Éducation : la tension perdure autour du bac nouvelle formule

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À peine installée et déjà du plomb dans l’aile : la tension ne retombe pas autour des épreuves de contrôle continu du nouveau bac lancées il y a dix jours, avec des dizaines d’établissements bloqués chaque jour.

Depuis le début, des syndicats, des professeurs et lycéens appelaient à diverses actions pour « faire barrage » au bac nouvelle formule qui va créer des inégalités, estiment-ils.

Cette menace s’est traduite dès son coup d’envoi par le blocage de plusieurs dizaines d’établissements dans l’Hexagone et en outre-mer, et par le report d’épreuves dans 70 à 130 lycées selon les sources, sur 1 600 lycées publics au total.

Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, mutique ces derniers jours, avait pourtant assuré le 21 janvier 2020 que ces épreuves, appelées « E3C » (épreuves communes de contrôle continu) dans le jargon, se passaient « dans l’immense majorité des cas en toute sérénité ».

Ces épreuves d’histoire-géo, de langues vivantes et de mathématiques pour la voie technologique s’échelonnent jusqu’en mars 2020 pour les élèves de première. Elles sont réparties en trois sessions sur les années de première et terminale et comptent pour 30 % de la note finale.

Depuis leur lancement, les perturbations n’ont pas cessé.

À Rennes jeudi 30 janvier 2020, les pompiers ont dû intervenir pour éteindre un début d’incendie dans un lycée où 350 élèves passaient des épreuves.

À Paris, au lycée Montaigne mardi 28 janvier 2020, l’équipe éducative a été aspergée avec des extincteurs à poudre devant la porte d’entrée de l’établissement par des personnes encagoulées, selon des sources concordantes.

En Seine-et-Marne lundi 27 janvier 2020, une lycéenne manifestante de Jehan-de-Chelles s’en est prise physiquement à son proviseur, ce qui a entraîné un retard au début des épreuves.

Dans la région de Grenoble, la police est intervenue dans plusieurs établissements au cours des derniers jours pour disperser des élèves, parents ou professeurs, évacuer les lieux ou contraindre des élèves à rentrer dans les salles d’examen.

Une « situation aberrante et intolérable », a dénoncé une intersyndicale, « des jeunes vont passer des épreuves d’examen, qu’ils rejettent pour un grand nombre d’entre eux, sous la contrainte d’une administration qui fait appel aux forces de l’ordre ». La rectrice de Grenoble a de son côté appelé à « la sérénité ».

À Nice, le rectorat a publié une mise au point, menaçant les élèves qui refuseraient de se présenter à une épreuve, sans excuse valable, d’un zéro pointé.

Alléger la deuxième session

Les tensions se cristallisent sur la forme de ces épreuves : élèves mais aussi professeurs, parents et proviseurs dénoncent la combinaison entre contrôle continu et baccalauréat classique.

« Nous demandons un contrôle continu pur et dur, prenant en compte les bulletins de note, avec également un maintien d’épreuves finales étalées sur les années de première et terminale, mais réduites », explique à l’AFP Philippe Vincent, à la tête du SNPDEN (premier syndicat de proviseurs).

Il pointe « le format trop lourd » des premières épreuves de contrôle continu actuelles, qui se font dans un cadre « trop strict – avec des convocations individuelles par exemple – et qui seraient « incompatibles avec le bon fonctionnement des établissements ».

Le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, estime, dans un communiqué, qu’il faut revenir d’urgence à des épreuves terminales en fin d’année, qui « garantissent aux élèves les conditions d’un bac national, garant de l’égalité devant l’examen ».

Côté ministère, le comité de suivi du nouveau bac, qui s’est réuni mercredi 29 janvier 2020, tirera le bilan de cette première session en mars 2020. Selon l’un de ses membres, il devrait proposer d’alléger nettement leur organisation pour la deuxième session d’épreuves qui démarre fin avril 2020.

Ce comité installé en septembre 2019 est chargé d’examiner un certain nombre de problèmes liés à la réforme du bac.

« On nous demande de faire remonter nos propositions d’ici à la prochaine séance, le 11 mars 2020 », explique Sophie Vénétitay du Snes-FSU. « Cette réunion tentera alors de faire la synthèse des propositions reçues et des ajustements pourraient être présentés à Jean-Michel Blanquer, qui pourrait dans un second temps annoncer plusieurs mesures », poursuit-elle.

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