Chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale de la fonction publique, la CASDEN sonde le moral des troupes de fonctionnaires1. En 2026, les agents n’ont pas la pêche : 54 % d’entre eux ont le moral, soit un recul de 8 points par rapport à l’année dernière. Ce coup de pompe n’altère cependant pas leur engagement : 87 % des agents se sentent utiles à la société, 84 % fiers de leur mission et 63 % conseilleraient à un proche de solliciter un emploi dans la fonction publique. Tous les profils sont concernés par cette baisse de moral. La fonction publique d’État (- 12 points), les agents de catégorie B (- 15 points) et les moins de 30 ans (-12 points) sont les moins optimistes, la fonction hospitalière résistant plutôt bien (59 %, – 1 point en un an).
Épanouis et peu valorisés à la fois
Ce genre d’études prête souvent le flanc à la contradiction puisque les mêmes agents sondés se décrivent comme épanouis (69 %) et motivés au quotidien (68 %). La garantie de l’emploi (92 %), le service de l’intérêt général (91 %) et la solvabilité de l’employeur public (86 %) sont les trois raisons principales de leur attachement à la fonction publique ; à noter que les opportunités de mobilité interne (77 %) sont citées pour la première fois à un niveau aussi élevé depuis que ce baromètre existe. Le moral en berne vient peut-être des deux indicateurs suivants : 38 % des agents seulement se sentent reconnus par la société et 36 % se disent valorisés dans ce qu’ils font.
Le principe de la rémunération au mérite gagne du terrain
61 % des fonctionnaires sont pessimistes quand ils envisagent l’avenir : élevé, ce chiffre recule malgré tout de 5 points par rapport à 2025. Les enseignants (72 %) et les 50 ans et plus (66 %) sont les plus pessimistes. La rémunération est pointée comme une vraie dévalorisation : 63 % des agents considèrent qu’ils mal payés (dont 15 % « très mal »), et 56 % ont des difficultés à boucler les fins de mois (+ 2 points). Cette colère sourde a pour effet de séduire de plus en plus d’agents sur la rémunération au mérite, 69 % d’entre eux y étant désormais favorables, ce qui y sont « tout à fait » favorables engrangeant 4 points de plus par rapport à l’année dernière. Les enseignants sont plus partagés (52 % favorables, 48 % opposés).
Pas géniales, les conditions de travail
D’une année à l’autre, les conditions de travail ne s’améliorent pas. 77 % des agents regrettent de ne pas être suffisamment informés des décisions prises par leur administration. 75 % des procédures sont jugées trop lourdes, ajoutant une charge de travail ne se justifiant pas. 65 % des agents pointent l’inadaptation du matériel. Le lien au public se dégrade : un agent sur deux (49 %) déclare subir des incivilités ou des agressions verbales de la part d’usagers, les enseignants étant particulièrement exposés (67 %) ainsi que ceux de l’hospitalière (61 %).
L’IA gagne du terrain
Quant à l’intelligence artificielle, elle progresse à sauts de cabri : 49 % des agents y recourent, soit + 10 points en un an, 28 % se définissent comme des utilisateurs réguliers (18 % en 2025). Or, la formation reste très insuffisante : 72 % des agents considèrent ne pas être assez formés et seuls 19 % estiment l’être (+ 5 points par rapport à 2025). La dématérialisation est perçue positivement par 55 % des agents mais l’accompagnement des usagers n’est pas à la hauteur des enjeux (39 %). Les enseignants se disent à la fois épanouis (75 %) et motivés (74 %) tout en étant pessimistes pour l’avenir (72 %). « Globalement, ce baromètre démontre une fonction publique sous tension, mais loin du désengagement. Si le moral fléchit et les difficultés – rémunération, reconnaissance, conditions de travail – s’installent dans la durée, les agents restent profondément attachés à leurs missions, fiers de leur utilité sociale et, pour une majorité, prêts à recommander leur métier. Un équilibre fragile, qui invite à des réponses concrètes pour préserver l’engagement de celles et ceux qui font vivre le service public au quotidien », commente la CASDEN en guise de conclusion. Rendez-vous est pris pour l’année prochaine.
Stéphane Menu
1. Méthodologie : Un échantillon de 1 000 fonctionnaires a été interrogé sur internet, du 14 au 24 avril 2026. Cet échantillon de Français, âgés de 18 ans et plus, répond à une méthode des quotas (sexe, âge, type de fonction publique et catégorie hiérarchique) afin de constituer un panel représentatif des fonctionnaires français.
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Une journée mondiale passant inaperçue L’étude réalisée par la CASDEN est publiée à l’occasion de la Journée mondiale de la fonction publique. Instaurée depuis 2003 par l’ONU, cette journée est l’occasion de remettre des prix à des collectivités du monde entier. Un forum des Nations unies se tient actuellement à Tbilissi, en Géorgie (23-25 juin), sur le thème : « Transformer les institutions publiques : promouvoir l’innovation, la participation et l’inclusion ». En France, la journée ne mobilise par les énergies. C’est plutôt dommage : les collectivités pourraient se saisir un peu plus de cette opportunité pour mettre en valeur le travail de leurs agents. |
