Dans le Grand Est, des lycéens remisent leurs manuels pour passer au tout numérique

Éducation

Dans le Grand Est, 31 000 lycéens ont remplacé depuis la rentrée les traditionnels manuels scolaires par des ordinateurs et tablettes. Une première en France plébiscitée par les élèves, mais les enseignants et parents sont partagés.

« Installez-vous messieurs, et sortez tout de suite votre matériel, c’est-à-dire la tablette. Et aussi vos écouteurs, si vous en avez » : depuis la rentrée, 50 des 535 lycées de Champagne-Ardenne, Lorraine et Alsace, ont commencé à abandonner tout support papier en salle de classe.

Sur les pupitres des élèves, aucun manuel scolaire ou cahier, à peine une trousse : au lycée des métiers Goulden de Bischwiller, au nord de Strasbourg, Arnaud Klein, professeur de lettres-histoire, démarre son cours en demandant à ses élèves de cliquer sur un lien internet.

Ce lycée professionnel forme chaque année 400 élèves aux métiers de l’industrie, du tertiaire et du commerce.

Le théme de la séance : « Nourrir la planète demain ».

Les élèves de seconde Bac pro systèmes numériques (SN) s’exécutent et étudient le document, une vidéo produite pour le pavillon de la France à l’exposition universelle de Milan 2015.

Les regards captés par les écrans, les élèves glissent leurs réponses avec leurs doigts dans un tableau avec QCM interactif concocté par l’enseignant.

Lancé en mars par la région Grand Est, le plan « Lycées 4.0 » entend « proposer à la jeunesse des conditions de travail modernes et adaptées ».

Deux mois de travaux ont été nécessaires pour équiper le lycée Goulden, qui a fait installer durant l’été une quarantaine de bornes wifi dans ses couloirs et salles de classe.

Même le gymnase devrait bénéficier prochainement d’un accès internet.

D’ici à 4 ans, tous les lycéens de la région devraient accéder gratuitement aux ressources numériques à l’école ou depuis leur domicile : un dispositif censé contribuer à lutter contre le décrochage scolaire.

Quelque 11 millions d’euros pour le matériel et le déploiement de câbles ont été investis cette année par la région, auxquels s’ajoutent 3,3 millions des Fonds européens de développement régional (Feder).

Si la moitié du coût d’acquisition du matériel – 580 euros pour une tablette, 740 euros pour un ordinateur – est financée par la collectivité, les fédérations de parents d’élèves grincent des dents, car l’autre moitié reste à la charge des familles.

En mai, la FCPE 67 a voté une motion réclamant un moratoire et une remise à plat du projet dénonçant un « manque de préparation ».

Des sacs moins lourds

Le plan bénéficie d’un « oui unanime » des élèves, assure le proviseur du lycée alsacien.

« Les sacs sont moins lourds. On a l’impression de rentrer dans un lycée plus moderne », fait remarquer Élise, élève de seconde Bac Pro commerce, interrogée par l’AFP, qui vient de participer à l’élection de ses délégués de classe par vote électronique.

Panajot, 15 ans, y voit simplement « une différence technologique » : « La majorité des jeunes aiment travailler sur ordinateur » et avec « un ordinateur, on peut prendre plus de notes », estime-t-il.

Tout sourire, Ilja, l’un de ses camarades, ironise : ce changement de méthode est simplement « une excuse pour avoir un ordinateur chez soi ».

Des couacs inéluctables

Si le numérique permet « d’avoir des méthodes pédagogiques plus innovantes », selon Arnaud Klein, trois semaines après son démarrage, le plan « Lycées 4.0 » connaît aussi quelques couacs inéluctables.

Il n’est pas rare qu’un cours pâtisse d’une connexion qui « pédale un peu dans la semoule », dit l’enseignant.

L’accès aux supports numériques n’est pas non plus totalement opérationnel et les enseignants contournent le problème en allant chercher des documents libres sur la Toile.

Préparer un cours peut être « vraiment chronophage », constate Sophie Froidevaux, professeure d’économie-gestion.

« L’enjeu, c’est que certains éditeurs de manuels se mettent à jouer le jeu », souligne le proviseur qui espère que les versions numériques apporteront un « bonus interactif ».

Et si l’accès à Facebook et autres réseaux sociaux est interdit, le numérique « génère des bavardages qu’il n’y avait pas avant de type : Comment tu as fait pour te connecter ? », dit un enseignant.

 

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Posté le par Rédaction Weka

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