Le « bien public » est la première raison de se présenter ou de se représenter aux élections municipales, a expliqué Stéphane Zumsteeg, directeur du département Politique et opinion de l’institut IPSOS BVA, devant la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation du Sénat, le 5 février 2026. Réalisée à la demande du Sénat, la consultation (à laquelle ont répondu plus de 1 000 maires, adjoints et conseillers municipaux, qu’ils aient exercé un ou plusieurs mandats) projette les élus sur les 100 premiers jours du mandat municipal. Elle montre, en effet, que les candidats souhaitent améliorer le cadre de vie et le quotidien des habitants, réaliser des projets structurants et veiller à la bonne gestion administrative et financière de leur commune (pour les communes de moins de 1 000 habitants essentiellement).
Près d’un maire sur deux (44 %) déclare avoir hésité ou renoncé à se représenter, tandis que 49 % se sont facilement décidés. Une proportion qui est reste à peu près la même au fil des élections, mais les motifs ont varié au fil des années. Si l’âge, la lassitude, la fatigue, puis l’insécurité juridique et l’absence de statut pouvaient freiner les candidats, c’est aujourd’hui plutôt l’incivilité générale et le sentiment d’ingratitude qui les font hésiter. En effet, en dépit des efforts et du bilan, les élus se trouvent confrontés aux critiques des administrés.
Dans le détail, trois principales raisons motivent l’hésitation ou le renoncement à se représenter : difficultés à concilier le mandat et la vie privée, difficultés liées à l’exercice du mandat (fatigue, tensions, violence verbales ou physiques) et manque de moyens financiers. « Dès le premier mandat, c’est aussi dur qu’au bout de 20 ou 30 ans, je ne m’y attendais pas », a remarqué Stéphane Zumsteeg devant les sénateurs. Constituer une liste pour la future équipe municipale s’est avéré difficile, plus compliqué dans les petites communes (61 %), mais également dans les villes de plus de 20 000 habitants (45 %). En cause : la nécessité de composer une liste paritaire, citée par les deux tiers des candidats, à égalité avec la difficulté de convaincre ses futurs colistiers de s’engager en tant qu’élu local. Sont également cités le fait de pouvoir identifier des candidats compétents (53 %) ou de confiance (46 %). En ce qui concerne la parité et la constitution de liste, le directeur du département Politique et opinion d’IPSOS BVA s’attendait à davantage de difficultés dans les plus petites communes ; or cela apparaît plus compliqué dans les communes de 500 à 1 000 habitants (72 %) que dans celles de moins de 500 habitants. Quant aux difficultés à s’engager comme élu local, elles se retrouvent principalement dans les communes de 1 000 à 5 000 habitants (80 %).
Interrogés sur les trois mesures prioritaires du mandat, les élus citent la répartition du pouvoir au sein de la mairie (établissement des délégations de signature aux adjoints, 60 % et délégations de compétences au conseil municipal, 50 %), l’élaboration d’un projet de mandat (53 %), surtout dans les petites communes, et l’organisation de la formation des nouveaux élus (50 %). La formation est essentielle, aussi bien pour le maire que pour son équipe. C’est dans les grandes villes que le besoin de formation est exprimé avec le plus d’acuité, « et on en parle autant à la fin du troisième mandat qu’à la fin du premier mandat », précise Stéphane Zumsteeg.
Ne pas aller trop vite, ne pas lancer trop de projets
Quant aux premières mesures liées à l’aspect financier de la municipalité, les élus mentionnent la recherche de subventions (68 %), la maîtrise de la masse salariale (43 %)et la réduction des dépenses publiques (37 %). La principale priorité, pour tous les types d’élus et toutes les tailles de communes, c’est trouver de l’argent et maîtriser les coûts internes. Cependant, tenter de maîtriser la masse salariale est surtout le fait des grandes villes – on ne peut pas réduire le nombre d’agents dans les petites communes où il est déjà très faible…
Les élus attendent de l’État des relations fluides, davantage d’accompagnement : qualité des relations avec le préfet et le sous-préfet (44 %), instruction des demandes de subvention (40 %) et déblocage de situations difficiles (36 %). « L’État est considéré, en creux, comme pas assez présent quand on démarre un mandat », commente Stéphane Zumsteeg, qui ajoute que les principaux écueils des 100 premiers jours seraient d’aller trop vite, de lancer trop de projets et de ne pas les sécuriser financièrement et juridiquement, et enfin de trop s’investir au détriment de la vie personnelle. Il est essentiel de réussir les 100 premiers jours sans se disperser, sans lancer des projets de tous les côtés. Attention, également, aux risques de ne pas se concerter suffisamment avec sa majorité et ses habitants.
Marie Gasnier
