Tension sur la médecine nucléaire

Santé

La fermeture programmée du réacteur nucléaire Osiris inquiète les milieux médicaux au plus haut point.

Le rôle du réacteur nucléaire Osiris

Dénommé Osiris, ce petit réacteur nucléaire, environ trente fois moins puissant que les réacteurs de centrales nucléaires utilisés pour produire de l’électricité, est installé sur le plateau de Saclay, en Essonne. Il est géré par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Ce réacteur de recherche, mis en service en 1966, d’une puissance thermique de 70 mégawatts, est utilisé pour des usages industriels (test de la résistance des matériaux des centrales nucléaires, par exemple), mais aussi médicaux.

Il est l’un des trois réacteurs européens (et des cinq réacteurs au monde encore en activité) à produire du molybdène 99 qui permet d’obtenir du technétium 99 métastable, le radio-élément de base utilisé en médecine, en radiothérapie et en imagerie médicale, notamment en scintigraphie (examens de la tyroïde, du cœur, des coronaires, du poumon, des os, du cerveau…). La durée de vie de ce radio-élément est très courte, ce qui suppose un flux ininterrompu de la production.

Un autre réacteur de recherche dénommé Jules Horowitz (RJH), situé à Cadarache (Bouches-du-Rhône), devait initialement prendre la relève d’Osiris, mais il a pris beaucoup de retard et ne devrait entrer en service qu’en 2020.

L’avis rendu par l’Agence de sûreté nucléaire (ASN)

L’ASN a estimé, dans un avis daté de 2008, que ce réacteur devait être arrêté en 2015. L’étanchéité de l’enceinte et sa résistance aux agressions externes sont les deux points soulignés par l’ASN. Pour que le réacteur puisse fonctionner au-delà de 2015, l’ASN exige qu’Osiris se rapproche des normes de sûreté des réacteurs de dernière génération imposées après Fukushima. Elle demande que soient réalisés des travaux liés à la survenue d’événements extrêmes comme un séisme sur le plateau de Saclay ou le crash d’un avion.

L’ASN mentionne qu’Osiris « fait partie des installations nucléaires les plus anciennes encore en fonctionnement en France », que « l’urbanisation du plateau de Saclay se développe et que cette évolution ne peut que se renforcer avec le développement du projet du Grand Paris ». Le CEA a proposé des travaux mais l’ASN estime les propositions « insuffisantes ».

Le risque de l’arrêt d’Osiris

Le risque réside dans la pénurie de technétium 99 et l’arrêt des scintigraphies. La production d’Osiris assure 10 % des besoins mondiaux. Il n’existe pas d’alternative actuellement à l’utilisation de ce radio-élément. Ce technétium risque de manquer après la fermeture d’Osiris car 95 % de la production est assurée seulement par cinq réacteurs particulièrement anciens, Osiris étant le plus récent des cinq. Certains de ces réacteurs seront prochainement amenés à fermer temporairement ou à titre définitif.

L’Académie de médecine a alerté sur le risque de pénurie de technétium, produit par trois réacteurs en Europe et dont l’un est à l’arrêt. Compte tenu des indisponibilités prévues, « une période de pénurie est certaine de 2016 à 2018 si rien n’est fait pour la prévenir », a prévenu l’Académie. Va-t-on limiter les scintigraphies, voire les arrêter car le radio-élément principal sera manquant ? L’absence d’examens liée à la restriction de la production de cet isotope médical amèra une perte de chances pour de nombreux patients et une crise sanitaire grave.

Cette situation s’est déjà produite : au Canada, en 2007, un arrêt pour maintenance prolongé du réacteur NRU a entraîné une pénurie de technétium à l’échelle internationale pendant plusieurs semaines. Aux Pays-Bas, un arrêt inopiné du réacteur HFR en 2008 a entraîné également une pénurie. Les services médicaux ont été contraints de réduire leurs programmes d’examens ces deux années.
 
Personne ne conteste le risque. La position du CEA reste attentive et inquiète début 2014 : «  En attendant la décision du gouvernement, nous confirmons notre vive préoccupation sur le risque de pénurie des radio-éléments produits par Osiris, sur la période 2016-2018. »

La position finale du gouvernement

Fin juillet, l’ASN a indiqué « [ne pas être] favorable à une poursuite du fonctionnement de l’installation Osiris au-delà de 2015 compte tenu du niveau de sûreté actuel de ce réacteur ». Néanmoins, un fonctionnement « strictement limité » de cette unité produisant des radio-éléments à usage médical pourrait être envisagé en cas de « risque sanitaire avéré et constaté ». Ceci pour la période 2016-2018 et pour la seule activité liée à la production de technétium et uniquement en cas de crise et si la sûreté du réacteur est renforcée.

Or fin août, le CEA recevait une lettre signée de cinq ministres Ségolène Royal, Benoît Hamon, Geneviève Fioraso, Arnaud Montebourg et Michel Sapin dont la conclusion est : « Nous vous confirmons la décision […] de mise à l’arrêt définitif du réacteur Osiris au 31 décembre 2015, date fixée par l’Autorité de sûreté nucléaire […]. »

L’ASN a maintenu sa position sur la sécurité, après avoir alerté les pouvoirs publics dès 2008 et demandé alors à ce que « le réacteur Osiris soit arrêté au plus tard en 2015 » ; le CEA a engagé des travaux de sécurisation qui se sont révélés insuffisants de l’avis de l’ASN pour faire face aux nouvelles normes décidées suite à Fukushima ; le gouvernement a pris des positions politiques de fermeture des centrales nucléaires anciennes et de respect des décisions de l’autorité indépendante qu’il a souhaitée ; les gouvernements successifs ont laissé un réacteur Jules-Horowitz prendre du retard à Cadarache… L’ensemble de ces points amène à une solution qui risque d’avoir des conséquences graves au regard d’un risque que certains jugent minime et que d’autres jugent impossible à assumer.

DT.

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