Coronavirus : les couvre-feux se multiplient face à l’épidémie

Sécurité

Alors que la France entre dans sa deuxième semaine de confinement, les couvre-feux se multiplient dans les communes, qui passent à la vitesse supérieure pour faire respecter l’interdiction de déplacement liée au Coronavirus.

Décidées par les préfectures ou les communes, souvent pour une période allant de 20h à 22 heures le soir jusqu’à 5h-6 heures le lendemain matin, les mesures concernent essentiellement des villes du sud de la France ou du nord-est, l’une des régions les plus touchées par l’épidémie.

Une partie des arrêtés municipaux ont été pris dans des communes de droite. Partout, des dérogations sont prévues pour les personnels de santé.

Dans les Alpes-Maritimes ainsi, la préfecture a pris dimanche 22 mars 2020 un arrêté imposant un couvre-feu de 22 h à 5 h dans toutes les communes du littoral et toutes les autres villes de plus de 10 000 habitants.

À Nice, le maire Christian Estrosi, qui avait déjà fermé la promenade des Anglais, a avancé l’horaire du couvre-feu à 20 h. En cause : des « comportements irresponsables » malgré les mesures de confinement.

« À partir de 20 heures, une fois les commerces et pharmacies fermés, plus personne n’a de raison de sortir. Donc on ne sort plus », a-t-il résumé au JDD.

Et la tendance gagne : dans la Drôme, Valence est passée au couvre-feu ainsi que Romans-sur-Isère et Montélimar. En région parisienne, Colombes, Asnières et Puteaux, communes aux portes de la capitale, l’ont aussi instauré.

Des mesures similaires concernent aussi La Roche-sur-Yon, Mulhouse, Compiègne, Perpignan, Charleville-Mézières…

Et il n’y a pas que les grandes villes : la Voulte-sur-Rhône (Ardèche) ou Obernai (Bas-Rhin) ont aussi décidé un couvre-feu. À Cunlhat (Puy-de-Dôme, 1 250 habitants), « nous avons constaté de nombreuses incivilités notamment d’adolescents de 16-17 ans », a expliqué à l’AFP le maire Frédéric Fargette selon qui « les portes des vestiaires de la salle des sports ont été cassées, des barrières installées sur la route, des poubelles ont pris feu ».

D’autres villes suivront, comme Marmande « dès mercredi 25 mars » selon le maire Daniel Benquet (Agir), ou Poitiers où le maire Alain Claeys a fait une demande en ce sens à la préfète.

« Maires zélés »

« C’est le bon sens même, parce qu’un certain nombre de personnes ne respectent pas les règles du jeu », a expliqué à France bleu le maire de Béziers (soutenu par le RN), Robert Ménard : « ceux qui s’entêtent à ne pas respecter ce qui est l’évidence même, on va le leur imposer ».

La mesure est-elle efficace ? À Perpignan, « le couvre-feu a été respecté à 98 % » la première nuit mais « 46 procès-verbaux » ont été dressés, a affirmé le maire LR Jean-Marc Pujol, qui déplore encore beaucoup de « récalcitrants ».

« Ce sont toujours les mêmes, ceux qui s’exonèrent de toutes les règles de droit depuis longtemps, parfois dans les quartiers, les milieux qui dealent. Malheureusement pour eux il n’y a plus de clients », a-t-il ajouté.

Pour autant, la mesure n’est pas envisagée au niveau national.

Lundi 23 mars la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye s’est montrée prudente, estimant qu’« il fallait laisser un peu de temps aux Français ». « Il faut regarder au cas par cas en fonction des villes, on a des endroits ou manifestement les mesures ne sont pas respectées », a-t-elle ajouté.

La présidente du RN Marine Le Pen avait demandé jeudi 19 mars l’instauration d’une telle mesure en pointant « certains territoires où des délits sont commis ». Cela « ne nuira à personne sauf aux dealers, voleurs, braqueurs et autres racailles qui profitent de la situation ! », avait-elle ajouté.

Le député LR des Alpes-maritimes Eric Ciotti avait lui aussi appelé jeudi 19 mars à « être plus coercitif, sans exclure de passer au stade supérieur : un couvre-feu ».

À la Ligue des droits de l’homme, on se dit « très vigilants » sur ces mesures « pas illégales » dans le contexte mais « prises par des maires zélés, en accord avec leur sensibilité politique ».

Il ne faudrait pas « que ces expériences perdurent » au delà de la période actuelle pour « contrôler l’espace public », a affirmé à l’AFP le président de la LDH, Malik Salemkour.

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