À Montereau, le digital pour rapprocher l’université des jeunes

Éducation

La moitié des jeunes Monterelais renonce à poursuivre leurs études après avoir décroché le baccalauréat. Pour mettre un terme à cette situation, la municipalité a décidé de faire venir l’université à eux !

Pour James Chéron, le maire de Montereau-Fault-Yonne (77), il n’était plus acceptable que la moitié des bacheliers de sa commune ne puissent poursuivre des études supérieures, faute d’une offre d’enseignement accessible depuis son territoire situé, à 90 km de Paris, aux portes de la Bourgogne. « Quand 80 % des Parisiens poursuivent leurs études après le bac, ils ne sont que 50 % à Montereau ; le différentiel est important. Notre université de proximité, basée à Marne-la-Vallée, ne répond pas aux besoins des étudiants de Montereau puisqu’il faut passer par Paris pour y arriver, soit environ deux heures de transport. Aucun étudiant de la commune n’y est inscrit. Sans compter qu’un étudiant de Montereau qui souhaite s’inscrire à Paris n’est pas prioritaire », explique l’édile. À ce problème géographique, se greffent les difficultés matérielles que rencontrent une majorité de familles qui ne peuvent financer un logement proche de l’université pour leur enfant. De plus, « ces bacheliers sont souvent les premiers à décrocher un diplôme dans leur famille où le bac est souvent perçu comme une finalité permettant l’entrée dans le monde du travail », ajoute le maire. C’est dans ce contexte que sont menées, en 2016, les premières discussions entre les élus de la commune, le ministère de l’Enseignement supérieur et les organismes de formation à distance pour mettre sur pied une solution ad hoc. Très rapidement naît l’idée de créer un tiers lieu d’enseignement supérieur à distance qui puisse permettre aux bacheliers de suivre des cours à distance à partir des nombreuses offres disponibles sur le marché. « Nous avons décidé, sur la base de l’offre d’études à distances proposée par de nombreux établissements, de permettre aux jeunes de Montereau, de se retrouver dans un lieu d’études dédié sur la commune, équipé de matériel, avec un esprit et une ambiance » La Digitale académie a ouvert ses portes en septembre 2017.

Un service municipal à part entière

Il s’agit bien d’une initiative municipale « montée entièrement par les services de la mairie », rappelle James Chéron. Les cours se déroulent dans un local appartenant à la municipalité, situé dans un quartier sensible de la ville, dont les espaces ont été réaménagés pour offrir aux étudiants des conditions de travail favorables. « L’espace est organisé physiquement comme si vous étiez à l’université avec des salles de travail à dimension humaine, équipées de postes informatiques, d’un espace d’accueil, d’une cafétéria et d’un jardin, donc un environnement favorable aux études, décrit le maire. Toutes les questions académiques sont suivies par les organismes formateurs et les universités, nous apportons des compléments ». En effet, un suivi personnalisé tout au long de l’année est assuré par des coachs municipaux qui guident les étudiants dans le choix de la formation et les aident éventuellement à se réorienter. Pour assurer la cohésion du groupe, une fois par mois, des conférences-débats sont organisées.

Depuis la rentrée 2018, la Digitale académie propose également des cours de conversation en anglais et en espagnol. Les frais d’inscription pour ce service municipal se montent à 25 € par an pour les jeunes de la commune et 50 € pour ceux des communes voisines. Aujourd’hui, les résultats sont là : 70 % des étudiants de la promotion 2017-2018 ont intégré la 2e année de leur cursus, « soit un taux de réussite supérieur à celui du Centre national d’enseignement à distance (Cned) », se félicite James Chéron.

Un outil d’aménagement du territoire

En créant sa Digitale académie, les élus ne se doutaient pas de la portée d’une telle initiative. Aujourd’hui, la région Île-de-France réfléchit au déploiement de ce dispositif. « Valérie Pécresse a confirmé la création de digitales académies à Garges-lès-Gonesse (95), Chanteloup-les-Vignes (78) et Beaumont-sur-Oise (95) », indique-t-on à la région. Les étudiants devraient même pouvoir y passer le diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU). Et le maire de Monterault-Fault-Yonne de conclure : « L’outil Internet, les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont vécues par nos concitoyens comme étant l’une des causes de la suppression des services publics de proximité. Dans notre cas, la Digitale académie utilise les nouvelles technologies pour créer un service public de proximité. L’utilisation que nous en faisons rapproche le service public des territoires. La Digitale académie est un véritable outil d’aménagement du territoire qui pourrait permettre de garder les populations jeunes dans les zones rurales. Nous sommes la preuve que les bonnes pratiques peuvent parfois venir des territoires et pas forcément du sommet ».

Le campus numérique la fibre au cœur du projet

Montereau-Fault-Yonne n’en est pas à son coup d’essai. Créé à l’initiative de la Communauté de communes du pays de Montereau et de son président, Yves Jego, pour répondre aux besoins en ressources humaines des entreprises, le campus propose des formations qualifiantes aux métiers du numérique. Il s’adresse aux stagiaires recherchant une valorisation de leur pratique quotidienne en vue d’une montée en compétences, mais aussi aux personnes en phase de reconversion professionnelle et recherche d’emploi. « La première session de formation vient de se terminer et tous les participants ont obtenu un emploi à l’issue de la formation », indique James Chéron, le maire de la ville de Seine-et-Marne. Le Campus numérique répond aux besoins des entreprises, tant dans la formation de leurs techniciens et ingénieurs que dans l’accompagnement de leurs recrutements, et à ceux des collectivités locales dans l’acquisition de nouvelles compétences par les élus et agents.

Blandine Klaas

Source : RCL

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