L’appli CPF a attiré un public « plus diversifié » vers la formation professionnelle

Emploi

Il y a un an, le gouvernement lançait en grande pompe l’application « MonCompteFormation », une « révolution » censée faire décoller la formation professionnelle en permettant à chacun de s’inscrire directement à une session, sans intermédiaire.

Pour Michel Yahiel, directeur des retraites et de la solidarité à la Caisse des dépôts, qui gère le compte personnel de formation (CPF) de millions de Français, « le pari de l’autonomie » dans les choix de formation « est vérifié » et l’application, téléchargée 1,88 million de fois, permet de « toucher un public plus diversifié ».

Au bout d’un an, l’application a-t-elle trouvé son public ? A-t-elle résisté à la crise et au confinement ?

En un an, on a financé environ un million de sessions de formation pour près d’un milliard d’euros. C’est au-dessus du cadencement prévu, le rythme d’achats de formation est deux fois supérieur à ce qu’il était avant le lancement de l’application.

On a surtout des motifs de satisfaction qualitatifs. On a davantage de femmes, de non cadres et de seniors qui se forment alors qu’avant le profil type était plutôt un jeune cadre masculin.

Le niveau moyen des formations augmente, on n’est plus dans l’écrasante domination des langues vivantes.

Le marché devient plus transparent, sur la durée les prix moyens de certaines formations baissent car la concurrence joue.

Le système a été robuste pendant le Covid parce qu’on a réussi à maintenir la tête hors de l’eau d’un certain nombre d’organismes de formation qui avaient des difficulté de trésorerie en les payant à huit jours et on les a aidés à muter en distanciel. Au sortir du confinement, on a retrouvé le rythme précédent et on n’a pas mesuré de baisse d’activité dans le nouveau confinement, au contraire même.

L’application repose sur l’autonomie de l’utilisateur dans ses choix de formation. Cela inquiétait à la fois les employeurs, qui craignaient de perdre la main sur la formation de leurs salariés, et les syndicats qui s’inquiétaient d’un manque d’accompagnement. Ces doutes sont-ils levés ?

Ces doutes étaient fondés et me semblent assez largement surmontés.

Depuis début septembre, les employeurs ont la possibilité d’abonder le compte de leurs salariés et sont donc partie prenante de leur choix. Cela a considérablement détendu l’atmosphère.

Il y a une sorte de deal : vous orientez la formation du salarié dans un sens qui vous convient, simplement il faut qu’il soit d’accord. Et s’il est d’accord, il investit par exemple 50 % de la somme via son CPF et vous financez le reste.

La crainte sur les salariés coupés du digital nous obsédait un peu plus.

Pôle emploi a fait un énorme travail auprès des demandeurs d’emploi pour les accompagner. Cela aurait été dommage que les personnes les plus éloignées de l’emploi soient celles qui se servent le moins du CPF, là ce n’est pas le cas.

Le Conseil en évolution professionnelle patinait un peu, il a été considérablement renforcé et est proposé gratuitement au salarié sur l’application.

La philosophie de la réforme, c’était « est-ce que les gens sont suffisamment autonomes pour avoir une idée de leur projet, le repérer, en déduire la formation nécessaire, choisir cette formation, la payer et l’évaluer ? » Le pari était plutôt oui, il est vérifié.

Quelles sont les prochaines évolutions de l’application ?

Début 2021, on aura une cotation des sessions de formation issue des avis de ceux qui les auront suivies, on a attendu d’avoir du volume pour que ça ait une signification statistique.

En 2021, pour chaque utilisateur du CPF, on va générer un passeport des compétences, reprenant les formations financées par le CPF mais aussi les diplômes fournis par l’Éducation nationale. Cela attestera d’un parcours initial et professionnel qui peut être utile dans la recherche d’un emploi.

L’avantage de l’outil CPF, c’est que l’État, les régions, qui pourront abonder en décembre, les branches, les entreprises peuvent s’en servir pour orienter une politique de formation sur un bassin d’emploi, une reconversion industrielle, etc.

Dans le plan de relance, le CPF sera mobilisé pour la formation de jeunes décrocheurs scolaires au digital ainsi que pour des formations sur les métiers en tension. Cela sera financé par l’État mais passera par le CPF, comme vecteur d’actions prioritaires.

par Fabrice Randoux

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