Les enfants et les écrans

Enfance et famille

Via un avis mesuré, l’Académie des sciences veut « aider à accompagner la nouvelle génération dans une utilisation positive des écrans ».

Face à la nouvelle culture des écrans dans laquelle la jeunesse baigne de la petite enfance à la fin de l’adolescence, l’Académie des sciences a remis, le 17 janvier, un avis, assorti de recommandations, sur les effets de l’utilisation des nouvelles technologies par les enfants. L’originalité de cet avis, qui fait l’objet d’une publication aux éditions Le Pommier, est « d’intégrer les données scientifiques les plus récentes de la neurobiologie, de la psychologie et des sciences cognitives, de la psychiatrie et de la médecine avec la réalité rapidement évolutive des technologies et de leur utilisation ».

L’Académie des sciences insiste sur la nécessité de prendre conscience de la révolution en cours et du choc entre la traditionnelle culture du livre et la nouvelle culture du numérique. Dans cette perspective, son avis dresse un état des lieux des enjeux, des bénéfices et des risques de ce bouleversement, et souligne la nécessité d’une pédagogie différenciée selon les âges, du bébé à l’adolescent. Si l’usage d’internet et des outils numériques variés a des effets positifs considérables, « une utilisation trop précoce ou un sur-utilisation des écrans a des conséquences délétères durables sur la santé, l’équilibre et les activités futures – intellectuelle, culturelle et professionnelle -, prévient l’Académie des sciences. Un continuum existe entre les troubles de la concentration, du manque de sommeil et de l’élimination des autres formes de culture, et la « pathologie des écrans », qui provoque d’éventuels comportements dangereux ».

Les 26 recommandations contenues dans l’avis « esquissent les bonnes pratiques d’une éducation progressive, adaptée à chaque âge (avant 2 ans, entre 2 et 6 ans, entre 6 et 12 ans), pour préparer les adolescents (après 12 ans) à autoréguler leur rapport au monde numérique ». Les six dernières recommandations intéressent les risques pathologiques d’un mauvais usage des écrans et la question de la violence.

De la tablette tactile à la télévision, en passant par le smartphone, l’avis passe en revue toute la palette des écrans. Il prône « une démarche de prévention et d’éducation pour protéger les enfants dans leur pratique d’utilisation et en appelle à la coresponsabilité (famille, enseignants, éditeurs-créateurs, pouvoirs publics) dans la conception et l’accessibilité de l’offre numérique – support et contenu – proposée aux enfants ». Par ce premier avis scientifique pluridisciplinaire, l’Académie des sciences souhaite « contribuer au débat qui traverse notre société, sous ses multiples facettes (éducation, santé, recherche, culture, économie), et aider à accompagner la nouvelle génération dans une utilisation positive des écrans ».

Voici les principales recommandations.

L’enfant avant 2 ans

– Toutes les études montrent que les écrans non interactifs (télévision et DVD) devant lesquels le bébé est passif n’ont aucun effet positif, mais qu’ils peuvent, au contraire, avoir des effets négatifs : prise de poids, retard de langage, déficit de concentration et d’attention, risque d’adopter une attitude passive face au monde.

– Les tablettes visuelles et tactiles peuvent être utiles au développement sensori-moteur du jeune enfant, même si elles présentent aussi le risque de l’écarter d’autres activités physiques et socio-émotionnelles multiples, indispensables à cet âge.

L’enfant entre 2 et 6 ans

– De 2 à 3 ans, l’exposition passive et prolongée des enfants à la télévision, sans présence humaine interactive et éducative, est déconseillée.

– À partir de 3 ans, le développement des diverses formes de jeux symboliques invitant l’enfant à « faire semblant » l’éduque à distinguer le réel du virtuel.

– À partir de 4 ans, les ordinateurs et consoles de salon peuvent être un support occasionnel de jeu en famille, voire d’apprentissages accompagnés.

L’enfant entre 6 et 12 ans

– L’école élémentaire est le meilleur lieu pour engager l’éducation systématique aux écrans.

– L’utilisation pédagogique des écrans et des outils numériques à l’école ou à la maison peut marquer un progrès éducatif important.

– Une éducation précoce de l’enfant à s’autoréguler face aux écrans est essentielle.

– En famille, les logiciels de contrôle parental sont une protection nécessaire mais insuffisante : le climat de confiance entre enfants et parents est essentiel.

Après 12 ans : l’adolescent

– Les outils numériques possèdent une puissance inédite pour mettre le cerveau en mode hypothético-déductif. Le cerveau de l’adolescent peut ainsi plus rapidement explorer toutes les possibilités offertes (notamment sur internet) et exercer ses capacités déductives.

– En revanche, un usage trop exclusif d’internet peut créer une pensée « zapping » trop rapide, superficielle et excessivement fluide, appauvrissant la mémoire, la capacité de synthèse personnelle et d’intériorité.

– L’éducation et le contrôle des parents concernant les écrans restent essentiels, la maturation cérébrale n’étant pas achevée à l’adolescence.

– S’agissant des jeux vidéo, une distinction entre les pratiques excessives, qui appauvrissent la vie des adolescents, et celles qui l’enrichissent est indispensable.

– S’agissant des réseaux sociaux, beaucoup d’adolescents les utilisent positivement comme un espace d’expérimentation et d’innovation qui leur permet de se familiariser avec les espaces numériques, de se définir eux-mêmes et d’explorer le monde des humains.

– Mais les réseaux sociaux peuvent aussi être utilisés de façon problématique.

– La prévention doit associer l’encouragement des pratiques créatrices et les mises en garde.

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