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Un enseignant devant chaque classe à la rentrée ? Un défi à relever pour l’Éducation nationale

Publié le 28 juin 2022 à 11h40 - par

Pap Ndiaye arrivera-t-il à tenir sa promesse d’un professeur devant chaque classe en septembre ? La crise inédite du recrutement traversée par l’Éducation nationale, avec des taux de réussite aux concours enseignants historiquement bas, fait craindre une rentrée 2022 très compliquée.

Un enseignant devant chaque classe à la rentrée ? Un défi à relever pour l'Éducation nationale

Une première rentrée rue de Grenelle pour M. Ndiaye aux faux airs de crash-test. Dans sa grande interview au quotidien Le Parisien, dimanche 26 juin 2022, le nouveau ministre de l’Éducation nationale a cherché à désamorcer les inquiétudes en promettant un « prof devant chaque classe à la rentrée ».

Mais professeurs, syndicats et parents d’élèves ne sont guère convaincus et craignent le pire pour septembre au vu du faible nombre de candidats cette année dans certaines matières aux concours enseignants pour les écoles, collèges et lycées.

Dans le primaire, l’alerte a été donnée en Île-de-France, où seulement un poste de professeur sur trois au concours a été pour le moment pourvu.

À Versailles, plus grande académie de France, 424 futurs enseignants ont été admis pour 1 430 postes proposés. Dans l’académie de Créteil, le concours externe des professeurs des écoles a permis le recrutement de 419 futurs enseignants pour 1 079 postes proposés.

« L’Île-de-France est de loin la plus concernée » mais « dans toutes les autres académies, le nombre d’admis est insuffisant, c’est une pénurie inédite », estime Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

« Un prof devant chaque classe, ça va être un vrai grand défi », craint Stéphane Crochet, du SE-Unsa.

« Ce ne sera qu’une image les premiers jours de l’année, et on verra dans quelles difficultés on est dans les semaines qui suivent », quand il y aura « des absences de personnels », ajoute-t-il. Car le manque de remplaçants est lui aussi patent.

Baisse d’attractivité

Au collège et au lycée, dans plusieurs disciplines, notamment en mathématiques et allemand, d’importants déficits dans les effectifs sont à prévoir. En mathématiques, 816 candidats ont été admissibles sur 1 035 postes de professeurs de mathématiques ouverts. C’est deux fois moins de candidats qu’en 2021. Avant les oraux, qui effectuent une seconde sélection, il manquait déjà plus de 200 professeurs potentiels.

Constat identique en allemand, avec 83 candidats admissibles pour 215 postes ouverts. Là aussi, c’est plus de la moitié moins par rapport à l’année dernière.

L’intégralité des résultats aux divers concours sera connue début juillet.

« On est vraiment dans une situation dramatique », assure Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire.

Le ministre a promis de mettre en place des cellules « qui vont régler les difficultés là où elles se posent » dans chaque académie dès le 22 août 2022, soit 10 jours avant la rentrée, avec le probable recrutement d’un nombre important de contractuels.

Mais les raisons structurelles de ces « difficultés » risquent de perdurer, avec, pointent du doigt les syndicats, le manque d’attractivité du métier lié « essentiellement à la question des salaires ».

Dans la lignée des promesses du candidat Macron, Pap Ndiaye s’est à ce titre engagé à ce que le salaire de départ des jeunes enseignants passe au-dessus des 2 000 euros net « en 2023 ».

Dans une lettre adressée lundi soir aux 869 000 enseignants où il évoque ses priorités pour l’École, le ministre juge que la baisse d’attractivité des concours est « un signal d’alarme » et promeut « un choc d’attractivité » pour le métier.

Il doit allier une « reconnaissance symbolique » autour du statut de l’enseignant dans la société mais aussi un « effort particulier et significatif » en faveur d’une hausse des rémunérations.

« Chaque année scolaire est plus complexe que la précédente, en raison de la baisse d’attractivité du métier d’enseignant. Il va falloir un très gros travail », dit Patrick Roumagnac, secrétaire général du Syndicat de l’inspection de l’Éducation nationale (SI.EN UNSA, majoritaire).

Il défend notamment le recrutement d’enseignants dans le cadre des controversés « job-dating », entretiens organisés depuis un mois dans certaines académies pour palier au manque de candidats aux concours. Les personnes retenues, qui doivent avoir au minimum une licence, enseigneront dès la rentrée en tant que contractuels.

« Les entretiens sont très sérieux, orchestrés par des inspecteurs et même si les contractuels ne représentent que 1 % des profs [dans le premier degré et 8 % dans le second degré selon les chiffres de l’Éducation nationale], c’est très important de fidéliser ces personnes très engagées et de penser à terme à les intégrer à l’Éducation nationale », dit-il.

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