À quelques semaines des élections municipales, Oxfam France a publié, début février 2026, un rapport intitulé « Pour des villes solidaires », qui recense 55 politiques locales exemplaires de lutte contre la pauvreté et les inégalités issues de plus de 30 départements et 15 régions. Conçu comme « un outil pour le débat démocratique », ce répertoire est mis à disposition des candidats et candidates au scrutin municipal, « afin qu’ils et elles puissent s’appuyer sur ces expériences pour construire leurs programmes électoraux », explique l’association.
Lutte contre les inégalités : les maires en première ligne
Quand la pauvreté touche aujourd’hui plus de 15 % de la population française, rappelle Oxfam France, les maires sont « en première ligne » et demeurent les élus en qui les Français « ont le plus confiance pour agir. » Alors que les budgets communaux consacrés à l’action sociale ont reculé de 3,6 % entre 2020 et 2023 – soit 160 euros de moins par personne pauvre chaque année » –, son rapport montre que certaines communes font le choix politique inverse et renforcent leurs actions de solidarité. « Partout en France, des villes inventent des réponses concrètes pour protéger les plus vulnérables », se félicite Oxfam. Les actions exemplaires recensées sont classées par thème : logement, alimentation, pouvoir d’achat, accès aux soins et aux services publics, recours aux droits, participation citoyenne, accueil des personnes migrantes.
Pouvoir d’achat
« Face à la hausse du coût de la vie, les politiques municipales peuvent soutenir le pouvoir d’achat des habitant(e)s, y compris en réduisant leurs dépenses contraintes, en particulier dans les territoires les plus pauvres », assure l’association. Exemples :
- Grande-Synthe (Nord) expérimente depuis 2019 un Minimum social garanti, assurant à chaque bénéficiaire un revenu de 885 euros par mois, afin de prévenir les situations d’urgence et renforcer l’autonomie.
- Le Bourget et Drancy (Seine-Saint-Denis) ont instauré la gratuité des cantines scolaires, allégeant durablement le budget des familles.
- En Guyane, le programme Guyane Révélée propose un accompagnement global vers l’emploi (garde d’enfants, transport, logement).
Logement
Alors que 2,7 millions de personnes sont en attente d’un logement social en France et que 350 000 personnes sont sans abri, « certaines municipalités refusent l’inaction », salue Oxfam France. Exemples :
- Lyon et Villeurbanne (Rhône) ont lancé un « plan humanitaire » mobilisant des logements vacants pour créer des places d’hébergement d’urgence.
- Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) a mis en place un service de recouvrement des dettes locatives associant les travailleurs sociaux, afin de prévenir les expulsions.
- Antony (Hauts-de-Seine) a acquis des pavillons pour proposer des logements solidaires à loyers symboliques, sans recourir à de grands projets immobiliers.
Déserts médicaux et non-recours aux droits
Le rapport cite des communes qui développent des dispositifs d’« aller vers » et assurent la continuité des soins. Exemples :
- Ajain (Creuse) et Ménigoute (Deux-Sèvres) ont ouvert des centres de santé solidaires en zone rurale où des médecins venus d’autres territoires se relaient pour assurer une continuité des soins.
- Grenoble (Isère) déploie une Caravane des droits pour accompagner les habitants dans leurs démarches.
- Acoua (Mayotte) a créé une Maison des familles offrant un accueil de proximité et un accompagnement personnalisé.
Accueil des personnes migrantes et démocratie locale
Certaines communes font de la solidarité inconditionnelle un principe politique, constate Oxfam France. Exemples :
- Metz (Moselle) a fait de l’accueil des personnes réfugiées fuyant les conflits (Ukraine, Syrie, Gaza) un pilier de son action municipale.
- Louvigny (Calvados) accueille des familles réfugiées depuis 2016 et organise des débats citoyens apaisés sur les politiques migratoires.
Des contre-exemples dans les communes dirigées par l’extrême droite
Oxfam France rapporte également des contre-exemples. « Lorsque l’extrême droite est au pouvoir, les politiques de solidarité sont systématiquement attaquées », dénonce l’association. « L’extrême droite aggrave les inégalités », affirme-t-elle, exemples à l’appui.
- À Villers-Cotterêts (Aisne) et au Pontet (Vaucluse), la gratuité des cantines a été supprimée ou les tarifs augmentés, tandis que les maires rehaussent leurs propres rémunérations.
- À Fréjus (Var), des centres sociaux ont été fermés.
- À Hayange (Moselle), le maire a voulu exclure le Secours populaire, avant que la justice ne lui donne tort.
- À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), une charte « commune sans migrant » a été proposée.
Oxfam France publie les réponses apportées par les mairies d’Hénin-Beaumont, de Villers-Cotterêts.
