Selon le baromètre CASDEN 2026, le moral des fonctionnaires flanche, pas leur engagement

Publié aujourd'hui à 15h50 - par

Le baromètre annuel de la CASDEN, réalisé par BVA-IPSOS à l’occasion de la Journée mondiale de la fonction publique (qui a lieu chaque 23 juin de l’année), montre que les fonctionnaires n’ont pas le moral… tout en se considérant toujours utiles à la société et assez épanouis. Une étude où le pessimisme côtoie l’enthousiasme d’être fonctionnaire. Un bon résumé de la situation actuelle.

Selon le baromètre CASDEN, le moral des fonctionnaires flanche, pas leur engagement
© Par nadira - stock.adobe.com

Chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale de la fonction publique, la CASDEN sonde le moral des troupes de fonctionnaires1. En 2026, les agents n’ont pas la pêche : 54 % d’entre eux ont le moral, soit un recul de 8 points par rapport à l’année dernière. Ce coup de pompe n’altère cependant pas leur engagement : 87 % des agents se sentent utiles à la société, 84 % fiers de leur mission et 63 % conseilleraient à un proche de solliciter un emploi dans la fonction publique. Tous les profils sont concernés par cette baisse de moral. La fonction publique d’État (- 12 points), les agents de catégorie B (- 15 points) et les moins de 30 ans (-12 points) sont les moins optimistes, la fonction hospitalière résistant plutôt bien (59 %, – 1 point en un an).

Épanouis et peu valorisés à la fois

Ce genre d’études prête souvent le flanc à la contradiction puisque les mêmes agents sondés se décrivent comme épanouis (69 %) et motivés au quotidien (68 %). La garantie de l’emploi (92 %), le service de l’intérêt général (91 %) et la solvabilité de l’employeur public (86 %) sont les trois raisons principales de leur attachement à la fonction publique ; à noter que les opportunités de mobilité interne (77 %) sont citées pour la première fois à un niveau aussi élevé depuis que ce baromètre existe. Le moral en berne vient peut-être des deux indicateurs suivants : 38 % des agents seulement se sentent reconnus par la société et 36 % se disent valorisés dans ce qu’ils font.

Le principe de la rémunération au mérite gagne du terrain

61 % des fonctionnaires sont pessimistes quand ils envisagent l’avenir : élevé, ce chiffre recule malgré tout de 5 points par rapport à 2025. Les enseignants (72 %) et les 50 ans et plus (66 %) sont les plus pessimistes. La rémunération est pointée comme une vraie dévalorisation : 63 % des agents considèrent qu’ils mal payés (dont 15 % « très mal »), et 56 % ont des difficultés à boucler les fins de mois (+ 2 points). Cette colère sourde a pour effet de séduire de plus en plus d’agents sur la rémunération au mérite, 69 % d’entre eux y étant désormais favorables, ce qui y sont « tout à fait » favorables engrangeant 4 points de plus par rapport à l’année dernière. Les enseignants sont plus partagés (52 % favorables, 48 % opposés).

Pas géniales, les conditions de travail

D’une année à l’autre, les conditions de travail ne s’améliorent pas. 77 % des agents regrettent de ne pas être suffisamment informés des décisions prises par leur administration. 75 % des procédures sont jugées trop lourdes, ajoutant une charge de travail ne se justifiant pas. 65 % des agents pointent l’inadaptation du matériel. Le lien au public se dégrade : un agent sur deux (49 %) déclare subir des incivilités ou des agressions verbales de la part d’usagers, les enseignants étant particulièrement exposés (67 %) ainsi que ceux de l’hospitalière (61 %).

L’IA gagne du terrain

Quant à l’intelligence artificielle, elle progresse à sauts de cabri : 49 % des agents y recourent, soit + 10 points en un an, 28 % se définissent comme des utilisateurs réguliers (18 % en 2025). Or, la formation reste très insuffisante : 72 % des agents considèrent ne pas être assez formés et seuls 19 % estiment l’être (+ 5 points par rapport à 2025). La dématérialisation est perçue positivement par 55 % des agents mais l’accompagnement des usagers n’est pas à la hauteur des enjeux (39 %). Les enseignants se disent à la fois épanouis (75 %) et motivés (74 %) tout en étant pessimistes pour l’avenir (72 %). « Globalement, ce baromètre démontre une fonction publique sous tension, mais loin du désengagement. Si le moral fléchit et les difficultés – rémunération, reconnaissance, conditions de travail – s’installent dans la durée, les agents restent profondément attachés à leurs missions, fiers de leur utilité sociale et, pour une majorité, prêts à recommander leur métier. Un équilibre fragile, qui invite à des réponses concrètes pour préserver l’engagement de celles et ceux qui font vivre le service public au quotidien », commente la CASDEN en guise de conclusion. Rendez-vous est pris pour l’année prochaine.

Stéphane Menu


1. Méthodologie : Un échantillon de 1 000 fonctionnaires a été interrogé sur internet, du 14 au 24 avril 2026. Cet échantillon de Français, âgés de 18 ans et plus, répond à une méthode des quotas (sexe, âge, type de fonction publique et catégorie hiérarchique) afin de constituer un panel représentatif des fonctionnaires français.

Une journée mondiale passant inaperçue

L’étude réalisée par la CASDEN est publiée à l’occasion de la Journée mondiale de la fonction publique. Instaurée depuis 2003 par l’ONU, cette journée est l’occasion de remettre des prix à des collectivités du monde entier. Un forum des Nations unies se tient actuellement à Tbilissi, en Géorgie (23-25 juin), sur le thème : « Transformer les institutions publiques : promouvoir l’innovation, la participation et l’inclusion ». En  France, la journée ne mobilise par les énergies. C’est plutôt dommage : les collectivités pourraient se saisir un peu plus de cette opportunité pour mettre en valeur le travail de leurs agents.


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