Hôpital : des lits fermés faute de soignant, les salaires en question

Santé

Déjà confronté à la pénurie de médecins, l’hôpital peine désormais à recruter ou fidéliser les infirmières au point parfois, comme à Paris, de fermer des lits pourtant financés. De quoi pousser le gouvernement à se saisir du « problème de la rémunération » dans le public.

Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’a annoncé la semaine dernière : en raison de 400 postes d’infirmiers restés vacants, 900 lits sur 20 000 sont actuellement fermés.

Un comble, à l’heure où les soignants du collectif Inter-Urgences, à l’origine d’une grève de 7 mois, les syndicats, mais aussi les médecins ou chefs de services réunis au sein du collectif Inter-Hôpitaux (CIH) réclament des lits et des embauches supplémentaires.

Et un argument de plus pour justifier la revendication d’une hausse salariale de 300 euros net mensuels pour tous les personnels, confrontés au quasi gel du point d’indice depuis 10 ans.

« Il y a un problème de rémunération si on veut rendre l’hôpital attractif », a reconnu dimanche 13 octobre 2019 la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a déjà généralisé en juillet une prime de 100 euros net mensuels pour tous les professionnels (hors médecins) des urgences.

Elle a notamment promis un chantier « sur les débuts de carrière, des médecins et des infirmiers, parce que c’est vraiment trop difficile aujourd’hui ».

Pour Martin Hirsch, les « questions indéniables de rémunérations, accentuées en Île-de-France », sont « probablement la première raison » de la désaffection des soignants pour l’AP-HP.

« Avec le salaire qu’on a, impossible de vivre seul à Paris », illustre, amère, Sandrine (prénom modifié), une infirmière en réanimation qui dort « depuis novembre 2018 dans une salle de garde » de l’hôpital où elle exerce depuis 5 ans, faute d’avoir pu retrouver un logement après une séparation.

La fonctionnaire de 29 ans touche pourtant « 1 800 euros net avec les primes ». Pas question de prendre une « chambre de bonne », ni de s’installer « dans le fin fond de la Seine-et-Marne » pour s’infliger « une heure et demie de transport » après des journées ou nuits de travail de 12 heures, explique-t-elle.

« Rythme délirant »

En début de carrière, une infirmière gagne environ 1 500 euros net par mois. Face à l’impossibilité de trouver « ne serait-ce qu’un studio à moins de 750 euros dans Paris intra-muros, l’équation devient objectivement très compliquée », déplore le directeur général adjoint de l’AP-HP, François Crémieux.

Et les 400 logements attribués par l’AP-HP à ses agents en 2018 ne suffisent pas au regard des 2 000 demandes en attente, insiste-t-il.

Si Sandrine, attachée aux valeurs du public, a décidé de rester, d’autres quittent le navire. Et plus rapidement qu’avant : au bout de 4 ans en moyenne, selon M. Crémieux, contre 7 à 8 ans il y a une dizaine d’années.

Ils partent pour s’installer en province, pour exercer en libéral, ou encore pour changer de métier, épuisés par des cadences infernales, une perte de sens, ou des contraintes horaires délicates à gérer pour les jeunes parents.

« Beaucoup de jeunes, quitte à avoir de mauvaises conditions de travail, préfèrent les avoir à côté de chez eux », fustige Thierry Amouroux, du syndicat d’infirmiers SNPI, selon qui « 30 % des nouveaux diplômés abandonnent la profession dans les cinq ans ».

Loin des corporatismes traditionnellement en vigueur, les médecins aussi tirent la sonnette d’alarme, à l’instar du professeur Rémy Nizard, écœuré par le « traitement indigne des infirmières et aides-soignantes ».

Dénonçant un « rythme de travail délirant », le Dr Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpétrière, s’inquiète du désamour « relativement récent » touchant « des services de pointe souvent appréciés » et plus seulement ceux réputés peu attractifs comme la gériatrie.

Le problème ne semble pas cantonné à l’Île-de-France : presque tous les établissements ayant répondu cet été à une enquête de la Fédération hospitalière de France, publiée en octobre, font état de difficultés de recrutement.

Plus fortes dans les maisons de retraite médicalisées et les zones rurales, elles se retrouvent aussi dans les centres hospitaliers, où plus de 3 % des postes d’infirmiers sont vacants.

Reste à voir où mènera le chantier promis par la ministre dans un contexte économique contraint, et s’il répondra à l’« urgence » exprimée sur le terrain.

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