Portraits d'acteurs
Jean-Luc Stanislas
Consultant en management, Fondateur de ManagerSante.com, membre expert HAS
« Servir celles et ceux qui font le service public de santé, c'est encore servir le service public. »
Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?
Jean-Luc Stanislas : M'investir dans le service public hospitalier a toujours été un choix : l'envie d'apporter ma contribution auprès des personnes vulnérables, me sentir utile et surtout, donner du sens à mon engagement pour servir l'intérêt général. C'est là, dans le quotidien des équipes, que s'est forgée ma conviction : rien de durable ne se construit à l'hôpital sans les femmes et les hommes qui le font vivre.
Tout a commencé au plus près du soin, sur le terrain de l'hôpital public, en découvrant ce milieu en tant qu'agent de service hospitalier, puis faisant fonction d'aide-soignant, avant de m'orienter vers la formation infirmière en santé mentale. Après une expérience au cœur du soin par ma pratique clinique, j'ai voulu évoluer par la voie de la promotion professionnelle en pédagogie et management des structures de santé : l'Institut de formation des cadres de santé (IFCS), puis un Master à l'université Paris-Dauphine-PSL.
Plus de trente ans dans la Fonction publique hospitalière (FPH), dont plus de vingt en responsabilités managériales au sein d'un établissement public de santé mentale en région parisienne, m'ont permis de gravir les « échelons » et les métiers du soin jusqu'aux missions transversales dans la gouvernance hospitalière (notamment en gestion des risques associés aux soins). Aujourd'hui encore, même en exerçant comme consultant indépendant depuis plusieurs années, j'accompagne les établissements publics de santé du secteur sanitaire et médico-social, sur les thématiques managériales et sur l'évolution de leurs organisations dans le contexte des évolutions rapides des outils de gestion et de l'intelligence artificielle. Concrètement, cela se traduit par : le conseil en management et en gouvernance, la formation des cadres et des dirigeants hospitaliers, et l'expertise sur l'usage responsable de l'IAG pour ce secteur. Je suis également membre expert de la Haute Autorité de santé au sein du Programme PACTE (Programme d'Amélioration Continue du Travail en Équipe), certifié en CRM (Crew Resource Management). Je suis instructeur certifié en simulation en santé et j'interviens auprès de différents organismes de formation nationaux.
En 2016, j'ai fondé ManagerSante.com, un think-tank de publications d'articles d'experts de terrain sur des problématiques d'actualité. Plusieurs ouvrages collectifs sont nés de cette plateforme, sous ma direction pédagogique, notamment sur les innovations managériales (2021) ou encore sur l'ingénierie en formation (2026) pour les acteurs de santé. Plus récemment, j'ai créé mon agence de conseil jlstanconsulting.com, pour aider les managers et dirigeants à utiliser les outils de l'IAG afin d'anticiper l'avenir et d'améliorer leurs pratiques au service de la qualité des soins du patient et de la performance de leurs équipes.
Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?
Jean-Luc Stanislas : Fédérer, transmettre et innover.
Fédérer, d'abord : l'hôpital public est une des organisations les plus complexes au monde, avec des talents qui se croisent sans toujours pouvoir partager leurs savoirs - leur expertise du soin et les décisions stratégiques, les problématiques du terrain et la gouvernance, le facteur humain et les innovations. Mon métier consiste à rétablir ces passerelles.
Transmettre, ensuite, parce que la formation est le fil rouge de ma vie professionnelle : le savoir partagé élève les organisations, et je l'ai vécu comme agent de la fonction publique bien avant de l'enseigner. Ma passion pour l'ingénierie de formation destinée aux acteurs de santé m'a conduit à coordonner plusieurs ouvrages collectifs sur cette thématique, dont le dernier sera publié en septembre 2026.
Innover, enfin : accompagner des établissements publics sur les innovations managériales, les nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle générative, c'est les aider à se préparer pour être toujours en phase avec les exigences qui s'imposent en matière d'offre de soins de santé sur les territoires.
Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?
Jean-Luc Stanislas : La première est l'écoute. On ne conseille pas un établissement, on ne forme pas une équipe sans comprendre d'abord ce qui s'y joue réellement, au-delà des indicateurs. La deuxième est la rigueur : dans un secteur où circulent beaucoup d'idées reçues, il faut savoir distinguer les sources fiables des approximations, et fonder chaque recommandation sur des références solides. La troisième est la capacité à rassembler. Les intelligences collectives ne se décrètent pas ; elles se cultivent, en donnant du sens et en reconnaissant la place de chacun.
Il faut enfin le sens de l'intérêt général : on ne travaille pas au service de la Fonction publique hospitalière sans incarner des valeurs humaines dans ce que l'on apporte aux patients, aux agents et, au fond, aux citoyens. Cette manière de penser le soin et l'organisation des activités permet de replacer chaque décision dans le contexte plus large des politiques de santé en France.
Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?
