Dans les Ehpad, un nouveau protocole de déconfinement, mais toujours des questions

Personnes âgées

Liberté de recevoir des visites en chambre et de sortir de l’établissement, fin des « parloirs » en plexiglas : un protocole sanitaire plus souple entre en vigueur mercredi 19 mai 2021 dans les maisons de retraite, mais il n’est pas contraignant et risque de ne pas régler tous les problèmes subsistant dans certains établissements, craignent des familles en colère.

Désormais, « la vie normale est la règle, et les restrictions sont l’exception », résume à l’AFP la ministre déléguée chargée de l’autonomie, Brigitte Bourguignon.  

Cet assouplissement a été rendu possible par les progrès de la vaccination anti-Covid – 99 % des résidents et 82 % des professionnels ont reçu au moins une dose – et par l’amélioration de la situation épidémique. Dans les Ehpad, « les résidents bénéficient du droit de voir leurs proches et du respect de leur liberté d’aller et venir », proclame le texte diffusé la semaine dernière aux directeurs d’établissement par le ministère des Solidarités et de la Santé, et dont les recommandations sont applicables à partir de ce mercredi. 

Or, ces dernières semaines, selon le ministère lui-même, une minorité de maisons de retraite – moins de 10 %, selon Mme Bourguignon – appliquait encore des restrictions « abusives », notamment en interdisant toujours les visites en chambres.

Des restrictions vivement critiquées par certaines familles, qui se sont constituées en collectif pour interpeller les pouvoirs publics.

« Depuis dix jours, j’ai enfin le droit de voir mon père dans sa chambre, mais c’est seulement parce qu’il est en fin de vie », enrage Annette Debéda, membre du « Cercle des proches aidants en Ehpad », un collectif qui regroupe plus de 600 familles sur Facebook.

Dans l’établissement public de la Drôme où vit Claude, 81 ans, « on nous impose toujours le plexiglas » dans la salle où s’organisent les visites des proches, se désole Mme Debéda. « Pourtant, on nous avait promis le retour à la vie normale grâce aux vaccins », s’indigne cette femme dont le père « a été anéanti » par l’isolement en chambre pendant le confinement, jusqu’à se laisser « glisser vers la mort ».

« Frilosité »

Le nouveau protocole sera-t-il suivi d’effets concrets dans les Ehpad encore très « cadenassés » ?

« Nous en doutons beaucoup. Nous sommes en contact avec des centaines de familles, et aucune n’a été informée de changements à venir dans l’établissement où vit leur proche », pointe Florence Paraclet, une autre membre du collectif, dont la mère est décédée en mars à 85 ans, à cause du « syndrome de glissement ». Trop longtemps isolée, « la personne âgée perd le goût de vivre, elle perd l’espoir », commente-t-elle.
 
« Ce qu’on craint, c’est que rien ne change », analyse également Valérie Faivre-Guitienne, qui ne peut voir sa mère Claudine, 82 ans, que deux fois par semaine, sur rendez-vous, avec blouse et charlotte. En janvier, la vieille dame a changé d’établissement, près de Toulon : « ça se passe beaucoup mieux qu’avant, mais ce n’est pas encore parfait », raconte sa fille, qui rêve de « pouvoir lui rendre visite spontanément ».

Pour les familles en colère, le problème est que le protocole ne s’impose pas aux directeurs d’établissement, qui restent libres de prendre les mesures de précaution qu’ils estiment nécessaires. 

Ces questions devraient être régies par une loi, plaide en conséquence Patrick Collardot, fondateur de l’association « Touche pas mes vieux ». « Si, à chaque épidémie, le ministre doit faire le tour des Ehpad récalcitrants pour que la liberté de circulation des résidents soit reconnue, ce n’est pas normal », s’agace-t-il.

Le texte introduit une forme d’« incertitude », qui peut expliquer la « frilosité » de certains directeurs, analyse de son côté Romain Gizolme, de l’association AD-PA qui regroupe des directeurs d’Ehpad. Le protocole, selon lui, est encore « excessivement sécuritaire », notamment en ce qu’il recommande de n’organiser les visites des proches que sur rendez-vous, même en chambres.

« On va surveiller de près l’application de ce protocole », promet Brigitte Bourguignon. « En cas de situation abusive, on prendra contact avec la direction de l’établissement », ajoute la ministre, qui en appelle toutefois à « ne pas vilipender les équipes si elles n’acceptent pas toutes les demandes des familles ». Qualifier certains établissements de « prisons » relève d’un « Ehpad-bashing indigne du débat actuel », selon elle.

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