Face à l’intensification des épisodes de fortes chaleurs, les collectivités territoriales et les acteurs éducatifs sont en première ligne, « confrontés à un enjeu structurel et durable », est convaincue l’Association nationale des directeurs et des cadres de l’éducation des villes et des collectivités territoriales (Andev). Et, si la canicule est en train de refluer – plus aucun département n’était placé en vigilance rouge le lundi 29 juin 2026 –, les projections climatiques prévoient une augmentation significative de la fréquence, de l’intensité et de la durée des vagues de chaleur, qui impactent directement la qualité de vie des enfants, des personnels et des familles. C’est la raison pour laquelle le réseau professionnel de cadres territoriaux en charge des politiques éducatives locales a publié, le 25 juin 2026, un guide opérationnel intitulé « Faire face aux vagues de chaleur. De la gestion de crise à la transformation durable des lieux d’accueil des enfants, nouveau défi des politiques éducatives ».
L’Andev plaide pour une approche globale et structurée
Les établissements d’accueil d’enfants représentent près de la moitié (45 %) du patrimoine des collectivités. Les 51 000 établissements scolaires publics apparaissent particulièrement vulnérables, souvent inadaptés aux conditions thermiques estivales, y compris lorsqu’il s’agit de constructions récentes. « La chaleur n’est plus une simple crise à gérer ponctuellement, elle devient un révélateur de la capacité des collectivités et de l’État à conduire ensemble des politiques éducatives transversales, durables et résilientes », insiste l’Andev. Dans ce contexte, les collectivités doivent répondre à une double exigence : assurer la continuité du service public d’éducation, tout en garantissant la protection de la santé des enfants et des personnels. Pour les accompagner, le guide opérationnel de l’association propose « une approche globale et structurée de la gestion des fortes chaleurs dans les lieux d’accueil éducatifs, de la petite enfance à la jeunesse. »
Pour l’Andev, il convient d’abord de bien connaître son patrimoine, afin de « savoir avant d’agir. » Se référant aux préconisations édictées par le Cerema, l’association invite les collectivités à croiser trois entrées : aléas climatiques locaux, sensibilité du bâti (orientation, proportion de vitrages, inertie thermique des parois…) et retours des occupants (enfants, enseignants, agents). Elle invite ensuite à produire « une note de vulnérabilité par établissement pour prioriser les investissements et construire un schéma directeur défendable politiquement. » Cependant, le constat national révèle que la grande majorité des collectivités ne réalisent pas de diagnostic formalisé. « Les décisions restent donc intuitives et les investissements difficiles à défendre », déplore l’Andev.
Une palette de solutions à combiner
S’inspirant d’une lecture croisée de rapports nationaux récents et s’appuyant sur de nombreux partages d’expérience, le guide propose des solutions expérimentées dans les territoires.
- Dans les bâtiments existants : brasseurs d’air, protections solaires extérieures (stores, brise-soleil, films occultants sur vitrage), ventilation nocturne sécurisée, isolation de l’enveloppe (toiture, façades, huisseries).
- Dans les cours d’école : végétalisation, désimperméabilisation des sols, création de cours oasis couvertes (canopées, voiles d’ombrage).
- Dans les constructions neuves : utilisation de matériaux bioclimatiques (bois, isolation paille, pisé), installation de systèmes de double flux nocturne. L’Andev met en avant deux exemples : l’école Kennedy, à Lyon, qui a installé des plafonniers ventilants, des stores automatisés, une isolation paille et une cour nature ; Toulouse, qui expérimente la géothermie pour créer des îlots de fraîcheur ciblés (réfectoire, salle de sieste) sans climatiser l’ensemble.
Le guide relève néanmoins des « freins communs », identifiés dans toutes les réalisations, à savoir : des coûts élevés (plusieurs millions d’euros par site pour les rénovations lourdes), des délais longs, et la présence des accueils de loisirs en été, qui complique l’organisation des travaux pendant les vacances scolaires.
L’Andev recense également des solutions d’aménagement déjà mises en œuvre par plusieurs collectivités – Châteauroux, Montpellier, Villebon-sur-Yvette, Périgueux, Pau… –, qu’il s’agisse de l’adaptation des bâtiments ou de l’aménagement des espaces extérieurs. Le guide décrit ensuite l’organisation opérationnelle à déployer en période de chaleur et insiste sur les changements de pratique à opérer. Enfin l’association indique les financements mobilisables.
« L’adaptation des établissements scolaires aux fortes chaleurs constitue un enjeu durable en matière de santé publique, de continuité éducative et de transition écologique », conclut l’Andev. Les réponses efficaces reposent sur une approche globale associant l’adaptation du bâti, l’organisation des services, l’évolution des pratiques professionnelles, une gouvernance partagée.