Jean-Luc Stanislas : Ce qui me motive chaque jour, c'est l'idée que le savoir peut changer une trajectoire - j'en ai moi-même fait l'expérience, et je le dois en grande partie à la Fonction publique hospitalière. C'est aussi la conviction que l'on peut aider un cadre hospitalier, une équipe pluridisciplinaire, une direction hospitalière à mieux travailler ensemble, avec plus de sens et moins d'épuisement, qui me porte au quotidien : servir celles et ceux qui font le service public de santé, c'est encore servir le service public.
Il y a aussi cette curiosité permanente sur les innovations qui ne m'a jamais quitté : nous traversons une période inédite avec de nombreux changements, où des pratiques installées depuis des décennies sont bousculées, et je souhaite être un des acteurs impliqués dans ces évolutions rapides. Et puis, très simplement, il y a le plaisir des rencontres : chaque intervention, chaque formation est l'occasion d'apprendre autant que de transmettre.
Quel est le projet qui vous a le plus marqué ou dont vous parleriez avec fierté ?
Jean-Luc Stanislas : Deux projets me tiennent particulièrement à cœur. Le premier est la création de ManagerSante.com, il y a maintenant près de dix ans. Partir d'une intuition, donner la parole aux acteurs de terrain, hospitaliers en tête, et diffuser largement le savoir en management de la santé, pour en faire aujourd'hui une communauté qui a permis notamment un bel événement, notre 1er Colloque national au ministère les 28-29 mars 2022 sur les « innovations managériales dans les structures de santé en France », à partir d'un ouvrage collectif publié en octobre 2021 sur cette thématique que j'ai dirigé.
Le second, plus récent, est le livre blanc « L'hôpital public augmenté : l'IA au service des établissements de santé » (éditions WEKA), que j'ai co-écrit fin 2025 et qui a rencontré un large écho. Le titre dit tout de l'intention : c'est bien l'hôpital public qui est au centre. Nous avons fait le pari d'en parler sans jargon ni promesses excessives, à hauteur des équipes qui devront vivre avec ces outils.
Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?
Jean-Luc Stanislas : Oui : que la dimension humaine soit enfin reconnue comme un véritable déterminant de la performance du service public hospitalier, au même titre que les indicateurs financiers et techniques. Trop souvent, l'attention portée aux conditions de travail, à la qualité du dialogue dans les équipes, à l'accompagnement des agents est parfois appréhendée comme une variable d'ajustement, ce que l'on régule une fois que les priorités médico-économiques sont optimisées. Mon rêve serait que la dimension humaine soit considérée comme une condition première. Ce n'est pas un supplément d'âme du management : c'est un véritable levier stratégique, à l'heure où l'intelligence artificielle promet des gains d'efficacité considérables. Et ce que je dis là pour l'hôpital vaut, j'en suis convaincu, pour les trois versants de la fonction publique.
Et puis, plus modestement : garder toute ma vie le temps d'apprendre sur le terrain. C'est une volonté qui ne m'a jamais quitté, qui est tellement riche d'enseignement.
Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?
Jean-Luc Stanislas : Ce sont des figures managériales de la Fonction publique hospitalière, rencontrées tout au long de mon parcours, qui m'ont le plus construit. Des directrices et directeurs des soins, des médecins cheffes et chefs de pôle qui, à des moments clés, m'ont fait confiance et m'ont ouvert des portes que je n'aurais pas osé pousser seul. Je me souviens en particulier de temps forts, comme la migration informatique lors du passage en l'an 2000, ou encore l'accompagnement des équipes sur les périodes intenses de certifications des établissements de santé, ou encore les nombreux projets portés par la direction des soins, notamment sur la recherche clinique paramédicale, qu'on m'a confiés, et c'est souvent comme cela que l'on relève des défis : la confiance que l'on vous accorde sur des projets porteurs de sens.
Ce que ces personnes avaient en commun, c'était une manière d'exercer l'autorité qui élevait avec leur posture de leadership hors du commun, cette exigence bienveillante que l'hôpital public sait produire chez ses meilleurs encadrants. Elles savaient exiger sans humilier. Elles déléguaient vraiment, sans pour autant se désintéresser du résultat. J'ai beaucoup appris en les observant, et ma propre conception du management et du leadership, qui évolue en permanence selon les déterminants intergénérationnels et culturels, s'est forgée à leur contact.
Ces belles rencontres m'ont donné envie de poursuivre cette aventure dans ce secteur, où la notion de service public a tellement d'impact, surtout dans le contexte économique et politique d'aujourd'hui avec ses enjeux.
Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?
Jean-Luc Stanislas : J'emprunte à Edgar Morin, disparu en mai dernier, l'une des formules qui résume le mieux sa pensée de la complexité : « distinguer sans séparer, relier sans confondre ». Elle m'accompagne parce qu'elle dit tout de ce qu'un manager public doit apprendre à faire aujourd'hui. Nous avons trop bien appris à séparer, à cloisonner les services, les métiers, les savoirs - alors que la réalité de l'hôpital est faite de liens.
