« S’il n’y a pas de plan massif d’investissements, nous serons dans l’incapacité de pouvoir adapter nos structures au changement climatique », a affirmé Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF en guise d’introduction, lors d’un atelier dédié à la presse sur la thématique de la canicule et du réchauffement climatique. « La semaine de canicule que nous avons vécue en juin ne fait que renforcer la nécessité de mener une réflexion sur le sujet, a-t-elle ajouté. Désormais, l’enjeu n’est plus de gérer la prochaine canicule, mais d’adapter nos hôpitaux, nos Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), nos structures médico-sociales et notre système de santé, à cette réalité indéniable. »
Depuis 2022, la FHF porte des propositions d’adaptation et de transition en santé. Face à la canicule, « les soignants sont toujours présents, ils continuent à prendre en charge les patients, à faire fonctionner les établissements dans des situations éprouvantes, a-t-elle rappelé. Nous devons tirer les conséquences de ce que nous vivons. Nous ne pouvons plus leur demander de s’ajuster sans cesse à des problématiques climatiques qui deviennent la norme sans même adapter les établissements à ces enjeux. »
Enquête Flash : les centres hospitaliers en difficulté
Dans le contexte de la canicule qui a eu lieu fin juin, la FHF a mené une enquête flash auprès des établissements publics de santé. Elle a obtenu 198 réponses, dont 146 venant d’établissements disposant d’un service d’urgences, soit un taux de réponse 31 % représentant près de la moitié des CHU et une soixantaine des plus grands centres hospitaliers, ainsi que 48 SAMU-Centres 15, soit quasiment la moitié d’entre eux. Près de 96 % des SAMU répondants ont ainsi enregistré une augmentation des appels, allant de 10 % à 75 % selon les territoires. Plus d’un tiers des établissements ont connu un pic d’activité supérieur à 20 %, et 12 % des établissements un pic d’activité supérieur ou égal à 30 %. La question des lits d’aval apparaît comme le principal point de fragilité. La chaleur met sous tension les bâtiments eux-mêmes ; les structures ont besoin d’équipement.
Les actions prioritaires
« Notre objectif est de faire en sorte de disposer de locaux qui protègent tout le monde, à savoir les patients, les résidents, et les professionnels », a insisté Zaynab Riet. La FHF a identifié des actions prioritaires à mettre en place dans le cadre d’un grand plan national d’investissements « à commencer par établir un diagnostic national et régional de la vulnérabilité du parc immobilier hospitalier afin de cibler les rénovations prioritaires », a souligné Rudy Chouvel, chargé de mission transition écologique pour la FHF. La FHF plaide pour la création d’un fonds vert dédié aux établissements publics et des financements « Certificats d’économie d’énergie » (CEE) dédiés à la santé. Elle souhaite aussi prioriser le financement des audits et la rénovation énergétique, l’isolation et les protections solaires (ombrières photovoltaïques), les équipements de confort thermique (pare-soleil, ventilation naturelle), la végétalisation (toitures et murs végétalisés, plantation d’arbres) et la lutte contre les îlots de chaleur. « Notre approche est pragmatique, a soutenu Zaynab Riet. Ce qui doit être rafraîchi doit l’être, ce qui doit être climatisé doit l’être quand c’est nécessaire. Mais avant de climatiser, des investissements prioritaires s’imposent. Car est-il opportun de climatiser un service sans protection solaire ? »
La FHF défend également des mesures pour maîtriser l’énergie et l’eau en rénovant les réseaux, pour promouvoir la sobriété dans le soin ou encore pour décliner l’adaptation dans chaque territoire.
Des investissements prioritaires
Pour rendre ces mesures possibles, une nécessité : « Sanctuariser les investissements dans le cadre d’une loi de programmation en santé permettant aux établissements de disposer d’une visibilité pluriannuelle », a soutenu Zaynab Riet.
Pour la FHF, l’adaptation des locaux doit devenir une priorité pour les investissements dès 2026. Mais les besoins sont considérables. L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) estime que l’adaptation des établissements sanitaires et médico-sociaux publics au changement climatique nécessitera 1 à 2,5 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an jusqu’en 2050. Or, après un point historiquement bas en 2019 (environ 4 milliards d’euros par an), les financements du Ségur ont permis de porter l’investissement hospitalier à près de 5,5 milliards d’euros par an, un niveau qui demeure insuffisant. La FHF plaide pour un investissement compris entre 7 et 9 milliards d’euros par an pour maintenir le patrimoine, moderniser les équipements et adapter durablement les hôpitaux et les Ehpad au changement climatique. Cette ambition se heurte par ailleurs à une situation financière très dégradée, avec 2,7 milliards d’euros de déficits cumulés pour l’hôpital public en 2025, qui limitent fortement les capacités d’investissement des établissements.
Pour autant, à très court terme, la FHF considère qu’il serait possible de mobiliser les 1,1 milliard d’euros de crédits mis en réserve dans l’Objectif national des dépenses pour l’Assurance maladie (Ondam) pour 2026, dont 620 millions d’euros dans l’Ondam établissements de santé, 215 millions d’euros dans l’Ondam médico-social, et 150 millions d’euros sur le Fonds d’intervention régional (FIR). À court et moyen terme, la FHF estime que d’importantes marges de manœuvre pourraient être dégagées par une politique assumée pour la pertinence des soins et le développement de la prévention. Des économies de près d’un million d’euros seraient possibles en réduisant les prescriptions de médicaments et des dispositifs médicaux à l’hôpital et en ville, ou en agissant sur la nomenclature et les actes redondants. Ces investissements seraient d’autant plus prometteurs que la rénovation énergétique génère des économies.
Laure Martin
