Le chantier de l’évaluation professionnelle des enseignants

Éducation

Le 6 juin 2011 s’est tenue une réunion au ministère, en présence des syndicats, pour rendre compte de l’enquête de la Direction générale des ressources humaines, fin mars.

Les résultats de cette consultation en ligne doivent servir de base au lancement d’une négociation pour « faire évoluer les critères d’appréciation de la valeur professionnelle » des enseignants. À travers ce dispositif inédit et innovant, le ministère de l’Éducation nationale a cherché à associer les enseignants et à recueillir leur avis avant d’entreprendre des modifications en profondeur.
Les principales caractéristiques des membres des groupes de réflexion qui ont travaillé en ligne sont les suivantes :

  • 2 600 inscrits ;
  • âge moyen de 43 ans et 10 mois ;
  • 60 % sont des enseignants du second degré.

Le contexte

L’évaluation professionnelle est une des composantes du pacte de carrière initié par Luc Chatel qui repose sur une revalorisation du métier d’enseignant et une gestion des ressources humaines « dynamisée ». Dès le départ, l’objectif était clairement affiché sur ce chantier : ne pas s’arrêter à l’évaluation pédagogique des enseignants mais faire intervenir d’autres critères pour peu qu’ils soient « objectifs, transparents et connus de tous ».
C’est dans ce cadre que la consultation en ligne a été organisée. Elle doit déboucher, à partir de maintenant, sur la mise à plat de sujets de discussion débouchant sur un calendrier de négociations.

Les sujets préoccupants

  • La notation : 56 % des personnels interrogés estiment que la note ne suffit pas et qu’elle doit être complétée par une dimension qualitative. Moins du tiers, soit 29 %, proposent sa suppression pure et simple.
  • Le lien entre l’évaluation et le déroulement de carrière : actuellement, l’avancement dépend de l’ancienneté comme de la valeur professionnelle, ainsi que le prévoit le statut de la Fonction publique. Certains remettent cette situation en question ; pour 35 % des interrogés, la progression de carrière devrait dépendre « principalement de l’évaluation professionnelle ».
  • La grille de référence : il n’existe aujourd’hui qu’un seul document officiel pouvant servir de base à l’évaluation des enseignants, à savoir le référentiel des dix compétences professionnelles. S’il ne soulève pas l’enthousiasme, 51 % estiment que c’est une base intéressante. Seuls 18 % le rejettent. 


  • La périodicité de l’évaluation : les sondés critiquent unanimement le manque de régularité – et donc de suivi – du dispositif actuel. Pour eux, le rythme d’un an paraît acceptable.
  • L’arbitraire : les personnels interrogés évoquent la possibilité d’une « double notation » pour limiter l’aléatoire ou le subjectif.
  • La grille de notation liée à l’échelon : le fait d’être dépendant d’une grille laisse les sondés sceptiques voire amers. Ils jugent que ce système ne permet pas « une réelle reconnaissance du travail d’un enseignant ». Certains avancent même l’idée c’est le carcan de la Fonction publique qui empêche ce « tri » entre bons et mauvais enseignants…
  • L’évaluation et l’inspection : les groupes regrettent la dimension trop individuelle de l’inspection, mettant en avant la contradiction entre les exigences de l’institution en matière de travail en équipe et l’approche individualiste de l’inspection. Ils préconisent de distinguer « les critères qui font partie des obligations d’un enseignant des critères qui vont au-delà » et d’inspecter l’établissement dans son ensemble, en l’adaptant au lieu, à l’établissement et au public. 

Les inspecteurs ne sont pas épargnés : ils ne jouent pas « le rôle d’accompagnateurs pédagogiques », ne prodiguent pas assez de conseils… Pour autant, ils ne rejettent pas le regard de la hiérarchie sur leur travail. Ils vont jusqu’à proposer de définir « un contrat de progrès qui reconnaisse la personnalité de l’enseignant, des efforts et son expertise, et lui donne les moyens de s’améliorer et de se former de manière continue ».

Des pistes pour y remédier ?

Suite à cette consultation en ligne, 10 propositions ont été formulées :

  • Réorganiser l’évaluation (entretiens, méthodes, évaluateurs).
  • Instaurer un suivi par plusieurs interlocuteurs.
  • Fonder l’évaluation sur un support.
  • Distinguer les activités hors la classe en restant équitable.
  • Élargir l’évaluation aux conditions d’exercice de la profession.
  • Favoriser les échanges.
  • Apporter des solutions concrètes, notamment en termes de remédiation.
  • Faire en sorte que les inspecteurs aient un rôle de conseillers-formateurs.
  • Ajuster les compétences des inspecteurs.
  • Traduire les évolutions du métier dans la notation par échelon.

Posté le par Rédaction Weka

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