Je suis outré des propos de notre ancien ministre Bruno Le Maire, a fortiori dans un grand ministère régalien, ayant affirmé qu’il faut « supprimer la fonction publique territoriale »*. Une nouvelle fois, le statut de fonctionnaire est caricaturé et limité au seul périmètre de l’emploi à vie – une lubie teintée de mépris, de niveau du comptoir du bistrot.
Une collectivité n’est pas une entreprise
La principale différence entre statut de l’agent et celui du salarié n’est pas connue du grand public. Le lien de subordination d’un agent public avec le maire n’est justement pas celui du patron d’entreprise avec ses employés.
Une collectivité n’est pas une entreprise, du simple fait qu’elle ne génère pas de recettes. Mais elle gère des services publics, dont les agents sont garants, en application d’une déontologie, de droits et de devoirs. Les agents territoriaux sont garants de la continuité de services. Un adage nous le rappelle : les élus passent, les agents restent.
Une entreprise doit répondre à l’inverse à des obligations économiques. Son objectif principal reste la commercialisation d’un service ou d’un produit. Si elle est dans le rouge, elle ferme. Le patron, s’il en est le propriétaire, est chez lui.
Des métiers et des responsabilités ignorés
Vouloir supprimer la fonction publique territoriale, c’est une méconnaissance totale de la réalité des métiers. Les agents exercent leurs missions sous le contrôle et la hiérarchie des cadres territoriaux. Ce n’est pas le maire qui assure la supervision des plantations des espaces verts. Et le responsable technique de la ville de Melun n’apprend pas son métier auprès de son élu – puisque le ministre a cité l’exemple de notre collègue.
En revanche, un responsable des espaces verts est garant de la bonne application de la règlementation, de former les agents aux nouvelles pratiques, d’assurer la continuité de service, d’être certains de la mise à jour des habilitations des certyphytos…
Le statut, c’est le droit à une carrière, pas un emploi à vie
Le statut du fonctionnaire, c’est aussi une possibilité d’avoir une carrière avec une évolution tout au long de la vie. Permettre de passer des concours, d’obtenir un poste dans une commune plus importante, de prendre des responsabilités d’encadrement. Avoir une mutation dans une autre région, pour un nouveau projet de vie.
Plutôt qu’un emploi à la vie, la fonction publique territoriale propose un droit à une carrière, qui soit évolutive, permette de progresser et garantisse une progression.
La déontologie, un rempart contre les dérives
Les propos de Bruno Le Maire sont irresponsables. La méconnaissance de ces réalités illustre bien son absence d’expérience dans la vie publique locale. Des responsabilités d’élu évidente, mais qu’il n’a pas assumé malgré son patronyme. La déontologie des agents, c’est ce qui doit protéger des collectivités des dérives.
Une collectivité ne permet pas de nommer sa conjointe à un emploi fictif, ou sa maitresse. Une collectivité ne favorise pas un acteur privé en truquant une décision politique. Une collectivité paye l’ensemble de ses factures. Une collectivité ne diffuse pas de préjugés racistes. Tout ceci parce qu’il existe un statut qui fait que les agents sont soumis à des règles, qui leur commande d’agir selon, au-delà de la hiérarchie du maire.
Je regrette le grand décalage entre les discours de politiques de très haut niveau, qui méconnaissent totalement les réalités qui touchent deux millions de territoriaux en France. Difficile d’être crédible quand on a connu quasi exclusivement les maroquins ou les cabinets ministériels. Le sens de l’effort, l’engagement professionnel sont partagés par l’ensemble des agents, quels que soient leurs niveaux. Ce mépris du statut est un crachat au visage du service public.
Pierrick Bellat, secrétaire général de mairie de Saint-Julien de Coppel (Puy-de-Dôme)
* Propos tenus par Bruno Le Maire, lors de l’émission Esprits Libres du Figaro le 1er octobre 2026