunes, filles en tête, reste fragilisée post-Covid, confirment deux enquêtes sanitaires.

Santé mentale des enfants et ados : des souffrances persistantes, des vulnérabilités associées
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Ces données, dévoilées mardi 2 juin 2026 par Santé publique France, sont notamment tirées de la dernière édition de l’enquête nationale en collèges et lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS) menée en 2024 auprès de 11 400 élèves du secondaire.

Indicateurs de bien-être et de souffrance psychique

Après une « dégradation marquée » des indicateurs de bien-être et de santé mentale entre 2018 et 2022, la situation apparaît « plus contrastée » en 2024. Mais les indicateurs de santé mentale des filles sont « systématiquement moins favorables » que ceux des garçons, « avec des écarts qui s’accentuent au cours du secondaire », pointe l’agence sanitaire.

Si 20 % des lycéens ont déclaré des « pensées suicidaires » les douze derniers mois, proportion moindre (-4 points) qu’en 2022, les « tentatives de suicide déclarées au cours de la vie » ont concerné 15 % d’entre eux, davantage que deux ans auparavant (+  2 points).

Ainsi, « les formes les plus sévères de souffrance psychique persistent chez une partie des adolescents », constate SpF, notant que près d’un lycéen sur cinq (19 %) a un « risque important de dépression » (manque d’énergie, difficultés de concentration, sentiment de découragement…), « plus marqué chez les filles » (+ 3,5 points) par rapport à 2022. Toutefois, environ huit collégiens et lycéens sur dix (respectivement 82 % et 78 %) se perçoivent en « bonne » ou « excellente » santé et se disent satisfaits de leur vie (à 80 % et 72 %), deux indicateurs en baisse depuis 2018. Et sept collégiens et six lycéens sur dix (70 % et 63 %) déclarent un « bon niveau de bien-être mental » (+ 11 et + 12 points comparé à 2022).

La part de jeunes ressentant « un sentiment de solitude » régulier diminue aussi : 15 % des collégiens et 20 % des lycéens en 2024. Mais près d’un collégien sur deux (45 %) de 6e, 5e et 4e rapporte « des plaintes psychologiques plus d’une fois par semaine depuis au moins six mois » (-4 points par rapport à 2022) : nervosité (32 %), irritabilité (29 %) et sentiment de déprime (21 %), « plus fréquentes chez les filles » et qui « s’accentuent avec le niveau de classe ».

Santé mentale : comprendre les contextes de vulnérabilité

Un autre panorama concerne les écoliers et les caractéristiques associées aux troubles probables de santé mentale des élèves de maternelle et élémentaire. Il y a trois ans, l’enquête Enabee avait estimé à 13 % la proportion des 6-11 ans présentant un probable trouble de santé mentale (troubles émotionnels, oppositionnels, d’inattention/hyperactivité), à partir de trois questionnaires distincts remplis par 8 172 enfants, l’un des parents et l’enseignant.

Santé publique France éclaire cette fois diverses caractéristiques (individuelles, familiales, relationnelles, etc.) associées.

Les garçons, les enfants de mères ayant déclaré des complications de grossesse, les enfants avec une maladie chronique (diabète, asthme…) semblent ainsi plus souvent concernés par des troubles probables. C’est aussi le cas des jeunes éprouvant des difficultés scolaires ou ayant vécu des événements difficiles (deuil, agression, placement à l’ASE).

L’impact de l’ère Covid se confirme : une pénibilité importante du confinement est associée à une présence plus fréquente d’au moins un trouble probable.

L’environnement familial peut constituer « un contexte de fragilité », en cas de conflits entre parents séparés, de situation financière difficile, de trouble anxieux du parent, comme le harcèlement probable par d’autres enfants. Mais ce sont des associations, pas des relations de cause à effet, indique l’épidémiologiste et cheffe de projet Stéphanie Monnier-Besnard. « C’est l’expression de vulnérabilités dont l’effet dépend fortement du contexte », selon elle.

Pour l’agence sanitaire, « ces résultats confirment l’importance de promouvoir des comportements et environnements favorables à la santé mentale », qui n’est « pas figée » : elle peut être « soutenue et améliorée par des actions collectives et individuelles dès l’enfance, période sensible du développement ».

SpF appelle, entre autres, à davantage sensibiliser parents et personnels éducatifs au « repérage précoce des signes de mal-être » ou à « développer des stratégies de prévention tenant compte des inégalités de genres ».

Si « les filles expriment les vulnérabilités les plus marquées, les garçons, qui expriment leur mal-être différemment, ne doivent pas être oubliés », selon Christophe Léon, chargé d’expertise dans l’unité santé mentale.

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