Cette idée résonne d'ailleurs directement avec l'ouvrage collectif que je dirige chez LEH Édition, « Innovations en formation & ingénierie pédagogique en santé », dont le second tome paraît justement ce mois de septembre 2026, consacré notamment à la place du formateur, aux technologies numériques et à l'intelligence artificielle générative, et aux neurosciences appliquées à l'apprentissage.
On prépare les professionnels de demain en leur apprenant à coopérer. Face aux nouvelles technologies, cette exigence devient plus vraie encore : fédérer les intelligences humaines et les solutions technologiques, tout en conservant la souveraineté humaine.
Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?
Jean-Luc Stanislas : La lecture, la marche et le fitness sont mes trois respirations. La lecture, parce qu'elle entretient l'ouverture d'esprit. La marche, parce qu'elle me permet de penser autrement : bien des idées me viennent en marchant, loin des écrans. Le fitness et le cardio, pour l'énergie qu'ils m'apportent. Mais ce que j'apprécie surtout, c'est le collectif : on y croise du monde, on y échange, on sort de sa bulle. Pour notre santé mentale, c'est important, car la charge cognitive dans nos activités quotidiennes est particulièrement intense, mais je crois que prendre soin de soi commence par ces temps simples où l'on se concentre sur l'essentiel et sur l'instant présent.
Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?
Jean-Luc Stanislas : Vous m'en demandez deux ; j'en citerai trois, tant ils sont indissociables dans mon parcours. Le premier est ma trajectoire de promotion professionnelle, ce dispositif auquel je dois beaucoup et qui reste l'une des grandes forces de la Fonction publique hospitalière. C'est une belle opportunité offerte aux agents : de véritables parcours d'évolution des compétences, de la formation initiale aux études promotionnelles. L'administration publique, et singulièrement le secteur hospitalier, sait le faire - et je tiens à le dire ici, parce qu'on ne le dit pas assez. Avoir commencé au plus près du terrain, puis avoir gravi les étapes grâce à la formation continue - jusqu'au Master à Dauphine - a changé mon regard sur le métier. Cette expérience m'a appris que rien n'est figé, que l'on peut se réinventer à tout âge, et elle fonde aujourd'hui mon engagement de formateur : je sais, pour l'avoir vécu, ce que la formation peut ouvrir comme possibles. Quand je forme des cadres hospitaliers, je vois des collègues avant de voir des stagiaires. Et si mon parcours peut dire une chose aux agents qui débutent aujourd'hui, c'est celle-ci : la pyramide des métiers hospitaliers ne se gravit pas forcément dans une logique verticale, mais dans une évolution horizontale, pour y développer des expertises métiers passionnantes (ex : les infirmières en pratique avancée).
Le deuxième changement, c'est l'écriture de nombreux articles professionnels et de plusieurs ouvrages collectifs sur ma pratique professionnelle dans ses différentes dimensions. Cette passion de partager mon expérience de terrain et d'envisager les perspectives anime mon quotidien depuis plusieurs années maintenant. Ce qui explique cette volonté de repérer les innovations hospitalières, managériales et organisationnelles, toujours au service de la qualité des soins.
Le troisième changement, plus récent, est l'irruption de l'intelligence artificielle dans mon domaine. Elle a redéfini une partie de mon activité et m'a conduit à me positionner sur la gouvernance de ces outils en santé. Loin de la subir, j'ai choisi d'en faire un objet d'expertise métier et de pédagogie en santé, convaincu que le vrai enjeu reste le facteur humain : apprendre à décider avec ces outils, sans jamais leur abandonner ce qui relève du jugement et de la responsabilité, une exigence qui engage, au fond, la confiance des citoyens dans leur service public de santé.
Nos autres portraits
-
Alexis Lambert
Directeur général des services du CDG 05
31/08/26 -
Éric Manoncourt
Directeur Général Adjoint Ressources du Conseil Départemental de l'Aude
15/07/26 -
Marie-Laure Tirelle
Secrétaire générale du Comité National d'Action Laïque
29/06/26 -
Camille Turchi
Responsable du secteur accompagnement des parcours professionnels au sein de la DRH de Le Mans Métropole
09/06/26 -
Michael Restier
Directeur ANPP Association Nationale des Pôles territoriaux et des Pays
19/05/26
Rejoindre le club des portraits d'acteurs publics ?
Si vous souhaitez proposer votre candidature ou celle d'une personnalité, contactez nous !
Les + Vus
14/01/26
WEKA Assistant IA : une IA juridique rapide, précise et sécurisée ...
24/04/26
Quel est le calendrier des prochaines élections ?
14/09/26
Transparence salariale : que contient le nouveau projet de loi pour ...
15/09/26
Report des congés annuels : les nouvelles règles à connaitre
07/09/26
Congés pour raison de santé : un nécessaire pilotage des arrêts ...
