Nouveau report du plan sur les violences à l’école

Éducation

Annoncé depuis trois mois, le plan du gouvernement contre les violences scolaires n’est toujours pas finalisé et vient à nouveau d’être reporté, faute d’arbitrage sur certains sujets controversés comme la suspension des allocations familiales pour certains parents.

Ce plan avait été promis en octobre 2018 après la vidéo montrant un élève en train de menacer sa professeur avec une arme factice dans un lycée de Créteil, des images qui ont suscité un vif émoi et une avalanche de témoignages d’enseignants sur les réseaux sociaux sous la bannière #pasdevague. Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a certes détaillé fin octobre 2018 les mesures purement scolaires : un registre dans chaque établissement pour répertorier les incidents, des conseils de disciplines simplifiés, une palette diversifiée des sanctions… Mais le plan global qui implique plusieurs ministères (Éducation, Justice, Intérieur) peine à voir le jour.

Il doit répondre à trois enjeux : « la sécurisation autour des établissements, la création de structures dédiées pour les élèves les plus violents et la responsabilisation des familles », déclarait récemment M. Blanquer. Or « certains sujets sont plus délicats que d’autres à arbitrer », souligne-t-on dans l’entourage du ministre. Initialement annoncé en octobre 2018 puis pour la mi-décembre 2018, le plan devait finalement être présenté ce mercredi 30 janvier 2019. Mais vendredi dernier, l’annonce d’un nouveau report à une date non définie a commencé à circuler. « Ce pourrait être pour le 20 février 2019 », a-t-on indiqué lundi à l’AFP.

Un groupe de travail – qui réunit la rectrice de Montpellier Béatrice Gille, la vice-présidente de l’Association des Maires de France et maire Les Républicains de Morlaix Agnès Le Brun, le député LRM de Seine-Saint-Denis Stéphane Testé et l’inspecteur général Hubert Schmidt – a été chargé par le gouvernement de réfléchir au futur plan. Son rapport ne serait pas encore finalisé.

« Parents complices »

« J’ai personnellement proposé de suspendre les allocations familiales pour les familles que le ministre appelle les parents complices des élèves violents », déclare à l’AFP Agnès Le Brun. « Il ne s’agit pas de supprimer mais bien de suspendre les allocations, dans le seul but de redonner du sens à cet argent qui doit servir l’éducation des enfants et ne pas être un complément de revenu pour des biens de consommation ». « Cette proposition n’a pas fait l’unanimité au sein du groupe chargé de rédiger le rapport », précise-t-elle. Éventée dans la presse début janvier 2019, cette possibilité n’a pas été exclue par Jean-Michel Blanquer. « Il faut savoir faire la différence entre une famille dépassée par les événements (…) et des cas où des parents ont été complices d’une évolution violente des enfants », a-t-il déclaré le 10 janvier 2019. « Ça existe, il faut le savoir et il est normal d’en tirer des conséquences ».

Le député LR des Alpe-Maritimes Eric Ciotti s’est « félicité » que le ministre de l’Éducation nationale « veuille rétablir les sanctions contre les parents d’élèves absentéistes et violents à l’école ». L’élu était à l’origine en 2010 d’une loi très contestée permettant de supprimer les allocations familiales aux parents d’élèves absentéistes, un texte abrogé en septembre 2013 par le Parlement, sur proposition du PS. Plusieurs députés LREM ont d’ores et déjà affiché leur hostilité à une telle mesure. « Vieille lubie prétendument destinée à responsabiliser les familles, cette mesure n’a jamais apporté la preuve de son efficacité », a par exemple tweeté le vice-président de l’Assemblée nationale, Hugues Renson.

Évoquée, la présence de policiers dans les établissements scolaires a elle aussi fait des remous, y compris au sein du gouvernement. En octobre 2018, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait suggéré une telle solution « à des moments de tension particulière » et « avec l’accord » du chef d’établissement tandis que son homologue de la Justice Nicole Belloubet s’y était opposée, jugeant « indispensable de concevoir l’école uniquement comme lieu de savoir ». D’autres mesures attendues, comme de nouveaux dispositifs pour l’accueil des « multi-exclus », ces élèves renvoyés de plusieurs établissements, pourraient aussi être au cœur des débats.

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