Comme l’a rappelée la ministre de la Santé, il a été décidé, avec le Covid, de réaccorder une place centrale à l’investissement hospitalier via le Ségur de la santé. « Cette démarche a permis de soutenir des projets d’investissement couvrant l’ensemble des champs d’activité des hôpitaux : médecine, chirurgie et obstétrique, santé mentale, soins médicaux et de réadaptation ou encore prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie », a-t-elle soutenu. 16 milliards d’euros sont ainsi dédiés à l’investissement, déployés sur la décennie 2021–2030. À ce jour, 773 projets ont été inscrits dans les stratégies régionales d’investissement : 137 projets ont d’ores et déjà été finalisés, avec des nouveaux établissements mis en service. Les autres sont en cours de construction ou d’instruction. D’ici à fin 2026, plusieurs projets hospitaliers structurants devraient être à leur tour mis en service. « Mais la hausse des coûts de construction, l’évolution des taux d’intérêt et la fragilisation financière de nombreux établissements de santé nous imposent un double mouvement », a-t-elle expliqué. Le ministère entend ainsi réaffirmer une trajectoire claire de soutien aux investissements hospitaliers effectués en région à long terme et garantir la soutenabilité des opérations à long terme.
Le relais du Ségur de la santé
Aussi, la ministre prévoit-elle de publier, dans les prochaines semaines, une instruction donnant une visibilité sur l’investissement sur les dix prochaines années. Six milliards d’euros vont être investis par l’État pour soutenir les projets en région. L’intention annoncée est claire : « continuer à sortir du pilotage par à-coups, lever la tête du guidon et piloter les investissements dans la durée », a rapporté Stéphanie Rist. Cette enveloppe prendra le relais du plan Ségur. La ministre a par ailleurs annoncé que les décisions sur l’investissement resteront déconcentrées, en lien avec les diagnostics des besoins actuels et futurs notamment ceux liés au vieillissement. Pour autant, face aux déficits des établissements, publics comme privés, les investissements devront, pour être soutenables, être conditionnés à la mise en œuvre de mesures d’efficience.
Une projection à 20 ans
Pour ce faire, la ministre plaide pour la poursuite de l’ouverture du système hospitalier sur son environnement extérieur. Elle entend, pour les 3 000 établissements hospitaliers, tous statuts confondus, développer leur rôle de « locomotives », au travers de plus de coopération entre établissements, d’une plus grande gradation des soins, et, in fine, de prises en charge de meilleure qualité pour le patient. « Il nous faut donc nous projeter sur les 15 à 20 prochaines années en adaptant l’hôpital aux enjeux présents et futurs, en intégrant pleinement les besoins et les attentes des patients, sans jamais renier les aspirations des soignants », a-t-elle affirmé. Pour y parvenir, elle prévoit de constituer, dans les prochaines semaines, un premier comité stratégique national qui réunira l’ensemble des acteurs, afin d’aborder quatre directions :
- le développement des activités complémentaires ou alternatives à l’hospitalisation complète avec la télémédecine, notamment la téléexpertise, mais aussi l’ambulatoire, l’Hospitalisation à domicile (HAD), l’hébergement temporaire non médicalisé ou la chirurgie hors bloc. Ces pratiques doivent également s’appuyer sur le levier central de l’intelligence artificielle.
- la coopération – les Groupements hospitaliers de territoire fêtent leurs 10 ans en 2026. Dans ce contexte, la ministre entend « poser un acte II de la coopération en encourageant les dynamiques de groupe, pour mieux coordonner les activités, mutualiser les moyens lorsque cela est pertinent et avoir un pilotage plus intégré de l’offre de soins sur nos territoires ».
- le dépassement du vieux clivage ville-hôpital – Stéphanie Rist souhaite que les établissements de santé se mettent en situation de répondre aux demandes de téléexpertise de la médecine de ville, notamment pour les structures du réseau « France Santé ». Dans les modes de financement également la dichotomie ville-hôpital doit être moins forte. D’ici au 1er janvier 2027, elle souhaite en particulier l’aboutissement de la réforme des modes de financement de la radiothérapie et de la dialyse.
- le dépassement du clivage public/privé – La ministre a décidé de confier une mission à des personnalités qualifiées et à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) afin de mieux connaître, accompagner, et embarquer l’ensemble des acteurs dans une logique de coopération, d’efficience et d’accès aux soins pour tous.
Laure Martin
