Nous vivons une époque de fractures : fractures sociales, écologiques, culturelles. Pourtant, jamais nous n’avons été aussi connectés, jamais les outils pour agir ensemble n’ont été aussi nombreux. Pourtant, l’individualisme nous enferme dans des bulles de solitude, alors que la planète brûle sous le poids de nos excès et que les inégalités progressent. Comment briser cette spirale ? Comment faire advenir un monde où le respect du vivant, la solidarité et le partage des ressources ne soient plus des utopies, mais des réalités tangibles ?
Les MJC, creusets de la démocratie vivante
Les Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC) ne sont pas de simples lieux de loisirs. Ce sont des espaces où se joue, au quotidien, l’apprentissage de la démocratie. Ici, on ne se contente pas de consommer de la culture : on la crée, on la discute, on la confronte. C’est dans ces murs que se tissent les liens entre générations, entre origines, entre visions du monde. La culture y est un levier d’émancipation, car elle permet à chacun et chacune de trouver sa place, de s’exprimer, et de se reconnaître dans le collectif.
L’ancrage dans le réel, le travail de tisserand du quotidien du lien social font des maisons remparts contre la résignation. Les MJC rappellent une évidence : le changement naît des rencontres, des débats, des projets concrets.
L’imaginaire, moteur caché de la transformation
Le premier obstacle à la transformation du monde est tapi au fond de nous : notre imaginaire. Nos sociétés sont prisonnières de récits dominants : la croissance infinie, la compétition généralisée, l’individu-roi. Ces récits nous aveuglent, nous empêchent d’imaginer d’autres futurs. Pourtant, comme le montrent les initiatives citoyennes, les coopératives, ou les scènes culturelles de proximité, un autre récit est possible.
Les MJC sont des laboratoires de ces récits alternatifs. En y expérimentant des formes de gouvernance partagée, en y inventant des pratiques culturelles participatives, en y confrontant pacifiquement les différences, en favorisant l’accueil inconditionnel elles prouvent que l’imaginaire peut devenir une force de proposition. Mais pour cela, il faut oser sortir des sentiers battus. Il faut accepter que la transformation sociale passe par la transformation de nos désirs, de nos peurs, de nos rêves.
Passer à l’action : des pistes concrètes
Comment faire des MJC – et de tous les lieux de rencontre citoyenne – des fers de lance de cette métamorphose ? Voici quelques pistes, inspirées des pratiques déjà à l’œuvre :
- Garantir un accueil inconditionnel : Chaque habitant et habitante doit trouver sa place dans la commune. Les MJC permettent à tous et toutes, sans exception, de s’intégrer, de s’épanouir et de devenir des citoyens actifs en contribuant au mieux vivre ensemble sur la commune.
- Créer des espaces d’expérimentation avec et pour les jeunes : Les jeunes ont besoin de lieux pour s’exprimer librement et développer leurs rêves. Les MJC offrent cet espace, favorisant leur épanouissement et leur autonomie, encadrés par des professionnels et des bénévoles engagés. Elles soutiennent la diversité des formes d’engagement.
- Développer des scènes culturelles de proximité : Soutenir les MJC, c’est développer des lieux culturels accessibles à tous. Elles sont souvent le cadre des « premières fois » et accompagnent les habitants dans la construction de projets culturels collectifs.
- S’appuyer sur le rôle central du bénévolat : Chaque MJC est une association loi 1901 agrée jeunesse et éducation populaire. Les bénévoles sont le cœur battant du projet associatif. Ce sont les bénévoles qui contribuent à ce travail de tisserand du lien social et assurent la gouvernance des associations MJC appuyés par des professionnels engagés.
- Vivre au quotidien les questions de transitions écologiques et sociale : Utiliser les savoir-faire des MJC pour recueillir la parole des habitants, les accompagner dans les transitions du quotidien, soutenir des espaces collectifs qui intègrent des enjeux de développement durable : circuits courts, mobilités douces, circularité des ressources.
- Investir pour l’avenir : En privilégiant la subvention par le biais de conventions pluriannuelles, c’est faire le choix politique d’investir pour l’avenir, en soutenant un tissu associatif diversifié, ancré localement, en capacité d’innover et de se projeter dans l’avenir. C’est soutenir ainsi des emplois locaux, durables et non délocalisables. C’est faire le pari qu’un autre type d’économie est possible en reconnaissant la pertinence de l’économie sociale et solidaire.
S’impliquer dans un processus de co-construction d’une action territoriale en matière de jeunesse, culture, vie associative, d’animation de la vie sociale qui bénéficie de l’expertise d’usage des habitants, d’une volonté politique locale et de l’ingénierie d’un réseau de 1 000 MJC.
L’espoir est une pratique
« Avec les MJC, transformer les imaginaires transforme la société. » Cette phrase n’est pas une incantation. C’est une invitation à l’action. Les défis sont immenses : crise climatique, montée des idées de haines et de replis sur soi, précarisation des existences. Mais les MJC, comme d’autres lieux de résistance joyeuse, nous rappellent que l’espoir n’est pas une attente passive. C’est une pratique, un muscle à exercer chaque jour.
Alors, saisissons-nous de ces lieux, habitons-les, faisons-les vivre et expérimentons ensemble.
Jean-Yves Macé, président de MJC de France
