La défiance des Français envers les institutions politiques au plus haut

Élus

« Méfiance », voire « dégoût » : la défiance des Français vis-à-vis des institutions et acteurs politiques, au premier chef Emmanuel Macron, est au plus haut en pleine crise des « gilets jaunes », seuls les maires parvenant encore à trouver grâce aux yeux des électeurs.

Le 10e baromètre annuel de la confiance politique du Cevipof (SciencesPo), publié vendredi 11 janvier par le Figaro, dresse un bilan inquiétant de la santé démocratique du pays, avec des « niveaux de défiance alarmants » selon son directeur Martial Foucault.

Mais l’étude témoigne aussi de très fortes attentes de régénération qui expliquent en partie le soutien accordé par l’opinion publique à un mouvement des « gilets jaunes » révélateur d’une crise de la représentation politique.

La cote de confiance du président Emmanuel Macron est à son plus bas historique (23 %), soit 13 points de moins que l’an passé, ainsi que celle du Premier ministre Édouard Philippe (25 %) qui perd 11 points. Et les députés (31 %, – 4 points) ne sont pas beaucoup mieux lotis.

De toutes les institutions politiques, seuls les maires parviennent à susciter majoritairement la confiance (58 %, + 3 points), traduisant une forte demande de proximité des électeurs.

La confiance dans les syndicats (27 %), les médias (23 %) ou les partis politiques (9 %) stagne également à des niveaux très bas, alors qu’en revanche les hôpitaux (78 %), les PME (78 %), l’armée (74 %), la police (74 %) ou l’école (69 %) restent très majoritairement appréciés.

Seuls 27 % des sondés estiment que la démocratie fonctionne bien en France (- 9 points) et à peine 14 % (- 2 points) jugent que les responsables politiques se préoccupent de ce que les « gens comme vous » pensent.

Référendums

Lassitude (32 %, + 7), morosité (31 %, + 8) et méfiance (29 %, + 4) sont les trois mots qui expriment le mieux l’état d’esprit des Français, qui débouche sur une sévérité extrême à l’égard de la politique qui leur inspire très majoritairement des sentiments négatifs : méfiance (37 %, – 2), dégoût (32 %, + 7), ennui (8 %) ou peur (4 %).

Dans ce contexte, la crise des « gilets jaunes » est à la fois un révélateur des limites de la démocratie représentative mais aussi porteuse d’aspiration à la régénérer par davantage de démocratie participative ou directe.

Selon l’étude du Cevipof, les Français voient ainsi majoritairement dans le mouvement des « gilets jaunes » un « renouvellement de la démocratie » (62 %) plutôt qu’une « menace » pour celle-ci (34 %).

Interrogés spécifiquement par Opinionway sur leur appréciation de cette mobilisation, les sondés estiment aussi très majoritairement (72 %) que c’est un mouvement qui « porte les revendications de nombreux Français », contre une minorité (25 %) qui pensent qu’il ne « concerne que les Français en difficulté ».

Aux dates de l’enquête (du 13 au 24 décembre), les sondés étaient 60 % à soutenir le mouvement (31 % tout à fait, 29 % plutôt), contre 30 % s’y opposant (14 % pas du tout, 16 % plutôt pas).

Le baromètre 2019 révèle aussi des évolutions de l’opinion en phase avec ce soutien. Le vote aux élections est ainsi de moins en moins perçu comme un bon moyen pour « exercer le plus d’influence sur les décisions prises en France » (55 %, – 6 points). En revanche, comme l’a démontré le mouvement des « gilets jaunes », manifester dans la rue est de plus en plus jugé comme une pratique efficace (42 %, + 16 points).

Le référendum fait également l’objet d’une appréciation croissante puisque 70 % des sondés (+ 8 points) estiment qu’il « devrait y avoir des référendums sur la plupart des questions importantes », en phase là aussi avec la demande d’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) portée par les « gilets jaunes » et leur appel à la démocratie directe.

Les sondés sont aussi beaucoup plus nombreux désormais (69 %, + 14 points) à penser que « pour établir la justice sociale, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres ».

Enquête réalisée en ligne par Opinionway du 13 au 24 décembre 2018 auprès de 2 116 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d’erreur de 1 à 2,2 points.

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