Accompagnement à la sortie de maternité: montée en charge du dispositif PRADO

Santé

L’assurance maladie entend généraliser d’ici à la fin de l’année le Programme d’accompagnement du retour à domicile (PRADO), expérimenté depuis 2010, pour favoriser le suivi des accouchées et de leurs enfants par une sage-femme libérale dans le cadre d’un retour plus rapide dans leur foyer.

Le dispositif PRADO semble connaître une réelle montée en charge car l’assurance maladie entend « généraliser à l’ensemble du territoire d’ici à la fin 2012 » ce programme, a indiqué Catherine Bismuth, directrice des assurés à la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). Initialement expérimenté dans trois départements, les Yvelines, la Haute-Savoie et l’Ille-et-Vilaine, il est proposé à la fin janvier 2012 dans les Yvelines, le Maine-et-Loire, les Alpes-Maritimes, le Gard, le Rhône, le Var, l’Isère, le Bas-Rhin, le Vaucluse, les Hauts-de-Seine, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône. « Au total, une vingtaine d’établissements sont concernés », a précisé Catherine Bismuth.

Fort taux de participation et de satisfaction

Le PRADO concerne, sur la base du volontariat, les mères ayant accouché par voie basse d’un enfant unique sans complications. « Une conseillère de la [Caisse primaire d’assurance maladie] CPAM rend visite aux femmes à la maternité, les informe du programme lorsqu’une sortie est envisageable et leur propose une liste de sages-femmes libérales exerçant à proximité », explique Catherine Bismuth, qui appuie sur le fait que cette sortie ne peut être effective qu’après décision du service hospitalier. Un rendez-vous est ensuite organisé au domicile avec la professionnelle de santé choisie.

Près de 5.000 femmes ont accepté d’être suivies dans ce cadre, ce qui représente « à la fin janvier un taux de participation de 86% des femmes sollicitées », indique la directrice des assurés, soulignant que ce taux n’était que de 60% au début de l’expérimentation. « Cela montre que le PRADO correspond manifestement à un besoin des mères », estime Catherine Bismuth, qui rappelle que la durée de séjour en maternité a diminué ces dix dernières années dans tous les pays de l’OCDE.

Extension du PRADO dans un avenant de la convention des sages-femmes

Alors que le début de l’expérimentation avait suscité des oppositions chez les principaux syndicats de sages-femmes, certains appelant même au boycott du dispositif, les organisations professionnelles semblent aujourd’hui ralliées au principe du PRADO et attentives aux modalités de sa généralisation. Ainsi, le programme fait l’objet d’un axe de l’avenant à la convention collective des sages-femmes signé le 9 janvier dernier par l’Union nationale et syndicale des sages-femmes (UNSSF) et l’Organisation nationale des syndicats de sages-femmes (ONSSF), mais non encore publié au Journal officiel. À cette occasion, l’UNSSF avait souligné dans un communiqué que cette généralisation du PRADO était « une étape permettant une meilleure connaissance de [la] profession par les assurés ». Militant pour « une prise en charge plus cohérente entre l’ante et le post natal », le syndicat indique avoir « obtenu l’expérimentation d’une mise en relation avec la sage‐femme en anténatal dans plusieurs départements ». Ce volet anténatal est aussi évoqué par l’ONSSF dans une lettre à ses adhérents. « Il débutera (…) de façon expérimentale dans trois départements et concernera les primipares avec la perspective de généralisation à tout le territoire en 2013 », indique l’organisation.

Marie-José Keller, présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes (CNOSF), a également témoigné de « remontées positives du terrain » après des « débuts parfois hésitants (…) dans certains départements », emportant « les réserves des professionnels qui avaient surtout pointé au début le manque de concertation ». Elle a néanmoins indiqué que la profession serait attentive à la mise en œuvre du volet de l’avenant à la convention collective du 9 janvier relatif à la régulation des installations des sages-femmes sur le territoire. « Des limitations démographiques trop drastiques pourraient empêcher le dispositif PRADO dans certaines zones », a-t-elle souligné.

Fortes réserves du CNGOF

Enfin, s’il prend acte de l’extension du PRADO et des taux de satisfaction importants des femmes suivies, le président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le professeur Francis Puech, nourrit néanmoins de nombreuses critiques envers le programme. Il a rappelé que le collège « ne voyait pas d’obstacle médical, sauf cas particuliers, à une sortie de maternité (…) à J+3, si cette sortie était souhaitée par le couple, si les conditions étaient favorables et non uniquement pour des raisons économiques », comme l’avait indiqué un communiqué diffusé fin janvier, soulignant la « nécessité d’un accompagnement qui dépasse le septième jour ». Cependant, le CNGOF avait « douté de l’efficacité du dispositif PRADO en termes de santé publique », en raison notamment d’une « non-prise en compte de l’organisation mise en place dès la sortie de maternité ». « Cette politique a d’ores et déjà pour conséquence, sur certains des sites « expérimentés », une déstructuration de l’organisation actuelle, notamment en imposant des réseaux de sages-femmes libérales qui ne sont pas bien coordonnés avec les maternités », a ainsi estimé le CNGOF.

Caroline Cordier
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