Face au choc démographique, les petites villes au défi d’adapter leurs politiques

Publié aujourd'hui à 16h00 - par

Confrontées au vieillissement de leur population et à une chute simultanée de la natalité, les petites villes sont mises au défi de revoir l’ensemble de leurs politiques publiques, à commencer par l’aménagement de l’espace, pour s’adapter à la nouvelle donne démographique.

Face au choc démographique, les petites villes au défi d'adapter leurs politiques
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Autun, précurseur face au choc démographique

D’après les projections de l’Institut national de la statistique (Insee), la population française atteindrait un pic en 2037, tirée par un solde migratoire positif, avant d’entamer une baisse moyenne de 118 000 habitants par an. Si bien qu’en 2070, les plus de 65 ans seraient deux fois plus nombreux que les moins de 20 ans. À Autun, en Saône-et-Loire, le choc démographique est déjà là puisque la ville de 13 000 habitants enregistre plus de décès que de naissances depuis 1998.

« À l’époque, nos préoccupations étaient vues comme marginales parce que nous sommes un territoire rural, enclavé. Aujourd’hui, on nous regarde comme des précurseurs », sourit le maire MoDem Vincent Chauvet, reconnaissant qu’une baisse de population est souvent ressentie par les maires comme un « échec personnel ».

Dans sa commune, le solde migratoire est pourtant positif. « Les habitants ne quittent pas la ville, ils partent vers le cimetière, et il y a deux décès pour une naissance », décrit-il, fier d’afficher le label de « ville amie des aînés ».

Pour s’adapter au vieillissement, la municipalité multiplie les initiatives : installation de bancs « avec accoudoirs » pour permettre aux personnes âgées de se relever facilement, mise à disposition de toilettes chez les commerçants, tiers lieu consacré au vieillissement avec « ateliers mémoire », cours de yoga, théâtre, karaoké, ainsi que des consultations médicales pour de la prévention.

Côté logement, la ville va démolir 150 appartements adaptés aux familles pour reconstruire des petites surfaces prisées par les seniors comme par les jeunes, ainsi que des résidences seniors pour favoriser le maintien à domicile.

Vieillissement : défis et initiatives des petites villes

« Le nombre de 75-84 ans va exploser. Or cette population nécessite une attention particulière des élus locaux, car elle ne relève pas de la dépendance, donc de l’État », a rappelé Luc Broussy, président de l’association France Silver Eco, lors des Assises de l’Association des petites villes de France (APVF) à Château-Thierry (Aisne).

« Nouvelles responsabilités » des maires

Parmi les « responsabilités nouvelles » des maires figurent aussi bien selon lui la lutte contre l’isolement que l’allongement de la durée des feux rouges pour aider les personnes âgées à traverser les rues.

À Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, la maire Charlotte Blandiot-Faride suit de près les évolutions démographiques. « On parle de troisième, quatrième et cinquième âge, avec des besoins différents à chaque fois et une forte demande de services publics », constate l’élue communiste, qui a élargi ses trottoirs, ouvert un centre de santé municipal et propose deux départs en vacances par an aux seniors.

Selon Anton Paumelle, docteur en géographie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), les petites villes font face à un triple phénomène : allongement de la durée de vie de leurs habitants, départ des jeunes après le lycée, et arrivée de seniors venus des villages, en quête de commerces de proximité.

« Le vieillissement ne rime pas forcément avec déclin. La présence accrue de personnes âgées contribue à maintenir les commerces, les emplois de service, la sphère associative », note-t-il.

Malgré cela, les élus peinent encore à intégrer cette réalité, et beaucoup continuent à privilégier des politiques visant principalement à attirer les jeunes. Or ces politiques « peinent à être efficaces, car il est très difficile d’inverser à l’échelle locale une tendance démographique nationale », prévient Anton Paumelle.

Un constat partagé par l’urbaniste Thomas Vermot, évoquant une « forme de déni » des élus face à la chute de la natalité observée depuis 10 ans. « Il y a toujours cette croyance chez les maires, qui sont plutôt des retraités et ont évolué dans un monde de croissance, qu’une politique d’attractivité, de construction de lotissements, permettra de faire venir des jeunes pour avoir des enfants et sauver les écoles », analyse l’expert. Les élus continuent de « considérer l’école comme le principal indicateur de vitalité de leur commune », au lieu de « prendre soin de la population déjà présente », ajoute-t-il.

Pour Christophe Bouillon, président de l’APVF, l’enjeu est bien de « faire évoluer le modèle ». Ce qui suppose selon lui « de revoir les critères de financement des collectivités, aujourd’hui indexés sur la population, et de ne pas fermer automatiquement les écoles s’il y a un élève en moins ».

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