La métamorphose des études de santé sera visible dès la rentrée prochaine

Santé

HOSPIMEDIA  – Dans sept universités pilotes, de nouveaux modes de sélection des étudiants en médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique sont expérimentés. Le but est de diversifier les profils des futurs professionnels et d’éviter aux jeunes de rester « sur le carreau » en cas d’échec à la première année commune aux études de santé (Paces).

L’enquête

Les études de santé vont connaître ces prochaines années de profonds changements dans sept universités pilotes. La première année commune aux études de santé (Paces), souvent décriée, va en effet vivre une réelle métamorphose… quand elle ne va pas purement et simplement disparaître. Objectifs poursuivis : diversifier les profils des étudiants en médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique; éviter de laisser « sur le carreau » de nombreux jeunes qui ont échoué à passer le cap de la Paces.

Cette petite révolution est notamment en marche à Paris Descartes (Paris 5), Paris Diderot (Paris 7), Paris-Nord (Paris 13) et Saint-Étienne. À la rentrée 2014-2015, les étudiants qui ont validé une deuxième ou une troisième année de licence pourront postuler directement en deuxième année de médecine, odontologie, pharmacie ou maiëutique. De quelle licence parle-t-on exactement ? « À terme, c’est bien l’ensemble de l’offre de licence qui permettra (après validation de modules dédiés déterminés en fonction de la licence initiale), d’accéder sur dossier et entretien » à une deuxième année d’études de santé, en fonction du nombre de places ouvertes, indique le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sollicité par Hospimedia. Il ajoute : « Le but est bien de créer de la diversité dans les cursus de formations initiales. »

Candidatures examinées par un jury

Ces expérimentations sont en fait inscrites dans l’article 39 de la loi du 22 juillet 2013 puis traduites dans le décret et l’arrêté du 20 février dernier. À Strasbourg (Bas-Rhin), pourront profiter de telles passerelles les étudiants ayant validé une deuxième année de licence en sciences du vivant. « L’admission à poursuivre des études pharmaceutiques est ouverte soit après ce même parcours, soit après la validation d’une deuxième année de licence de « chimie » », précisent les textes. Le dispositif vaudra à compter de 2015. Les textes stipulent également que les candidatures, à Strasbourg, Paris ou encore Saint-Étienne seront examinées par un jury d’au moins huit membres nommés par le président d’université. Le jury peut ne pas pourvoir à toutes les places offertes. Dans ce cas, il reporte ces places « au bénéfice de la voie ouverte à l’issue de la première année commune aux études de santé ».

En sens inverse, les étudiants de la Paces en situation d’échec peuvent être réorientés à l’issue d’épreuves organisées au plus tôt huit semaines après le début des études. « Les formations susceptibles d’accueillir ces étudiants sont variées et correspondent à un accord défini préalablement entre l’UFR [unité de formation et de recherche, NDLR] de santé et les autres UFR partenaires, renseigne le ministère. Cela peut être en biologie mais certains étudiants changent d’orientation vers des formations d’ingénieur, en économie gestion, etc. » Ces réorientations ne peuvent être supérieures à 15 % du nombre des inscrits.

Licence « sciences pour la santé » à Rouen

Les expérimentations vont encore plus loin à Rouen et Angers. À Rouen, dès la rentrée prochaine, les étudiants pourront s’inscrire dans une nouvelle licence en sciences pour la santé. À l’issue de la L2 ou de la L3, ils pourront alors intégrer la deuxième année des études de santé. Ou alors se diriger vers un master du domaine « sciences, technologies, santé » (management, éducation thérapeutique, etc.). Le programme de la L1 et de la L2 correspondront au programme de la Paces, auquel il faut ajouter des sciences humaines et sociales ainsi que des langues. Le but est bien de « diversifier le recrutement des étudiants des études médicales », déclare Sabine Ménager, vice-présidente en charge des enseignements et de la vie étudiante. « Quand la Paces a été mise en place, c’était pour éviter les échecs et améliorer les passerelles mais on ne peut pas dire que cela ait fonctionné », ajoute-t-elle. Avant de confier : « Aujourd’hui, je ne suis pas sûre que l’on recrute forcément les étudiants les plus motivés qui feront des bons professionnels. » L’université table sur un effectif de 300 étudiants en L2 en 2015.

Cette licence en sciences pour la santé ne doit cependant pas être confondue avec la licence santé à laquelle réfléchissent les pouvoirs publics. « La licence « sciences pour la santé » débouche sur tout type de professions en lien avec la santé mais pas sur des professions de santé au sens réglementaire du terme », précise bien le ministère. Alors que la licence santé correspondrait, elle, « à une approche pluriprofessionnelle en santé ». Le ministère complète : « Elle est en cours d’étude par une mission confiée à Jean-François Girard [ancien Directeur général de la santé, NDLR] qui en analyse la faisabilité et les contours et identifie des débouchés professionnels pour ce type de formation. »

Suppression de la Paces à Angers

Quant à l’Université d’Angers, elle a tout simplement prévu de supprimer la Paces à la rentrée 2015. Vaste chantier auquel travaillent les équipes depuis déjà plus d’un an. Exit donc la Paces et place au parcours « Plurisanté ». À la fin de la première année de « Plurisanté », une admission est possible dans les filières de santé (médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique). Ceux qui n’entrent pas dans ces filières peuvent voir leur première année de « Plurisanté » validée et ainsi passer en deuxième année. En milieu de deuxième année, une autre possibilité s’offre alors à eux d’être admis dans les filières de santé. S’ils échouent, ils pourront effectuer un semestre 4 de « Plurisanté » plus spécialisé (biologie par exemple) puis continuer leurs études en L3. Ce nouveau cursus a été conçu en association avec les UFR droit, économie, gestion; sciences et lettres (psychologie). « Un certain nombre de places dans les écoles d’ingénieurs partenaires du projet seront également proposées à la fin de cette deuxième année de « Plurisanté » », indique Catherine Passirani, enseignante de chimie générale à la faculté de pharmacie et coordinatrice de « Plurisanté ».

La volonté de l’université : faire en sorte que « d’excellents élèves de lycée qui ont travaillé énormément pendant un ou deux ans ne soient pas obligés de repartir de zéro », explique Catherine Passirani. « C’est vraiment un changement important : même ceux qui entrent dans les filières santé ne redoubleront pas en fin de compte », complète-t-elle. En outre, « Plurisanté », qui s’axera autour des sciences du vivant, des sciences de l’ingénieur, des sciences humaines et sociales, pourra accueillir des bacheliers autres que scientifiques, notamment les Bac ES (économique et social), pour favoriser la variété des profils des étudiants en médecine ou encore en pharmacie. Toutes ces expérimentations s’achèveront au terme de l’année universitaire 2019-2020. À voir si elles seront généralisées…

Sandra Jégu

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